Les avoirs financiers du système public de pensions réduisent considérablement la dette nette du Canada qui est de fait, et de loin, la plus faible des pays du G7.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Telle est la conclusion de Marc Pinsonneault, économiste principal à la Banque Nationale, après avoir homogénéisé les données canadiennes des comptes nationaux et comparé à celles des autres pays du G7.

La prise en compte des déficits des caisses de retraite des employés de l'État gonfle de 240 milliards de dollars la dette brute totale d'Ottawa, des provinces et des administrations locales pour la porter à quelque 1695 milliards. «Ainsi exprimée, la dette brute du gouvernement central ou celle de l'ensemble des administrations publiques du Canada sera surestimée par rapport à celle des pays où le passif net des caisses de retraite des employés de l'État n'est pas inclus dans le calcul», précise l'économiste.

Comme il ne lui a pas été possible d'obtenir le montant de ce passif pour les autres pays, il l'exclut donc de la dette brute canadienne aux fins de comparaison. La dette brute est ainsi ramenée à 1454 milliards, en 2010.

Elle équivaut à 85,1% de la taille de notre économie, ou de son produit intérieur brut (PIB). Aux États-Unis, c'est 94,2%, dans la zone euro 92,9% et, pour l'ensemble de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), 97,9% en moyenne.

Pour poursuivre l'analyse, M. Pinsonneault exclut de la dette brute de tous les pays comparés, la valeur de leurs avoirs financiers.

On obtient ainsi la nette dette.

Pour bien mesurer celle du Canada, toutefois, il faut tenir compte de la spécificité de son système public de retraites. Le Régime de pensions du Canada et le Régime des rentes du Québec (RPC-RRQ) sont capitalisés.

Leurs engagements envers les retraités présents et futurs n'augmenteront pas le fardeau fiscal. «Dans la majorité des pays, le système public de pensions utilise les cotisations des employés et des employeurs pour financer les paiements courants aux retraités», précise M. Pinsonneault.

Avec le vieillissement de la population, ces cotisations ne suffiront plus dans quelques années. Ainsi, les premières données du Recensement 2011 nous ont appris hier que la population canadienne avait augmenté de 5,9% de 2006 à 2011, soit la hausse la plus forte du G7. La hausse n'est que de 2,8% en France, elle est nulle au Japon. En Allemagne, il y a même eu baisse de 0,8%.

Contrairement aux caisses de retraite des employés de l'État qui ont un passif net, les RPC-RRQ ont plutôt un avoir net de quelque 190 milliards qu'il faut soustraire de la dette nette aux fins de comparaisons internationales.

On constate ainsi que la dette nette des administrations publiques représente 30,4% du PIB au Canada, mais 52,2% en Allemagne, 53,9% au Royaume-Uni, 58,9% en France, 68,4% aux États-Unis, 98,6% en Italie et 116% au Japon. La moyenne de la zone euro est de 58,5%, celle de l'OCDE, de 58,1%.

Pour avoir une meilleure vision d'ensemble, l'économiste soustrait le ratio de la dette nette sur le PIB de celui de la dette brute. Il obtient ainsi le poids des avoirs financiers de l'État. Le plus lourd est au Canada avec 55,1%, comparativement à 25,8% aux États-Unis, 34,4% dans la zone euro et 39,8% dans l'OCDE.

«Les autorités canadiennes sont en mesure d'affirmer que l'endettement des administrations publiques au Canada est le plus faible parmi les pays du G7», démontre M. Pinsonneault.