La progression soutenue des ventes de maisons neuves aux États-Unis continuera de soutenir la production de bois d'oeuvre au Québec, qui prend beaucoup de mieux depuis un an.

Rudy Le Cours, analyse LA PRESSE

En juin, tout près d'un demi-million de maisons neuves ont été vendues chez nos voisins, un sommet en cinq ans, selon les données du département américain du Commerce. Il s'agit d'une hausse de 8,3% par rapport au nombre de transactions conclues en mai.

Sur une base annuelle, le nombre de transactions a bondi de 38,1%. Il s'agit de l'augmentation la plus forte en 21 ans.

Ce qui est particulièrement encourageant pour les scieries et autres fabricants québécois de panneaux de lamelles orientées et de portes et fenêtres, c'est que le dynamisme du marché américain est très élevé dans les États du Nord-Est, où le nombre de transactions a bondi de 18,5% de mai à juin.

Selon un sondage mené auprès des promoteurs américains (homebuilders), l'optimisme est à son comble, compte tenu de la demande refoulée, des prix abordables et des taux hypothécaires toujours en deçà de leur moyenne historique malgré les hausses récentes. Le regain observé après une léthargie de six ans devrait continuer durant trois ou quatre ans, si l'emploi continue de progresser et si le loyer de l'argent reste faible.

Selon Michael Schimpf, analyste à Statistique Canada, les ventes des scieries québécoises ont bondi de 39,7%, de juin 2012 à mai 2013. L'augmentation est attribuable à la fois à une hausse des volumes et à une appréciation des prix.

En fait, c'est l'ensemble de l'industrie canadienne du bois qui vit une embellie avec des ventes qui ont totalisé 22,7 milliards US de juin 2012 à mai 2013, leur niveau le plus élevé depuis 2007-2008.

L'Indice des prix des produits industriels pour le bois a progressé de 9,2% sur la période pour atteindre son niveau le plus élevé depuis 2005-2006.

Cette donnée ne tient pas compte cependant de la correction des prix survenue en fin de printemps.

Le prix composé Pribec du millier de pieds-planche du bois de charpente 2x3, 2x4 et 2x6, mesuré par le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ), est passé de 385$ à 405$ entre juin 2012 et mai 2013.

Cela cache toutefois de grandes fluctuations: il a grimpé jusqu'à 479$ en avril. La semaine dernière, il était rendu à 367$, ce qui représente tout de même un gain de 10$ par rapport à la semaine précédente.

Cette remontée a toutes les chances de continuer, étant donné la vigueur des ventes de maisons neuves et des faibles stocks des promoteurs. En outre, les ménages américains désireux d'acheter sur le marché de la revente font face à des investisseurs immobiliers prêts à miser davantage qu'eux lors des mises aux enchères des maisons saisies par les prêteurs entre 2008 et 2012.

Les producteurs de bois québécois ont besoin de prix plus élevés, rappelle en entrevue André Tremblay, PDG du CIFQ. «Les coûts d'approvisionnement ont augmenté depuis l'entrée en vigueur du nouveau régime forestier, le 1er avril.»

Le régime prévoit la mise aux enchères de 25% des quotas de coupe. Le prix des 75% restants est établi selon les résultats des enchères.

Cette fixation des prix se rapproche de celle qui prévaut aux États-Unis. En revanche, les producteurs canadiens sont toujours contraints de payer des droits compensatoires aux États-Unis, même si l'avantage présumé d'exploiter la forêt publique est discutable, au Québec du moins, avec le nouveau régime.