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Des fraudes de haute voltige

Les fraudeurs commencent par amasser de l'information sur... (PHOTO SIMON SÉGUIN-BERTRAND, ARCHIVES LE DROIT)

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Les fraudeurs commencent par amasser de l'information sur un employé, en appelant parfois simplement à la réception, puis ils contactent l'employé ciblé par courriel.

PHOTO SIMON SÉGUIN-BERTRAND, ARCHIVES LE DROIT

Des fraudeurs manifestement basés à l'étranger ont commencé, au cours des derniers mois, à cibler les entreprises québécoises avec une arnaque qui, de l'avis de tous les témoins et victimes interrogés, est «très bien faite».

Depuis juillet dernier, la Sûreté du Québec a recensé 19 cas d'«escroquerie au chef d'entreprise». Les trois qui ont fonctionné ont rapporté un total de 7,5 millions de dollars aux fraudeurs, dont l'un aurait vu transiter près de 5 millions. Seize autres cas, interceptés à temps, ciblaient un total d'environ 5,5 millions.

À elle seule, la police de Québec a indiqué à La Presse qu'elle fait face à six cas depuis le début de novembre.

Les fraudeurs, vraisemblablement étrangers, misent principalement sur «l'ingénierie sociale». Ils amassent d'abord une foule de renseignements sur la façon de fonctionner de l'entreprise avant de cibler un employé en particulier qui peut autoriser des transferts de fonds.

«Il reçoit un courriel au nom du président de l'entreprise, qui dit quelque chose comme: «Je suis à l'étranger présentement, mais je suis en train de finaliser une entente et j'aurais besoin de faire transférer, par exemple, 1,2 million de dollars vers tel compte. L'avocat de la compagnie va vous appeler pour finaliser les choses» », explique Richard Gauthier, capitaine responsable du service des enquêtes sur les crimes économiques à la Sûreté du Québec.

Le virement doit s'effectuer vers un compte bancaire étranger - asiatique, par exemple. L'opération pourrait paraître suspecte, mais le président déclare justement qu'il se trouve dans cette zone.

On insiste aussi généralement pour régler l'affaire dans un court laps de temps, le jour même ou le lendemain.

«Évidemment, comme on dit que le président est à l'étranger, si l'employé le croise au dîner, ça ne fonctionnera pas. C'est fait très vite et c'est très bien fait.»

Grandes entreprises

C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles on cible de plus grandes entreprises, où les niveaux hiérarchiques sont plus nombreux et où le comptable peut n'avoir jamais ou très rarement rencontré le patron, note M. Gauthier.

Il y a aussi une question de ressources.

«Ce type de fraude vise en général les entreprises de moyenne ou de grande envergure. C'est pourquoi les montants sont élevés. Ils ne feront pas tout ce processus-là pour une fraude de 20 000$, parce que s'ils en font trop en peu de temps, les gens vont se poser des questions. D'ailleurs, l'efficacité commence déjà à diminuer. Il y a encore des tentatives, mais ça ne fonctionne plus. Le mot se passe.»

Même si cette vague frappe la France depuis déjà quelques années, rien ne permet pour l'instant d'associer les épisodes survenus ici à ceux vécus dans l'Hexagone, selon M. Gauthier. Au téléphone, admet-il toutefois, les fraudeurs ont «un accent», pas nécessairement français, mais pas québécois non plus.

Aucune arrestation n'a encore été effectuée et les dossiers ne s'annoncent pas simples, reconnaît l'enquêteur.

«Une fois que l'argent est rendu à l'extérieur, ce n'est pas impossible de le récupérer, mais presque.»

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Même le président de la République!

Grosse perte pour la Coop fédérée

Les corps policiers québécois refusent de confirmer les noms des sociétés victimes de telles fraudes, mais selon le réseau Argent, c'est la Coop fédérée, connue principalement pour ses filiales Olymel, Unimat et Sonic, qui serait la plus importante victime de ce type de fraude au Québec. La Coopérative aurait à elle seule ainsi été détroussée d'une somme allant de 4,5 à 5 millions de dollars.

Michelin ciblée à répétition

À la fin octobre, la société française Michelin a déposé une plainte, en France, après avoir été détroussée de 1,6 million d'euros (2,3 millions de dollars).

Le processus était similaire, mais ne touchait pas le PDG de l'entreprise. Les fraudeurs se sont plutôt fait passer pour ledirecteur financier d'un fournisseur afin de demander à la comptabilité de l'entreprise de changer le compte vers lequel était viré le règlement de ses factures.

Selon Le Parisien, l'entreprise avait déjà été ciblée une vingtaine de fois pour une arnaque du genre, sans succès jusque-là.

Jusqu'à l'Élysée!

Même l'Élysée, le bureau du président de la République française, a déjà été la cible d'une arnaque aux faux ordres de virements internationaux dès 2011. Celle-ci, qui visait une somme de 2 millions d'euros (2,9 millions de dollars), a toutefois avorté.

En août dernier, c'est le groupe d'assurances français Malakoff-Médéric qui était la cible des fraudeurs. Le haut dirigeant dont l'adresse avait été usurpée pour ce faire était nul autre que Guillaume Sarkozy, frère de l'ancien président.

De multiples appellations

Fraude au PDG, fraude au président, arnaque aux faux ordres de virements internationaux (Fovi) ou escroquerie au chef d'entreprise, pour n'en énumérer que quelques-unes, les appellations de ce type de fraude sont nombreuses.




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