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Microsoft: Bill Gates quitte la tête du conseil d'administration

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Bill Gates

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Sophie ESTIENNE
Agence France-Presse
New York

À l'heure où Microsoft (MSFT) est confronté au défi du mobile, un nouveau chapitre s'ouvre pour le groupe et son cofondateur Bill Gates, qui va quitter la présidence du conseil d'administration pour un rôle, présenté comme plus actif, de «conseiller technologique».

Cette décision est liée à la nomination mardi d'un nouveau directeur général, le troisième dans l'histoire du géant informatique américain: Satya Nadella, un ingénieur de 46 ans d'origine indienne et spécialiste du «cloud», les services informatiques dématérialisés sur internet. Il était jusqu'ici vice-président de Microsoft et succède avec effet immédiat à Steve Ballmer, démissionnaire depuis l'été.

Le conseil d'administration sera désormais présidé par John Thompson, ancien patron de la société de sécurité informatique Symantec, qui avait supervisé la recherche ces derniers mois du nouveau directeur général et s'occupera des relations avec les investisseurs.

Ces annonces n'ont pas provoqué un enthousiasme délirant à Wall Street, où l'action Microsoft a terminé la séance sur une baisse de 0,36% à 36,35 dollars.

Quelle place pour Gates?

Le rôle désormais dévolu à Bill Gates, qui annonce vouloir consacrer à présent «un tiers de son temps» à Microsoft, suscite un fort intérêt mais aussi beaucoup d'interrogations.

À 58 ans, Bill Gates reste le premier actionnaire individuel du groupe qu'il a créé en 1975 et dont il a été le premier directeur général jusqu'en 2000, quand il a cédé sa place à Steve Ballmer. Il se concentrait toutefois surtout ces dernières années sur des activités caritatives.

«J'ai demandé à Bill de consacrer plus de temps à l'entreprise, en se concentrant sur la technologie et les produits», écrit Satya Nadella dans un courriel adressé mardi aux salariés du groupe.

«Nadella semble avoir encouragé le nouveau rôle de Gates, ce qui est bon pour l'entreprise», indique Greg Sterling, analyste chez Opus Research. «Nadella est un personnage plus humble et plus sobre que Ballmer, ce qui sera aussi bon pour l'image du groupe».

Les experts de la banque Jefferies jugent aussi dans une note «le nouveau rôle de Bill Gates utile, même s'il renforce l'idée que la structure de l'entreprise ne changera pas à moyen terme».

«Il devrait être un conseiller rationnel» et «donner à Nadella la place dont il a besoin», estime pour sa part Roger Kay, un analyste d'Endpoint Technologies Associates. «Nadella doit arriver avec une vision», prévient-il néanmoins. «La vision de Gates était appropriée pour les années 1970 et 1980».

Le géant des logiciels pour PC est en effet contraint de se réinventer pour s'adapter à la crise de son marché historique et à l'essor des appareils mobiles comme les smartphones, un domaine où il a tardé à réagir et s'est fait largement distancer par son rival de toujours Apple et le géant de l'internet Google.

Priorité au mobile et surtout au cloud

Malgré ce contexte changeant, «les capacités de Microsoft sont toujours très pertinentes», a assuré M. Nadella mardi lors sa première intervention publique devant des clients et des partenaires du groupe, insistant sur le caractère «malléable» des logiciels, grande force de Microsoft depuis toujours, et leur rôle central dans un monde interconnecté.

Il a confirmé dans l'immédiat la stratégie dessinée par son prédécesseur de recentrage du groupe sur les appareils et les services, comme le rival Apple, évoquant la tablette Surface, la console de jeux Xbox ou encore les smartphones de Nokia dont le rachat doit être bouclé sous peu.

M. Nadella a dit vouloir consacrer les prochaines semaines à rencontrer les clients, les partenaires et les investisseurs du groupe. «Il y a beaucoup à apprendre», a-t-il noté.

«Ce qui va définir Microsoft à l'avenir, c'est d'abord le mobile, et d'abord le cloud», a-t-il toutefois d'ores et déjà souligné.

L'un des accomplissements les plus notables de M. Nadella en 22 ans de carrière chez Microsoft a justement consisté à énormément développer les services d'informatique dématérialisée et à créer «une des infrastructures de cloud les plus grandes au monde», utilisée par toute une série de services du groupe et par les entreprises, a rappelé Microsoft mardi.

Bill Gates, légende de l'informatique et milliardaire philanthrope

Bill Gates, qui a créé ses premiers logiciels dans le garage de ses parents avant de cofonder Microsoft et devenir l'homme le plus riche du monde, s'est distancé au fil des ans de l'informatique pour se consacrer à la philanthropie.

D'allure modeste, un peu timide, sérieux et calme, le visage caché derrière des lunettes, Bill Gates ne se fait pas remarquer par son élégance ou ses démonstrations ostentatoires de richesse. À 58 ans, son objectif affiché est d'éradiquer la polio d'ici 2018 ainsi que la malaria, et la notoriété bilan ne l'intéresse pas.

Le milliardaire ne manque pas d'humour même si celui-ci est souvent un peu grinçant. Il a ainsi observé qu'il recevait chaque jour un nombre astronomique de «pourriels» dans son courrier électronique, la plupart lui proposant de «devenir riche» rapidement et des techniques pour se désendetter.

Mais il est aussi capable de s'affubler de perruques et moustaches dans une vidéo pour faire connaître son rapport annuel sur la pauvreté dans le monde, «Gatesletter.com».

Né le 28 octobre 1955 à Seattle (État de Washington) dans une famille bourgeoise, il reste l'homme le plus riche des États-Unis, pour la 20e année consécutive.

Avec une fortune estimée à 72 milliards de dollars, il est aussi redevenu en 2013 l'homme le plus riche du monde, devant le magnat mexicain des télécommunications Carlos Slim, selon le dernier classement du magazine Forbes.

Du garage familial au quasi-monopole mondial

Encore lycéen, Bill se prend d'intérêt pour les ordinateurs qui sont alors loin de passionner les foules. Dans le garage familial, il bidouille ses premiers appareils et programmes informatiques.

En 1973, il intègre Harvard mais n'y reste que deux ans, préférant fonder sa propre entreprise avec son ami Paul Allen. Le 4 avril 1975, Micro Soft est né.

Les deux jeunes gens rachètent un logiciel d'exploitation, le modifient un peu tout en le rebaptisant MS-DOS (Microsoft Disk Operating System), et le proposent au géant du secteur, IBM. Ils gardent leurs droits de propriété intellectuelle, une décision qui va assurer leur fortune.

IBM ne demande pas l'exclusivité et leur permet d'installer le logiciel, rebaptisé plus tard Windows, sur les machines de ses concurrents. Très vite, il équipera un nombre grandissant d'appareils et, aujourd'hui, est un quasi-monopole, faisant tourner plus de 90% des ordinateurs mondiaux. Le groupe entre en 1986 à la Bourse où il atteint des sommets durant la bulle internet des années 1990.

Après 30 ans à la tête du groupe, Bill Gates annonce en juin 2008 qu'il quitte toute fonction exécutive chez Microsoft, dont il reste président du conseil d'administration et un des premiers actionnaires avec 4,3% du capital.

Mardi, il a renoncé à la présidence du conseil d'administration mais il a annoncé qu'il consacrerait désormais «un tiers de son temps» au groupe, pour un rôle présenté comme plus actif de «conseiller technologique».

Son immense fortune permet à Bill Gates de se lancer -- à l'image des illustres capitaines d'industrie américains comme Carnegie et Ford -- dans la philanthropie. Avec sa femme, rencontrée alors qu'elle était ingénieure chez Microsoft, épousée en 1994 et mère de ses trois enfants, il créé la Fondation «Bill & Melinda Gates» en 2000. Rassemblant deux autres fondations Gates créées précédemment, elle deviendra un géant caritatif.

Avec son ami Warren Buffet, richissime investisseur connu pour sa frugalité, il décide de donner de son vivant la moitié de sa fortune à des aides caritatives et convainc 92 autres milliardaires américains d'en faire autant.

Pourtant, Bill Gates ne dédaigne pas le luxe. Il s'est fait construire une immense demeure high-tech dominant un lac à Medina, non loin du siège du groupe à Redmond (État de Washington, nord-ouest) dont le prix, avec les terrains environnants, est évalué à 125 millions de dollars.

Il a aussi acheté en 1994 un ouvrage de Leonardo Da Vinci, le Codex Leicester, pour 30 millions de dollars et possède un rare exemplaire d'une bible de Gutenberg.

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Satya Nadella

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Satya Nadella, un ingénieur discret, pur produit de Microsoft

Avec Satya Nadella, devenu mardi son directeur général, Microsoft a fait le choix prudent d'un «insider» plutôt discret, ayant fait ses preuves dans son coeur de métier, les entreprises, et le créneau porteur des services dématérialisés dans le «cloud».

A 46 ans, le nouveau patron n'est pas une star du secteur technologique comme ont pu l'être l'ex-patron d'Apple, Steve Jobs, ou ses deux prédécesseurs chez Microsoft, Bill Gates et Steve Ballmer.

Satya Nadella a toutefois acquis le respect de ses pairs grâce à un solide profil d'ingénieur: originaire d'Inde, il a d'abord étudié l'ingénierie électrique dans son pays, puis l'informatique et la gestion d'entreprises aux États-Unis. Bill Gates a encore vanté mardi ses «profondes compétences en ingénierie» et sa «capacité de rassembler les gens».

C'est surtout un pur produit de Microsoft, chez lequel il a passé ces 22 dernières années après un bref début de carrière chez Sun Microsystems, racheté depuis par le géant des logiciels professionnels Oracle.

Il représente un choix logique, selon Ted Schadler, un analyste du cabinet Forrester. «Microsoft est une entreprise unique dans un secteur très spécialisé, les logiciels, et amener quelqu'un de l'extérieur serait difficile», explique-t-il à l'AFP.

Satya Nadella présente aussi l'avantage d'avoir de l'expérience --et «de bonnes relations»-- dans plusieurs divisions du groupe, relève l'analyste. Il a notamment collaboré au développement du moteur de recherche Bing, travaillé sur la suite de bureautique Office et ses célèbres logiciels Word ou Powerpoint, passé du temps dans les activités de services aux entreprises, etc.

Artisan du coup d'accélérateur dans le cloud

«Le boulot qu'il a fait jusqu'ici chez Microsoft, il l'a fait plutôt bien», résume Roger Kay, un analyste d'Endpoint Technologies.

Il salue plus particulièrement les accomplissements de Satya Nadella dans le cloud, une tendance de fond actuellement dans le secteur informatique à laquelle Microsoft s'est adapté avec beaucoup plus de succès qu'à l'essor du mobile.

Pour l'analyste, «il a amené Microsoft à un niveau compétitif face à des entreprises comme Amazon» qui, derrière ses activités grand public de distribution, est un important fournisseur d'infrastructures dématérialisées.

Avec la réorganisation de Microsoft l'été dernier, Satya Nadella est devenu vice-président chargé des entreprises et du «cloud». C'était la reconnaissance de son travail durant ces dernières années à la tête de l'une des plus grosses divisions du groupe, celle des «serveurs et outils». Il a été au coeur du développement d'une importante architecture d'informatique dématérialisée, utilisée par des services aussi variés que Bing, l'écosystème de jeux en ligne de la console de salon Xbox ou encore la nouvelle version sur abonnement en ligne d'Office.

De par son parcours professionnel, Satya Nadella est plus au fait des activités pour les entreprises de Microsoft que de celles destinées au grand public. Cela devrait néanmoins être compensé par le rôle de «conseiller technologique» assumé par Bill Gates.

Autre handicap: «il n'a jamais dirigé une entreprise cotée en Bourse», souligne Ted Schadler. «Il va avoir besoin de beaucoup de nouvelles compétences, (...) très importantes, sur lesquelles il n'a pas fait ses preuves. Ils prennent un risque là-dessus».

Un risque apparemment mesuré puisque le nouveau président du conseil d'administration, John Thompson, a fait savoir mardi que c'était lui qui se chargerait désormais principalement des relations avec les investisseurs.

Dans un courriel adressé mardi aux salariés de Microsoft, Satya Nadella insiste aussi sur sa «curiosité et soif d'apprendre», relevant: «J'achète plus de livres que je ne peux en lire. Je m'inscris à plus de cours en ligne que je ne peux en suivre».

Cet amateur de cricket, marié depuis 22 ans et père de trois enfants, n'hésite pas non plus à «paraphraser une citation d'Oscar Wilde: nous avons besoin de croire à l'impossible et de supprimer l'improbable».




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