Patrick Pichette aime revenir à la maison - même si l'accès internet y est trop lent à son goût.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

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L'une des grandes vedettes du Québec inc., le directeur des finances de Google, a profité de son passage hier à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour lancer un message aux distributeurs d'accès internet de sa ville natale : il est temps de passer à la vitesse supérieure.

«Le Canada est une société branchée. Il faut rêver grand et oser investir. Un réseau rapide permet de créer un écosystème de développeurs qui font des applications pour cette vitesse. Technologiquement, c'est faisable [d'avoir des réseaux plus rapides], mais c'est facile de s'asseoir sur ton réseau et de dire que tu vas continuer à gérer pour maximiser tes profits à court terme», dit Patrick Pichette, l'ancien no 2 chez Bell embauché comme directeur des finances de Google en 2008.

Citant en exemple l'Australie, Patrick Pichette rêve d'un accès web d'une vitesse d'un gigabit (1000 mégabits) par seconde par le biais de la fibre optique dans tous les foyers au Canada. Actuellement, Bell et Telus offrent un accès web par fibre optique à 25 mégabits par seconde, tandis que Vidéotron offre un accès web par câble et fibre optique de 120 mégabits par seconde. Selon Patrick Pichette, c'est nettement insuffisant. À la suite d'un concours, son employeur a décidé plus tôt cette année d'offrir un accès web d'un gigabit par seconde à un prix concurrentiel à Kansas City, aux États-Unis. «Les tarifs d'accès à l'internet continuent de diminuer, mais l'enjeu n'est pas tant le prix que la vitesse», dit le directeur des finances de Google, qui encourage aussi le Canada à réduire les barrières réglementaires et fiscales dans le milieu de l'innovation et du capital de risque.

Vêtu d'un veston, mais chaussé de ses traditionnelles chaussures de sport, le grand argentier de Google a prononcé un discours en trois points devant un auditoire conquis d'avance : pensez grand, pensez planétaire, pensez culture d'entreprise.

Et la culture de Google, il connaît. Embauché comme directeur financier de Google en 2008, le Québécois de 48 ans a vite obtenu d'autres responsabilités au siège social de Mountain View en Californie. Dont celle, névralgique, des ressources humaines. «Les gens survivent aux produits et c'est pourquoi nous consacrons autant de temps et d'énergie à l'embauche de nos employés, dit-il. Moins de la moitié de 1% des gens qui postulent sont choisis. C'est plus difficile d'entrer chez Google qu'à Harvard. La barre est élevée, mais chaque fois que je peux trouver une personne qui passe la barre, je l'engage.»

Comme directeur financier, Patrick Pichette doit veiller sur les immenses liquidités de Google. «C'est l'fun d'être directeur des finances d'un portfolio de 42 milliards, mais je suis responsable de plein d'autres choses comme les services aux employés, les massages, les cafés, les autobus, dit-il. Nous avons 300 lignes d'autobus pour nos employés, car nous ne voulons pas qu'ils soient sur la route en voiture. Il a fallu renouveler la flotte d'autobus récemment. Quand un sous-traitant nous est arrivé avec les plans, nos gars ont regardé ça et ils ont dit que ça n'avait pas d'allure. Nous avons décidé de dessiner les autobus nous-mêmes...»

Aux jeunes Québécois, ce gestionnaire élevé à Montréal-Nord et diplômé de l'UQAM conseille de s'intéresser aux sciences et à l'économie numérique. «Il faut que tu patines où la rondelle va être», conclut celui qui n'a pas oublié ses racines - incluant les métaphores québécoises sur le hockey.