Les incendies de forêt en Alberta ont ravagé l'économie canadienne en mai, forçant le pays à afficher son pire repli mensuel depuis le creux de la Grande Récession, il y a sept ans.

Mis à jour le 29 juill. 2016
Andy Blatchford LA PRESSE CANADIENNE

Le produit intérieur brut (PIB) réel du Canada s'est contracté de 0,6 % en mai, a révélé vendredi Statistique Canada. Ce recul démontrait l'étendue de l'impact économique des incendies qui ont paralysé temporairement le coeur de l'industrie des sables bitumineux du pays.

Le recul de l'économie était un peu plus important que prévu. Les économistes s'attendaient à ce que le PIB réel retraite de 0,4 %, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters.

La performance mensuelle de l'économie, la pire du Canada depuis sa contraction de 0,8 % en mars 2009, vient appuyer des perspectives de croissance déjà mauvaises pour le deuxième trimestre.

Les incendies ont forcé l'évacuation de Fort McMurray, détruit plus de 2000 structures et interrompu les activités de sables bitumineux de la région.

Le déclin du PIB réel en mai était essentiellement attribuable à la chute de 22 % du secteur de l'extraction de pétrole non conventionnelle. Selon Statistique Canada, il s'agissait en fait du plus faible niveau de production de ce secteur depuis mai 2011.

Le brasier a été le principal responsable de la baisse de 6,4 % du secteur des ressources naturelles dans son ensemble, et du déclin de 2,8 % de toutes les industries productrices de biens.

La production manufacturière a aussi été touchée. Cette industrie a rendu 2,4 % en mai, ce qui était attribuable, en grande partie, à une diminution de 15 % de la production des raffineries de pétrole - conséquence d'une pénurie de pétrole brut.

D'autres secteurs déçoivent

Mais même sans les conséquences négatives des incendies, d'autres secteurs de l'économie ont connu une performance décevante en mai.

En excluant le déclin de l'extraction de pétrole non conventionnelle, le PIB réel a reculé de 0,1 % en mai, a précisé Statistique Canada.

L'économiste en chef de la Banque CIBC, Avery Shenfeld, a souligné la faiblesse des dépenses en immobilisations des entreprises, une performance décevante des exportations et un déclin dans la construction.

«Des incendies faisaient rage en Alberta, mais le reste de l'économie n'était pas si chaud», a fait remarquer M. Shenfeld. Selon lui, les mauvais chiffres de mai devraient être interprétés avec toute la perspective nécessaire.

«En excluant ce secteur, le PIB était en baisse de 0,1 % - ce n'est pas le pire mois que nous ayons vu», a-t-il expliqué.

«Lorsqu'il y a un élément exceptionnel comme cela, il faut en retirer l'impact parce que nous savons que la production (pétrolière) va partiellement rebondir en juin, puis encore davantage en juillet. Alors un dérangement d'un mois ou deux n'est pas si révélateur de la tendance.»

Le résultat du mois de mai fait suite à une légère croissance de 0,1 % pour le mois d'avril. Avant cela, l'économie canadienne s'est contractée à deux reprises, de 0,2 % en mars et de 0,1 % en février.

Après avoir affiché une solide croissance de 2,4 % au premier trimestre, en données annualisées, l'économie devrait maintenant offrir une performance considérablement plus mauvaise pour le deuxième trimestre.

Services résilients

Selon Krishen Rangasamy, économiste principal pour la Banque Nationale, la faiblesse des données sur le PIB ces derniers mois se traduira vraisemblablement par une contraction d'entre 1,0 et 1,5 % de l'économie au deuxième trimestre.

Mais M. Rangasamy a néanmoins trouvé un élément positif dans les chiffres du mois de mai: la résilience des industries productrices de services, qui ont avancé de 0,3 %.

«Heureusement pour le Canada, le secteur des services est toujours robuste, et il a atteint un sommet record après avoir enregistré un huitième gain consécutif dans sa production», a-t-il écrit dans une note de recherche pour ses clients.

Plus tôt en juillet, la Banque du Canada a prédit que l'impact des incendies albertains alimenterait une contraction d'un pour cent pour le deuxième trimestre, qui s'étend d'avril à juin.

La banque centrale a calculé que le brasier aurait réduit la croissance du deuxième trimestre de 1,1 point de pourcentage. En avril, avant les incendies, la banque prévoyait une croissance économique de 1,0 % pour le trimestre.

La Banque du Canada a cependant aussi prédit un rebond prononcé au troisième trimestre, en partie grâce à la reprise de la production de pétrole et aux efforts de reconstruction dans la région. La croissance du troisième trimestre pourrait ainsi atteindre 3,5 %, selon la banque.

La reprise du troisième trimestre pourrait aussi être alimentée par certaines mesures annoncées par le gouvernement, notamment l'amélioration des prestations pour enfants, qui devrait encourager la consommation des ménages, et l'augmentation des dépenses dans les infrastructures.