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Le marché du travail en panne

Aux États-Unis, le rythme de création d'emplois s'est... (Photo archives Bloomberg)

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Aux États-Unis, le rythme de création d'emplois s'est accéléré depuis maintenant deux ans. Le nombre d'embauches mensuel dépassait même les 270 000 en moyenne au deuxième trimestre.

Photo archives Bloomberg

Rudy Le Cours
La Presse

Depuis le début de l'année, le Canada, et en particulier le Québec, peine à créer des emplois alors que les entreprises américaines accélèrent les embauches. Pourtant, on observe chez nous une modeste expansion de la production alors que les ratés se succèdent aux États-Unis.

Depuis le début de l'année, le nombre d'emplois augmente d'à peine 8800 en moyenne par mois d'un océan à l'autre. Il diminue même de 4500 au Québec.

C'est depuis un an que le marché du travail stagne au pays, à l'exception notoire de l'Alberta où les scheiks aux yeux bleus embauchent pour exploiter les sables bitumineux.

En fait, le nombre d'heures travaillées a même diminué de 4,7% en rythme annualisé au deuxième trimestre, même si tout indique que l'économie canadienne a poursuivi son expansion à un rythme un peu plus rapide que celui de 1,2% observé durant l'hiver.

Cela porte à croire que les entreprises modernisent leurs équipements afin de réaliser des gains de production, mais les données pour confirmer cette hypothèse sont encore trop fragmentaires pour l'affirmer sans ambages.

Aux États-Unis, le rythme de création d'emplois s'est accéléré depuis maintenant deux ans. Le nombre d'embauches mensuel dépassait même les 270 000 en moyenne au deuxième trimestre, en hausse par rapport à l'hiver où le nombre de salariés a constamment augmenté malgré la contraction de 2,9% de la taille de l'économie en rythme annuel.

Des deux côtés de la frontière, le taux de chômage est maintenant égal à 6,1%, si on adopte la méthodologie américaine pour le mesurer. (Plus restrictive, la méthodologie canadienne mesure un taux de 7,1% chez nous.)

Si on écarte l'erreur statistique toujours possible, la meilleure explication de cette apparente contradiction réside dans le progrès du cycle économique bien différent des deux côtés de la frontière.

La récession américaine a été plus longue et plus coûteuse en emplois. De décembre 2007 à juin 2009, qui correspond à la durée de la Grande Récession, 8,7 millions d'emplois (6,5% du total) ont disparu chez nos voisins.

Au Canada, 431 000 emplois (2,5% du total) ont été supprimés entre septembre 2008 et juin 2009. Il aura fallu 18 mois pour les récupérer.

Bref, le marché du travail canadien est en expansion depuis 2011, alors que l'américain l'est depuis mai 2014 seulement.

Dans la première phase de son expansion, l'économie canadienne a généré beaucoup d'embauches, puis le rythme a ralenti au point de quasi stagner depuis un an: à peine 6000 par mois.

On peut s'attendre à ce que le taux de chômage diminue encore chez nos voisins, alors qu'il continue d'osciller aux environs de 7% chez nous.

Cela ne signifierait pas pour autant que le marché du travail américain se porte mieux.

En raison de la définition restrictive d'un chômeur, le taux de chômage est un bien mauvais indicateur de la santé du marché du travail, surtout quand on le mesure selon la méthodologie américaine.

Celle-ci place le seuil de la population observée à 16 ans contre 15 ans au Canada. Elle exclut en outre des rangs des chômeurs toute personne ne travaillant pas qui ne remplit pas de formulaire de demande d'emploi, tous les mois. Au Canada, consulter des sites d'offres d'emploi est considéré comme de la recherche active et une forme de chômage. En outre, la proportion de la population américaine incarcérée ou sous les drapeaux est plus élevée que la canadienne et diminue d'autant le nombre officiel de sans-emploi.

Voilà pourquoi il est plus fiable de se fier au taux d'emploi pour prendre le pouls du marché du travail. Avec cette mesure, pas de méprise possible. Le marché du travail canadien est en bien meilleure santé: 62% contre 59%, selon la méthodologie américaine en juin. Toutefois, cet écart va diminuer, si la tendance actuelle se maintient.

On peut aussi prendre le pouls du marché du travail en mesurant son taux d'activité. C'est peut-être ce qui illustre le mieux sa relative vitalité.

En 2013, le taux d'activité pour chaque segment de 5 ans (15-19 ans, 20-24, 25-29, etc.) était plus élevé au Canada jusqu'à l'âge de 60 ans où la situation s'inverse.

L'écart est constant pour la population dans la force de l'âge, celle de 25 à 54 ans.

Selon James Marple, économiste principal à la Banque TD, la raison principale de l'écart serait la présence plus élevée des Canadiennes que des Américaines dans ce segment de la population. «L'écart entre le taux d'emploi des femmes est de 6,8 points de pourcentage contre 0,8 point seulement pour les hommes», calcule-t-il. Il n'avance cependant aucune explication, mais on peut présumer que l'existence d'un congé parental au Canada en est une.

Le taux de chômage représente le nombre de chômeurs exprimé en pourcentage de la population active. Celle-ci est formée des détenteurs d'un emploi et des chercheurs actifs, dont la définition varie selon les pays.

Le taux d'emploi correspond à la proportion de la population de 15 ou 16 ans et plus qui détient un emploi.

Si on additionne chômeurs et travailleurs par rapport à la population de 15 ou 16 ans et plus, on obtient le taux d'activité.




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