Jules Vachon a acheté le titre d'Exploration Orbite il y a une dizaine d'années, quand il se négociait autour de 8 cents. Il valait hier 3,40$ à la clôture du TSX Croissance (ORT.A), en hausse de près de 2 400% depuis un an.

Hugo Fontaine LA PRESSE

«C'est le genre de succès avec un titre que tu connais une seule fois dans ta vie d'investisseur, si tu es chanceux», affirme Jules Vachon. Il ne se gênera donc pas pour porter fièrement la casquette de la société offerte lundi aux actionnaires présents à l'assemblée annuelle.

Ils étaient plus de 200 propriétaires heureux, tout sourire et riant aux blagues du président, réunis dans une salle bondée qui n'a pas suffi à accueillir tout le monde. À l'assemblée d'il y a deux ans, ils n'étaient pourtant qu'une vingtaine, rappelle Jules Vachon. Depuis, les actionnaires ont eu beaucoup de bonnes nouvelles à se mettre sous la dent.

L'optimisme était toujours de mise lundi. Le président, Richard Boudreault, affirme que l'entreprise est en négociations avec quatre sociétés, en Russie et en Australie entre autres, afin de leur vendre sous licence la technologie qu'Orbite a mise au point pour produire de l'alumine à partir de dépôts d'argile.

Orbite possède déjà en Gaspésie un important dépôt d'argile à partir duquel elle a réussi à produire de l'alumine, habituellement tirée de la bauxite et essentielle pour la fabrication de l'aluminium. Orbite a mis au point sa propre technologie et a construit une usine-pilote à Cap-Chat.

Orbite veut principalement vendre son produit aux alumineries québécoises. En raison des coûts de transport importants de l'alumine et d'une hausse potentielle des prix du pétrole, la société juge peu opportun d'acheter et d'exploiter elle-même des gisements ailleurs dans le monde. Mais elle compte profiter de l'intérêt des autres propriétaires de gisements pour accorder des licences et livrer des services, en retour de quoi Orbite pourrait tirer un pourcentage des revenus.

La semaine dernière, Orbite a annoncé qu'un deuxième lingot d'aluminium avait été produit à partir de son alumine, dans un laboratoire norvégien. À la fin de l'été ou au début de l'automne, d'après le président Richard Boudreault, Orbite fournira à l'aluminerie Alouette des échantillons d'alumine pour que l'usine de Sept-Îles puisse procéder à ses propres tests.

Orbite profitera également des prochains mois pour maximiser sa technologie et son usine-pilote, avant de lancer une étude de faisabilité vers la fin de l'année. C'est cette étude qui permettra d'évaluer véritablement la viabilité économique du projet gaspésien.

Orbite affiche désormais une capitalisation boursière de plus de 500 millions de dollars, et a fait parvenir une demande pour passer du TSX Croissance au TSX. Lundi, elle a changé son nom pour Orbite Aluminae, question de bien marquer son créneau d'affaires.

Des options payantes pour les patrons

La montée stratosphérique du prix de l'action offre un joli magot aux dirigeants d'Exploration Orbite. Sur papier du moins. La société a accordé environ 9,5 millions d'options à ses dirigeants et employés, à un prix d'exercice moyen de 51 cents. Le titre valait 3,40$ lundi.

Le président et chef de la direction, Richard Boudreault, comptait au 31 décembre 2010 1,75 million d'options à 36 cents, et 400 000 à 10 cents. Au prix actuel de l'action, la valeur des options atteint 6,6 millions de dollars, presque 45 fois son salaire de base de 2010. La valeur des options du chef de la direction financière, Jacques Bédard, accordées en novembre à 67 cents, est de 2,7 millions. Les membres du conseil d'administration gagnent gros aussi, sur papier toujours. Le président du conseil, Lionel Léveillé, et un autre administrateur, Pierre Meunier, toucheraient 2,6 millions s'ils exerçaient leurs options aujourd'hui. Les options de Charles Chevrette valent 2,3 millions. Celles de Christian Van Houtte, ancien PDG de l'Association de l'aluminium du Canada, et Stéphane Bertrand, ancien chef de cabinet de Jean Charest, valent un peu plus de 900 000$.