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Pfizer et Allergan fusionnent malgré les avertissements du Trésor

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Cette fusion à 160 milliards de dollars entre le fabricant du Viagra et celui du traitement anti-rides Botox est le plus gros rapprochement jamais réalisé dans le secteur et la plus grosse union de l'année entre deux entreprises devant le tout récent mariage à 112 milliards de dollars entre les brasseurs SABMiller et AB InBev.

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Luc OLINGA
Agence France-Presse
New York

Ignorant les avertissements du gouvernement américain, les géants de la pharmacie Pfizer (PFE) et Allergan (AGN) ont officialisé lundi leur fusion pour former le numéro un mondial de la pharmacie mais aussi dans le but avoué de payer moins d'impôts.

Cette fusion à 160 milliards de dollars entre le fabricant du Viagra et celui du traitement antirides Botox est le plus gros rapprochement jamais réalisé dans le secteur et la plus grosse union de l'année entre deux entreprises devant le tout récent mariage à 112 milliards de dollars entre les brasseurs SABMiller et AB InBev.

Elle est surtout la plus importante opération d'évitement fiscal jamais réalisée par une entreprise américaine et va entraîner la domiciliation hors des États-Unis d'un des grands noms de l'industrie du pays puisqu'Allergan est basé en Irlande.

Baptisé «Tax Inversion», l'exil des entreprises américaines via des acquisitions de sociétés installées sur des terres fiscalement plus accueillantes est dans la ligne de mire des autorités américaines.

Le président Barack Obama a personnellement qualifié d'«anti-patriotiques» ces rapprochements, qui causent des milliards de dollars de manque à gagner au fisc américain.

Les deux principaux candidats démocrates à l'élection présidentielle ont également dénoncé cette opération. Hillary Clinton a affirmé que «les contribuables américains en feront les frais» alors que Bernie Sanders a dénoncé le fait que l'opération permettrait «de nouveau à une entreprise américaine de cacher ses bénéfices à l'étranger».

Disposant d'un gros trésor de guerre logé à l'étranger et qu'il ne souhaite pas rapatrier aux États-Unis pour éviter d'acquitter des impôts, Pfizer n'a jamais caché qu'il espérait augmenter sa taille en se mariant avec un groupe basé hors des États-Unis.

Le groupe new-yorkais a ainsi accéléré ces derniers jours ses négociations avec Allergan, alors que le Trésor américain a annoncé la semaine dernière de nouvelles mesures contre les fusions anti-impôts.

Ces réglementations doivent par exemple limiter la possibilité de choisir un pays tiers au régime fiscal favorable pour établir le siège d'un nouveau groupe issu d'une opération de fusion. Elles vont aussi rendre plus difficile d'éviter le seuil de détention de 80% du capital d'une entreprise par un groupe américain qui entraîne une imposition sur les bénéfices aux États-Unis.

Numéro Un mondial

Pour contourner ces obstacles, Pfizer et Allergan ont structuré leur mariage de sorte que formellement c'est le second, pourtant plus petit, qui rachète le premier.

Mais, sur le fond, les actionnaires actuels de Pfizer détiendront 56% de la nouvelle entreprise qui doit naître au second semestre 2016, et ceux d'Allergan 44%.

Pfizer aura aussi le contrôle du conseil d'administration, avec 11 membres issus de ses rangs, contre seulement 4 pour Allergan. Le siège opérationnel de la nouvelle société sera basé à New York où elle sera également cotée en Bourse mais son quartier administratif restera bien en Irlande. Ian Read, l'actuel patron de Pfizer, sera l'homme fort du nouveau groupe, tandis que Brent Saunders, qui dirige Allergan, sera son numéro deux.

Le taux d'imposition de Pfizer-Allergan sera compris entre 17 et 18%. De façon générale, le taux d'imposition des entreprises basées en Irlande est de 12,5% contre 35% aux États-Unis actuellement. En 2014, la facture fiscale de Pfizer était de 26,5%, contre 4,8% à Allergan.

En mai 2014, Pfizer avait déjà tenté de s'implanter fiscalement hors des États-Unis en rachetant son concurrent AstraZeneca, basé en Grande-Bretagne. Mais son offre de 117 milliards de dollars avait été rejetée.

Contacté par l'AFP, le Trésor n'a pas souhaité commenter, renvoyant aux dernières mesures annoncées jeudi dernier.

La fusion Pfizer-Allergan doit toutefois encore recevoir le feu vert des autorités de la concurrence et notamment des régulateurs américains. Ce n'est pas gagné.

«La réponse des régulateurs américains reste une inconnue et pourrait être négative au vu de la taille de l'opération en termes d'évitement fiscal», résume Maxim Jacobs chez Edison.

En un an, le gouvernement américain a vu les «Tax Inversion» se multiplier: Medtronic, le fabricant américain d'appareils médicaux orthopédiques et cardiovasculaires, est installé en Irlande depuis sa fusion avec son rival Covidien. La chaîne de fast-food Burger King s'est domiciliée au Canada après avoir mis la main sur Tim Hortons.

Allergan va permettre à Pfizer de reprendre le titre de premier groupe pharmaceutique mondial avec un chiffre d'affaires combiné de 61,5 milliards de dollars contre 58 milliards au Suisse Novartis.

Outre le Botox, le portefeuille de la nouvelle entité comprendra le traitement contre les troubles de l'érection Viagra ou encore l'anti-inflammatoire Celebrex et l'anti-cholestérol Lipitor.




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