Le maire de Nashville, au Tennessee, est si «consterné» par la manière dont la société IQT a montré la porte à 1200 employés canadiens qu'il a suspendu une subvention qui devait inciter l'entreprise à établir des bureaux administratifs et un centre d'appels dans sa ville. La décision a été annoncée en fin de journée, lundi, après que des dizaines d'ex-employés de la firme au Canada eurent tenu des rassemblements dans l'espoir d'obtenir le salaire qui leur est dû.

Mis à jour le 19 juill. 2011
Martin Croteau LA PRESSE

QT a annoncé vendredi aux employés de ses centres d'appels à Laval, Trois-Rivières et Oshawa, en Ontario, qu'elle était en faillite et qu'ils de-vaient quitter les bureaux sur-le-champ. Ils ne seront pas payés pour leurs deux dernières semaines de travail.

Ces licenciements à grande échelle surviennent alors que la Ville de Nashville s'apprête à accorder une aide publique de 1,6 million de dollars pour inciter la société new-yorkaise à s'établir chez elle. L'investissement doit créer 900 emplois.

Or, le maire de Nashville, Karl Dean, n'a pas du tout aimé apprendre par les médias la fermeture des installations canadiennes d'IQT. Dans une lettre aux dirigeants de l'entreprise, que La Presse a obtenue, la Ville se dit «profondément préoccupée» par la nouvelle. L'entente sur la subvention n'étant pas formellement signée, le maire suspend le processus jusqu'à ce que la firme lui fournisse des explications satisfaisantes.

«Nous sommes surpris et préoccupés d'apprendre les développements au Canada, et j'ai été consterné par la manière dont la firme a traité ses employés là-bas», a déclaré le maire en fin de journée.

«Conformément à ma philosophie sur le développement économique, les mesures incitatives offertes à IQT sont basées sur la capacité de l'entreprise d'apporter des emplois à Nashville, ajoute-t-il. Si elle ne crée pas d'emplois ici, elle ne recevra pas de subvention. Nous n'irons pas de l'avant avec cette entente à moins que nous n'obtenions d'IQT des réponses à nos préoccupations.»

L'entreprise, elle, est restée muette. Joint à New York, un porte-parole s'est borné à dire: «Ce n'est pas un bon moment, vous allez devoir rappeler plus tard», avant de raccrocher.

Rassemblements

Pendant ce temps, des dizaines de travailleurs licenciés se sont réunis à Oshawa et à Laval en matinée. Ils ont recueilli des dons afin de venir en aide à leurs collègues qui sont dans une situation précaire. Le centre d'appels de Laval employait plusieurs immigrés et mères seules.

«On a beaucoup de collègues qui sont d'autres nationalités, il y a des immigrés de première génération, indique Julie Vigneault, qui travaillait à IQT depuis la fin de janvier. Eux, ils n'ont pas d'allocations familiales, ils ont un loyer à payer, ils ont un visa de travail. Tous ces gens, ils font quoi? Ils n'ont plus rien devant eux, aucun recours. Alors, on essaie d'être solidaires.»

Elle estime que son employeur lui doit au moins 1500 $, soit deux semaines de salaire et son indemnité de départ. Elle affirme que l'entreprise doit quatre semaines de salaire à certains de ses collègues.

Jean-Joseph Fleurantin était facile à remarquer devant l'immeuble, vêtu d'un maillot du Canadien de Montréal frappé du numéro de P.K. Subban. C'est lui qui a pris l'initiative d'organiser le rassemblement de lundi.

«Ça a été un choc de savoir que l'entreprise, sans préavis, ferme comme ça et qu'on a travaillé comme bénévoles pendant deux semaines, a-t-il dit. On a des obligations financières, plein de choses à payer, des garderies, il y a des femmes enceintes. C'est toute une vie qui change.»

La ministre du Travail, Lise Thériault, et sa collègue à l'Emploi, Julie Boulet, rencontreront des travailleurs du centre d'appels de Trois-Rivières mardi. Mais il faudra des mois avant qu'ils puissent espérer toucher les sommes qui leur sont dues, s'ils y parviennent un jour. La Commission des normes du travail a officiellement ouvert une enquête sur le licenciement massif, lundi, et elle pourrait poursuivre IQT si elle le juge opportun.

Embauchés par Bell?

En revanche, bon nombre d'employés d'IQT pourraient se retrouver du travail assez vite. Bell Canada, qui avait recours aux services de la firme, est en voie de créer plusieurs postes dans ses propres centres d'appels afin de soutenir le déploiement de ses nouveaux services d'internet et de télévision. La porte-parole de l'entreprise, Marie-Ève Francoeur, a indiqué lundi que des centaines d'emplois devront être pourvus en 2011 et que les ex-travailleurs d'IQT pourraient avoir une bonne longueur d'avance grâce à leur expérience.

«Là où ce sera possible, nous regardons la possibilité d'embaucher des employés d'IQT afin de pourvoir ces postes, a-t-elle expliqué. Nos équipes de ressources humaines se penchent sur les différents scénarios en ce moment.»