Un ultime répit pour la Fed

Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale américaine.... (Photo Jonathan Ernst, archives Reuters)

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Janet Yellen, présidente de la Réserve fédérale américaine.

Photo Jonathan Ernst, archives Reuters

Rudy Le Cours
La Presse

Ce sera réunion et décision de routine cette semaine pour les membres du comité monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed).

C'est sans surprise qu'on nous annoncera mercredi après-midi que les autorités monétaires ralentissent de 10 milliards le rythme de leur troisième ronde de détente quantitative.

Les achats mensuels de créances adossées à des actifs hypothécaires passeront de 15 à 10 milliards dès le mois prochain. Ceux d'obligations à long terme du Trésor, de 20 à 15 milliards.

On s'attend aussi à ce que la Fed fasse de même en septembre. Et à la fin d'octobre, elle devrait annoncer la fin de ces achats.

La Fed aura alors toujours une politique monétaire exceptionnellement accommodante. Son taux directeur continuera de flotter dans la fourchette de 0 à 0,25%, en place depuis décembre 2008.

Elle continuera aussi de réinvestir intérêts et principal des titres de son portefeuille arrivés à échéance pendant un temps non précisé, avec pour résultat que son bilan va gonfler encore, bien que moins rapidement.

La Fed amorcera néanmoins bientôt la lente normalisation de sa politique monétaire, un processus d'une complexité inédite et semé d'embûches.

Les marchés financiers, dopés depuis des années par un crédit facile, appréhendent le sevrage.

Lors de sa comparution semestrielle devant un comité sénatorial, il y a une dizaine de jours, la présidente Janet Yellen n'a pas écarté que le taux directeur puisse augmenter plus tôt que ce que suggérait le comité monétaire en juin, «si le marché du travail continue de s'améliorer plus rapidement que prévu».

Le mois dernier, le taux de chômage est descendu à 6,1%, un taux que les autorités monétaires avaient prévu plutôt pour la fin de l'année lors de leur réunion des 17 et 18 juin.

Mme Yellen s'est, bien sûr, gardée de préciser tout ce qu'elle entend par amélioration.

Sans aucun doute avait-elle en tête la réaction brutale des marchés obligataires quand, en juin 2013, le président de la Fed d'alors, Ben S. Bernanke avait déclaré en conférence de presse que le ralentissement de la détente monétaire pourrait commencer dès septembre, si le marché du travail continuait à s'améliorer. Les taux d'intérêt sur les obligations du Trésor de 10 ans étaient rapidement passés de 1,65% à 3,0%. Le ralentissement a finalement commencé en janvier, et les taux ont diminué, à la grande surprise des gestionnaires de portefeuille et au grand soulagement des autorités monétaires.

Après la déclaration de Mme Yellen, ils sont même passés sous la barre des 2,5%.

Bref, le comportement des marchés obligataires est difficilement prévisible.

Or, la Fed souhaite que les taux remontent tout doucement, de manière à ne pas perturber la reprise encore fragile du marché immobilier résidentiel.

Le crédit hypothécaire n'est pas facile à obtenir. En font foi les réserves excédentaires des banques parquées à la Fed, qui rémunère pourtant bien peu ces dépôts à 0,25%.

Les institutions prêteuses veulent des emprunteurs dont le dossier de crédit est impeccable.

C'est peu le cas pour le bassin des premiers acheteurs potentiels. D'une part, le taux de chômage reste élevé chez les jeunes. D'autre part, les droits de scolarité collégiale et universitaire ont grimpé de 16% en termes réels (en excluant l'inflation), de 2003 à 2013. La valeur moyenne des emprunts des étudiants est passée de 10 000 à 20 000$US durant la même période, selon les données de la Réserve fédérale de New York, citées par TD, Recherches économiques.

Pas facile d'obtenir un prêt hypothécaire avec pareil passif. Toute hausse marquée des taux d'intérêt ne peut qu'aggraver la situation.

La Fed doit donc miser sur l'amélioration continue du marché du travail pour qu'une grande part de ces étudiants puisse gagner assez d'argent pour payer leurs dettes.

Reste une question plus difficile encore à résoudre. Une fois que le taux directeur commencera à monter, à un moment donné l'an prochain, jusqu'où doit-il grimper pour optimiser l'expansion économique sans stimuler l'inflation?

À la lumière des indications fournies par les membres du comité monétaire de la Fed, la question est loin d'être résolue. Y répondre sans perturber les marchés financiers, et surtout l'économie réelle, exigera beaucoup de doigté au cours des prochains mois.




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