Sans être complètement sortie de son marasme, l'Europe, et tout particulièrement la cohésion de sa zone euro, ne représente plus le risque négatif le plus important pour la croissance mondiale.

Publié le 20 nov. 2013
Rudy Le Cours LA PRESSE

La triste palme revient désormais aux économies émergentes, à l'exception de la Chine, et aux politiques budgétaire et monétaire des États-Unis, juge l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Dans ses prévisions semestrielles publiées hier, elle ramène d'ailleurs de 3,1 à 2,7 % son pronostic pour l'année en cours et de 4 à 3,6 % celui pour 2014.

Encore une fois, la Chine mène le bal de la croissance, bien qu'à un rythme inférieur, à 8 % pour 2013 et 2015.

À l'opposé, la Slovénie vivra la décroissance durant encore plusieurs trimestres.

Et encore une fois, le Canada tire plutôt bien son épingle du jeu avec un taux d'expansion réelle de 1,7 %, 2,3 % et 2,7 % pour 2013, 2014 et 2015. Cela le place à égalité ou au-dessus de la croissance moyenne des 34 économies membres de l'organisme établi à Paris.

Pour 2013 et 2015, c'est même un dixième de plus que le scénario d'octobre de la Banque du Canada.

L'OCDE recommande même de commencer à normaliser le taux directeur, dès la fin de l'an prochain, ce qui paraît nettement plus tôt que la prévision de l'écrasante majorité des économistes du secteur financier pour qui la mi-2015 paraît plus probable. C'est sans doute aussi plus tôt que ce que les autorités canadiennes estiment puisqu'elles n'évoquent plus désormais une hausse du taux directeur comme étant leur prochain geste.

Cette divergence résulte de l'appréciation des capacités de production encore à absorber, jugées plus faibles par l'OCDE.

Évidemment, cela suppose que trois risques baissiers ne se matérialisent pas.

Le premier, c'est le ralentissement de plusieurs économies émergentes. Par rapport au printemps, l'OCDE diminue de plus d'un point de pourcentage son estimation de la croissance de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de l'Indonésie et de la Russie. La montée des tensions internes et externes entraîne de forts mouvements de capitaux ainsi que des variations du crédit disponible et des investissements étrangers.

L'organisme craint en particulier les effets de ces turbulences sur les pays avancés très exposés aux économies émergentes, nommément les États-Unis et l'Europe.

Au sein de la zone euro, l'OCDE insiste sur la nécessité d'aller de l'avant avec l'union bancaire qui requiert la poursuite de l'assainissement du bilan de la plupart des institutions financières.

Aux États-Unis, l'OCDE s'inquiète de la façon dont la Réserve fédérale procédera pour ralentir son assouplissement monétaire sans générer trop de tensions sur les marchés obligataires, comme ce fut le cas au printemps quand elle a évoqué la possibilité de ralentir sa planche à billets, dès l'automne. Le coût de reporter la sortie de cette politique reste difficile à évaluer, surtout si elle est trop retardée.

L'OCDE recommande aussi à la classe politique d'abandonner tout plafond à l'endettement gouvernemental au profit d'un redressement à terme crédible des finances publiques.

Comme la plupart des organismes internationaux qui se livrent à des prévisions, l'OCDE s'est souvent trompée sur ses chiffres de croissance. En revanche, sa détermination des risques et des réformes à apporter pour les diminuer s'est avérée d'une acuité certaine.

Les décideurs devraient y apporter la plus grande attention : la croissance mondiale, très faible au cours du présent cycle, en dépend.