L'Inde a accordé un délai supplémentaire au fabricant du BlackBerry pour sortir de l'impasse concernant l'accès aux données cryptées du téléphone, mais c'est au tour de Google et Skype d'être dans le collimateur des services de renseignement.

Adam Plowright AGENCE FRANCE-PRESSE

Les utilisateurs indiens du BlackBerry ont poussé un soupir de soulagement lundi soir après l'annonce par le gouvernement indien d'une prolongation de 60 jours de l'ultimatum fixé au fabricant canadien du Blackberry, Research in Motion [[|ticker sym='T.RIM'|]], qui expirait ce mardi.

L'Inde a fait état de progrès dans les négociations concernant l'accès aux données de deux services de messagerie du téléphone ultra sécurisé.

New Delhi, en proie à une insurrection séparatiste musulmane au Cachemire (frontière pakistanaise) et à une rébellion maoïste dans de nombreux États, demande expressément que les groupes de téléphonie mobile lui permettent l'accès aux flux de communications émanant d'entreprises.

Skype, un service de téléphone et vidéoconférence par internet, et Google [[|ticker sym='GOOG'|]], qui utilise une puissante technologie de cryptage pour son service de messagerie électronique Gmail, devraient être les prochains groupes visés par un ultimatum des services de renseignement.

«Si une entreprise fournit des services télécom en Inde, toutes les communications doivent alors être accessibles aux services de sécurité indiens», a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Intérieur sous couvert d'anonymat.

«Si Google ou Skype ont une partie (de leurs services) qui n'est pas accessible, ce ne sera pas possible. Le message est le même pour tout le monde», a-t-il ajouté.

Lundi soir, un haut responsable du gouvernement, cité par l'agence Press Trust of India, a déclaré que des «préavis à l'intention de ces entités seront diffusés à partir de mardi et il sera demandé à tous de se conformer à la directive, sous peine de devoir fermer leurs réseaux».

L'Inde a aussi en ligne de mire «des réseaux privés virtuels» qui donnent aux employés un accès sécurisé au réseau interne de leur entreprise lorsqu'ils travaillent en dehors de leur bureau.

Interrogé par l'AFP, un porte-parole de Google, Gaurav Bhaskar, a indiqué que le groupe n'avait pas encore reçu de préavis.

«Une fois que nous l'aurons reçu, le groupe sera en meilleure position pour faire un commentaire sur ce qu'ils attendent», a-t-il simplement déclaré, ajoutant s'attendre à ce que le service Gmail soit concerné.

Skype n'était pas joignable dans l'immédiat.

RIM, qui compte 1,1 million d'utilisateurs en Inde, a de son côté proposé de mettre en place en Inde un serveur au travers duquel les messages BlackBerry pourront transiter, a déclaré le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, sans plus de précisions.

La proposition pour «un accès légal» aux messages pourrait être «rendue opérationnelle immédiatement», selon le ministère.

Un responsable de RIM a déclaré à l'AFP que le groupe n'avait toutefois pas transigé sur son engagement public à ne pas passer d'accord particulier avec des autorités étatiques pour un contrôle des données du téléphone.

Des analystes ont relevé que d'autres pays sourcilleux sur leur sécurité intérieure, comme la Chine et la Russie, semblaient avoir eu satisfaction sur un accès suffisant de leurs services de renseignement aux communications BlackBerry, même si les accords passés avec RIM ne sont pas connus.

RIM est également confronté à des menaces de blocage de ses services cryptés par les Emirats arabes unis qui lui ont fixé un ultimatum expirant le 11 octobre, et il est en négociation avec l'Arabie saoudite sur les critères réglementaires permettant au pays de surveiller le contenu des échanges.