Industrie pharmaceutique au Québec: après la tempête

Les investissements de l'industrie du médicament breveté ont... (PHOTO ARCHIVES REUTERS)

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Les investissements de l'industrie du médicament breveté ont connu une baisse substantielle au cours des années 2000 au Québec. Mais les emplois perdus depuis 2010 ont été récupérés du côté des entreprises de médicaments génériques, de fabrication contractuelle et de recherche contractuelle.

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Un document promotionnel préparé par Montréal InVivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé de Montréal, trace un portrait flatteur de l'industrie.

«Au fil des années, la métropole est parvenue à se positionner comme un pôle majeur des sciences de la vie et des technologies de la santé», peut-on y lire.

Michelle Savoie, présidente-directrice générale de Montréal InVivo, estime que le Québec a su tirer son épingle du jeu alors que l'industrie pharmaceutique a connu un grand bouleversement à l'échelle internationale au cours des dernières années.

Marc-André Gagnon, professeur adjoint à l'Université Carleton, est moins positif. «Il y a déjà eu des moments plus heureux, affirme-t-il. Là, il y a une sorte de déconfiture.»

Entre 2003 et 2012, l'emploi a diminué de moitié au Québec au sein de l'industrie du médicament breveté.

M. Gagnon rappelle que l'industrie pharmaceutique brevetée a augmenté ses investissements au Canada après l'adoption de modifications à la loi sur les brevets pharmaceutiques, en 1987. Cette législation étendait la protection sur les médicaments brevetés. En retour, l'industrie s'était engagée à investir en recherche et développement au Canada l'équivalent de 10% de ses ventes au pays.

«Effectivement, l'entente a été respectée, il y a eu une espèce d'âge d'or», raconte M. Gagnon.

Baisse des investissements

Les investissements ont toutefois plafonné au milieu des années 90, avant de connaître une baisse substantielle au cours des années 2000.

Même si le Québec s'était montré particulièrement généreux auprès de l'industrie du médicament breveté, avec des crédits d'impôt et la fameuse «règle de 15 ans», qui donnait une protection supplémentaire, sa proportion des investissements n'a pas varié de façon significative au cours des 15 dernières années. La province a accueilli de 40 à 45% des investissements effectués au Canada.

«C'est important, mais ce n'est pas 75% non plus», note M. Gagnon.

La réduction des investissements des grandes sociétés pharmaceutiques ne s'est pas limitée au Canada. Il s'agit d'un phénomène mondial, affirme le professeur adjoint.

Peu à peu, les pays développés comme le Canada ont établi des mécanismes de contrôle des prix des médicaments.

«Les États ne voulaient plus rembourser n'importe quel médicament à n'importe quel prix, explique M. Gagnon. Mais ça a permis aux pharmaceutiques de se dire qu'elles n'avaient plus besoin de tenir leurs promesses.»

En outre, les marchés émergents sont devenus de plus en plus prometteurs. Pour y avoir accès, il n'y a rien comme faire miroiter des projets d'investissement. «L'investissement en recherche et développement est une des pièces dans une partie de poker», lance M. Gagnon.

Les pays développés ont donc moins la cote.

Pour diminuer leurs risques, les grandes sociétés pharmaceutiques ont également commencé à confier la recherche et développement à des sous-traitants, notamment des petites et moyennes entreprises.

Au Québec, quatre grandes multinationales, Merck, Pfizer, AstraZeneca et Boehringer Ingelheim, ont fermé leurs centres de recherche entre juillet 2010 et septembre 2012. Ce sont 600 postes qui ont disparu.

«Au cours des cinq dernières années, il y a eu une diminution de 35% des investissements en recherche et développement de la part des grandes entreprises pharmaceutiques», note Michelle Savoie, de Montréal InVivo.

Elle soutient toutefois qu'il ne faut pas considérer l'industrie pharmaceutique séparément, mais qu'il faut tenir compte de tout «l'écosystème» des sciences de la vie et des technologies de la santé.

Elle affirme ainsi que, depuis 2010, le nombre d'emplois est demeuré relativement stable dans l'ensemble du secteur.

«Ce qu'on a vu, c'est un transfert d'emplois des grandes entreprises aux PME», déclare-t-elle.

Si on exclut le secteur public, près de la moitié des emplois du grand secteur des sciences de la vie se retrouvent maintenant dans les PME au Québec.

Recherche contractuelle

Les entreprises de médicaments génériques, les entreprises de fabrication contractuelle et les entreprises de recherche contractuelle ont pris le relais.

En 2013 seulement, il y a eu création nette de 10 entreprises de recherche contractuelle au Québec.

«Ce qui nous a toujours permis de nous distinguer sur la scène internationale, c'est notre expertise dans la recherche, affirme Mme Savoie. Il faut se donner les moyens de garder cette compétitivité, de développer nos PME et de conserver nos filiales internationales ici.»

Montréal InVivo milite évidemment pour le maintien des crédits d'impôt à la recherche et au développement.

«Notre objectif, c'est de doubler le nombre de patients qui participent à des essais cliniques, déclare Mme Savoie. Ça se traduirait par la création de 500 emplois.»

Selon la grande patronne de Montréal InVivo, la présence des filiales internationales est cruciale, même si plusieurs ont considérablement réduit leur taille avec les années.

«Ce sont des ponts vers les entreprises internationales, desquelles nous voulons attirer des investissements», déclare-t-elle.

En outre, le fait d'avoir des filiales d'entreprises internationales ou des sièges sociaux permet de démontrer l'attrait de la région lorsque vient le temps de courtiser d'autres entreprises.

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L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE AU QUÉBEC

Évolution du nombre d'entreprises 2005 | 2012

Grandes sociétés | 30 | 30

Génériques et fabrication à contrat 19 | 36

Recherche contractuelle | 42 | 47

Évolution du nombre d'emplois 2005 | 2012

Grandes sociétés | 8100 7500

Génériques et fabrication à contrat | 4100 5500

Recherche contractuelle | 4300 4350

Source: Pharmabio (Comité sectoriel de main-d'oeuvre des industries des produits pharmaceutiques et biotechnologiques)

De 1250 à 1500 emplois:

> Laboratoires Charles River Services précliniques

> Pfizer Canada

De 750 à 1000 emplois:

> Sandoz Canada

De 500 à 750 emplois:

> Jubilant Draximage

> Merck Canada

De 250 à 500 emplois:

> AbbVie

> Galderma Canada

> Halo Pharmaceutica

> Novartis Pharma Canada

> Roche Diagnostics

> Sanofi

> Algorithme Pharma

> Pharmetics

Source: Montréal InVivo




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