Juillet dernier. À la surprise générale, la multinationale Merck annonce qu'elle met la hache dans son imposant complexe de recherche de Kirkland, dans l'ouest de Montréal. Quelque 180 employés, en majorité des chercheurs, voient leur poste aboli.

Philippe Mercure LA PRESSE

La nouvelle a l'effet d'une bombe dans l'industrie québécoise des sciences de la vie. Une bombe qui ne tombe pas seule. MDS, Sanofi-aventis, Novartis, Abbott Canada, Ratiopharm... la liste des licenciements annoncés cette année dans la province est longue.

«L'industrie pharmaceutique souffre actuellement au Québec. Elle est en transformation, c'est tout le modèle qui est en révision», dit Mélanie Bourassa Forcier, professeure de droit pharmaceutique à l'Université de Sherbrooke.

Michelle Savoie, présidente de Montréal InVivo, grappe des sciences de la vie de la région montréalaise, n'a pas encore les chiffres pour documenter l'ampleur des dégâts.

«Ma perception, c'est que tant sur le plan des petites entreprises de biotechnologies que de la grande pharma, on a probablement vu une diminution du nombre d'emplois cette année», dit-elle toutefois.

Selon elle, il faudra quand même attendre les statistiques officielles avant d'affirmer que l'ensemble du secteur des sciences de la vie est en déroute.

Elle rappelle que les entreprises qui testent les médicaments sur les animaux et sur les patients ainsi que celles qui conçoivent des technologies médicales ou des tests diagnostics semblent avoir mieux tiré leur épingle du jeu cette année.

En 2008, la crise financière a bloqué l'accès au financement, plombant les petites entreprises locales de biotechnologies. Le portrait est différent cette année, alors que ce sont surtout les multinationales qui ont fait les manchettes par leurs licenciements.

Que se passe-t-il? Le Québec, explique Michelle Savoie, est victime d'une conjoncture mondiale qui n'épargne personne.

Deux phénomènes parallèles sont en train de se produire. D'abord, une vague de fusions et acquisitions déferle sur l'industrie pharmaceutique mondiale. En s'achetant l'une l'autre, les grandes pharmaceutiques se retrouvent souvent avec des activités redondantes, ce qui les amène à faire des coupes et à fermer des usines.

Merck a justifié la fermeture de son centre de recherche de Kirkland par sa fusion avec Schering-Plough. C'est aussi une acquisition qui a sonné le glas du centre de recherche de l'usine de Ratiopharm, à Mirabel, et peut-être bien de l'usine complète.

Un autre phénomène est aussi en cours. Il faut savoir que découvrir de nouveaux médicaments coûte cher. Et les multinationales sont de moins en moins intéressées à faire le travail elles-mêmes.

«La fermeture de Merck ne veut pas dire que l'industrie a de la difficulté à survivre. Je crois qu'elle signifie que la priorité des multinationales n'est plus d'investir en recherche et développement dans des pays où la main-d'oeuvre est chère - et particulièrement au Canada, qui ne représente que 2% du marché mondial», dit Mélanie Bourassa Forcier.

Chez Novartis, qui a sabré 90 postes en novembre au Canada, dont 16 à son siège social québécois, on justifie les licenciements par le fait que les gouvernements provinciaux acceptent de rembourser aux patients de moins en moins de nouveaux médicaments.

«Si on vend moins de médicaments, on a besoin d'une force de vente moins importante», plaide Silvie Letendre, directrice des communications.

Quoi qu'il en soit, il ne faut pas se faire d'illusions. «La consolidation va se poursuivre dans la pharma en 2011», prédit Michelle Savoie. Le défi pour le Québec sera de s'y adapter. Et peut-être même de trouver le moyen d'en tirer profit.