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ANALYSE

Croissance lente, croissance constante

Le Canada a connu une faible croissance de... (Photo Stéphane Champagne, archives La Presse)

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Le Canada a connu une faible croissance de 1,2% de son PIB au premier trimestre, chiffre qui pourrait être légèrement rehaussé, compte renu des révisions positives déjà annoncées des données sur le commerce international. Sur cette photo, le port de Montréal.

Photo Stéphane Champagne, archives La Presse

Rudy Le Cours
La Presse

Depuis le début de ce cycle économique atypique, qui se construit parmi les gravats laissés par la Grande Récession, le Canada se tire mieux d'affaire que la plupart des autres économies avancées.

On fait souvent état du bon trimestre de tel ou tel pays. Cela ne doit pas faire oublier que c'est chez nous que l'expansion est la plus avancée, que le marché du travail a le plus progressé depuis 2009, que les finances publiques se sont le moins détériorées, même en considérant les sérieuses difficultés de plusieurs provinces, dont le Québec, mais surtout l'Ontario, à rééquilibrer leur budget.

Les données sur la variation réelle du produit intérieur brut (PIB), d'avril à juin, vont confirmer cette tendance.

Selon les calculs de la Banque Nationale, l'expansion canadienne du présent cycle, c'est-à-dire la croissance observée depuis le sommet du cycle précédent, dépasse 8,0%, contre 6,6% pour celle des États-Unis et 0,2% pour celle du Royaume-Uni.

En fait, la Banque fait l'hypothèse que la taille de l'économie canadienne a gonflé de 2,7% d'avril à juin, ce qui l'amène à chiffrer à 8,3% sa progression.

Statistique Canada va nous confirmer vendredi, selon toute vraisemblance, que l'expansion printanière était aux alentours de 2,5% en rythme annuel.

Certes, c'est moins que les 4% estimés par le Bureau of Economic Analysis pour les États-Unis ou les 3,2% mesurés au Royaume-Uni.

C'est toutefois bien plus que la stagnation observée dans la zone euro, où plane le spectre de la déflation, ou la faible croissance annualisée de 0,8% pour l'ensemble de l'Union européenne.

À y regarder de plus près, c'est même mieux qu'aux États-Unis, où le bond de croissance fait suite à un recul de 2,1% du PIB durant l'hiver. Le Canada a plutôt connu une faible expansion de 1,2% au premier trimestre, chiffre qui pourrait être légèrement rehaussé, compte tenu des révisions positives déjà annoncées des données sur le commerce international.

C'est aussi mieux qu'au Royaume-Uni, dont l'économie, malgré un début d'année enviable, n'a amorcé sa phase d'expansion que depuis quelques mois à peine. Celle du Canada bat son plein depuis quatre ans déjà.

Cela dit, les taux de croissance supérieurs à 3% seront désormais l'exception tant au Canada qu'aux États-Unis.

Depuis plusieurs années déjà, la Banque du Canada jauge notre production potentielle à près de 2%. Il s'agit du taux de croissance à plein régime sans déclencher de poussée inflationniste.

Si le rythme d'expansion reste plus rapide pendant plusieurs trimestres d'affilée sans engendrer de hausse généralisée des prix et des salaires, c'est que subsistent des capacités excédentaires. La Banque évalue à 1% les forces productives encore inutilisées et estime que l'écart entre la production actuelle et son plein potentiel pourrait prendre jusqu'à deux ans à se résorber.

Une nouvelle évaluation de la production potentielle est publiée chaque année, en octobre. Rien n'indique qu'on doive s'attendre à une révision majeure.

En fait, bien des économistes évaluent que le vieillissement de la population exercera des pressions à la baisse sur la production potentielle d'ici la fin de la décennie.

On ne s'attend pas non plus à une accélération des gains de productivité, comme celle observée à la fin des années 90. À l'époque, la hantise du bogue de l'an 2000 avait provoqué une accélération des investissements et entraîné la généralisation de l'usage de l'internet dans la production.

Voilà pourquoi les économistes de Desjardins et de la Banque TD en sont arrivés ces derniers jours à la conclusion que la production potentielle sera désormais plus près de 2% que de 2,5% ou de 3%, comme c'était le cas avant la récession pour le Canada et les États-Unis.

Il en résultera moins d'enrichissement collectif, moins de pressions inflationnistes et des taux d'intérêt appelés à rester plus faibles en moyenne qu'au cours des cycles économiques précédents.

Cela pose de nouveaux défis qui se profilent déjà. Que feront, par exemple, les gouvernements pour remplir leurs obligations, si les recettes fiscales augmentent moins vite que les besoins à combler en santé, en éducation et en mise à niveau des infrastructures?




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