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Doit-on permettre les paris sportifs sur un seul match?

Selon l'Association canadienne du jeu, 500 millions sont... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Selon l'Association canadienne du jeu, 500 millions sont dépensés au Canada par année dans des paris sportifs dans des loteries réglementées.

Photo Bernard Brault, La Presse

Jacques Demers se souvient de ces réunions comme si c'était hier.

En 14 ans à diriger des équipes de la Ligue nationale, il a assisté à 14 de ces réunions, toujours juste avant le début de la saison. L'air grave, le préfet de discipline de la LNH répétait les mêmes avertissements. «Je me rappelle les discours de Brian Burke [à l'époque préfet de discipline de la LNH] à chaque début de saison pour nous dire de nous tenir loin des parieurs, qu'on pourrait perdre notre emploi...»

Résultat: l'entraîneur ayant mené le Canadien de Montréal à la conquête de la Coupe Stanley en 1993 s'est toujours méfié du milieu des paris sportifs. Aujourd'hui sénateur, il devra bientôt décider - en compagnie de ses collègues à Ottawa - s'il faut changer la loi pour permettre aux gens de parier uniquement sur un match sportif au Canada. Actuellement, un même pari doit porter sur plusieurs rencontres sportives. Aux États-Unis, seul le Nevada - qui compte Las Vegas sur son territoire - permet les paris sportifs sur un match individuel.

Le Sénat se penchera prochainement sur le projet de loi C-290, qui modifierait le Code criminel et décriminaliserait les paris sportifs sur un seul match. Adopté par la Chambre des communes en 2012, ce projet de loi privé (l'initiative d'un député de l'opposition, en l'occurrence du Nouveau Parti démocratique) sera étudié en comité sénatorial avant d'être soumis à un vote final du Sénat ce printemps et cet automne. Selon le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan, le projet de loi devrait vraisemblablement être étudié en comité en avril ou en mai, après les projets de loi émanant du gouvernement, comme le veut la tradition parlementaire.

À la Chambre des communes, le projet de loi C-290 avait été adopté en 2012. Mais plusieurs sénateurs - notamment conservateurs - s'y opposent. Parmi les opposants, le sénateur conservateur Vernon White, ancien chef de la police d'Ottawa. Comme il ne s'agit pas d'un projet de loi du gouvernement, les sénateurs conservateurs pourront voter sans ligne de parti. Bien malin qui pourrait prédire le résultat d'un vote qui aurait lieu demain matin. «Je suis capable d'évoluer, je suis prêt à écouter, mais on doit nous expliquer davantage le pour et le contre», dit le sénateur Jacques Demers.

Deux amendements dans l'air

Le sénateur conservateur Bob Runciman, qui parraine le projet de loi C-290 au Sénat, a bon espoir de convaincre ses collègues. Il propose notamment deux amendements pour obtenir leur appui. Primo, les paris sportifs sur un match uniquement seraient limités au sport professionnel - ce qui exclurait le hockey junior, où les joueurs sont âgés de 16 à 20 ans. Ensuite, il faudrait obtenir le consentement d'une ligue professionnelle pour que ses matchs fassent l'objet de paris individuels.

En raison des règles parlementaires, tout projet de loi amendé et adopté par le Sénat doit revenir à la Chambre des communes, qui devra se prononcer à nouveau sur la dernière version du texte. Ce n'est pas l'option privilégiée par le député fédéral Brian Masse (NPD), parrain de la loi à la Chambre des communes. «Le projet de loi a passé un an à la Chambre des communes et trois ans au Sénat. C'est une seule ligne de texte dans le Code criminel. Ce n'est pas de la physique nucléaire [rocket science]!», dit M. Masse. En 2012, le projet de loi avait été adopté sans vote nominal, la procédure habituelle quand moins de cinq députés s'opposent à un projet de loi.

Loto-Québec favorable

Si le projet de loi C-290 est adopté, chaque province aurait le choix de permettre ou non les paris sportifs sur des matchs individuels. Sans se prononcer directement, le gouvernement Couillard prend note de l'appui de Loto-Québec au projet de loi C-290. «Ça pourrait être une avenue intéressante», dit Andrée-Lyne Hallé, attachée de presse du ministre des Finances Carlos Leitao. «Nous sommes en faveur de ce projet de loi, dit Jean-Pierre Roy, directeur des relations de presse de Loto-Québec. Nous aimerions être en mesure d'offrir ce type de paris. Ça compléterait notre offre et ce serait populaire auprès des joueurs.»

Citant des estimations internes, l'Association canadienne du jeu, qui regroupe les différentes sociétés de loteries au pays, estime que les Canadiens parient chaque année sur le sport 500 millions de dollars par le truchement de loteries réglementées (ex.: Loto-Québec), 4 milliards sur des sites internet exploités à l'extérieur du pays et 10 milliards dans des réseaux de paris illégaux, souvent gérés par le crime organisé. L'organisme souligne aussi que les paris uniques sont sont légaux en Europe.

«Ça arrive déjà [les paris sur des matchs uniques], sauf que les Canadiens parient en ligne sur des sites étrangers ou par le biais d'organisations criminelles, dit le sénateur conservateur Bob Runciman. Je ne suis pas d'accord avec l'argument voulant que le projet de loi encouragera les gens à parier. Au contraire, les parieurs sportifs seront dans un environnement mieux réglementé.»

En 2012, les quatre principales ligues professionnelles de sport (LNH, NBA, baseball majeur, NFL) étaient opposées au projet de loi - la LNH l'est toujours (voir autre texte).

«La LNH n'est pas favorable et elle a de bonnes raisons», dit Alain Dubois, travailleur social et membre de la coalition EmJEU, un regroupement de citoyens partisans de la gestion éthique et sécuritaire des jeux de hasard. «On a vu des reportages sur le problème d'intégrité au soccer en Europe. Et l'offre légale de jeu est déjà trop importante de toute façon.»

L'une des préoccupations souvent relevée: truquer un match est plus compliquer que d'influencer l'issu de plusieurs parties.

L'entraîneur et copropriétaire de l'Armada de Blainville-Boisbriand (une équipe de hockey junior), Joël Bouchard, se méfie aussi des paris sportifs. Comme Jacques Demers, l'ancien défenseur dans la LNH se rappelle les traditionnels avertissements en début de saison. Mais sa réflexion va au-delà des questions d'intégrité du sport. «Je ne suis pas un parieur, dit-il. Les paris peuvent être dangereux pour l'être humain. Des fois, il faut se protéger. On connaît tous quelqu'un qui a ou avait des problèmes de jeu. Il faut se protéger entre nous.»




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