L'économie des États-Unis peine à remonter la pente après la récession: les chiffres du PIB publiés vendredi confirment que la croissance du pays a nettement ralenti au printemps, plombée par le commerce extérieur et un ralentissement de la consommation.

Marc Jourdier AGENCE FRANCE-PRESSE

Le produit intérieur brut du pays a augmenté au deuxième trimestre de 2,4% en rythme annuel par rapport à l'hiver, selon la première estimation du département du Commerce.

C'est le taux de croissance le plus faible pour le pays depuis l'été 2009, qui a marqué le début de la reprise de la première économie mondiale.

A ce niveau, la hausse du PIB est inférieure au potentiel de l'économie du pays. Elle est donc insuffisante pour «réduire substantiellement le chômage» (à 9,5% fin juin), comme l'a reconnu la Maison Blanche.

Le président Barack Obama a néanmoins qualifié de «signe bienvenu» la poursuite de la croissance pendant quatre trimestres d'affilée alors que la récession apparaît désormais avoir été plus forte qu'on ne le pensait.

Les chiffres du ministère ont en effet été accompagnés de révisions remontant jusqu'à 2006 et révélant que le PIB a chuté de 4,1% au cours des six trimestres allant de l'hiver 2008 au printemps 2009.

Si le ministère a revu en forte hausse son estimation de la croissance du premier trimestre, à 3,7%, ses nouveaux chiffres montrent que la contribution de la consommation à la reprise est moins forte qu'on ne le pensait, alors que les dépenses des ménages sont le moteur traditionnel de la croissance du pays.

La hausse de la consommation a d'ailleurs ralenti au printemps, n'assurant que 40% de la croissance du pays.

Celle-ci est davantage portée par les investissement des entreprises, qui ont bondi de 19,1%, signe que le monde des affaires croit à la reprise.

Les effets de la relance budgétaire se sont fortement fait sentir, mais le commerce extérieur a fait perdre 2,78 points de croissance au pays, sous l'effet d'une progression spectaculaire des importations.

«C'est l'inconvénient des délocalisations industrielles», estime l'économiste indépendant Joel Naroff: «quand l'économie croît, on ne demande pas aux sociétés nationales de produire les biens qu'il nous faut, on les importe».

Les ventes finales de produits américains ont progressé de 1,3% au printemps, ce qui est peu.

«Il faut (qu'elles) augmentent et que l'effet négatif du commerce extérieur diminue pour que nous puissions avoir une croissance décente», estime Ian Shepherdson, économiste du cabinet HFE.

La publication des chiffres du PIB survient alors que se multiplient des craintes de rechute, voire d'une déflation «à la japonaise», catastrophe qui n'a jamais semblé aussi proche de se réaliser «dans l'histoire récente» du pays, selon un des dirigeants de la banque centrale (Fed), James Bullard.

Les économistes estiment néanmoins majoritairement que l'économie américaine reste orientée à la hausse, même si elle continue de ralentir.

La croissance «reste bancale et fortement dépendante du soutien de l'État», note Sal Guatieri, de BMO Capital Markets, qui aimerait voir «les entreprises (orienter) leurs dépenses vers des embauches plus que dans des machines».

Cela aiderait les consommateurs «à sortir de l'ornière», ajoute-t-il, alors que leur moral reste bas, comme en témoigne l'indice de l'Université du Michigan publié vendredi.

Le président de la Fed, Ben Bernanke, a dit la semaine dernière être prêt à prendre des mesures de soutien supplémentaires si le besoin s'en faisait sentir, mais a estimé que ça n'était pas encore le cas. Le Fonds monétaire international estime au contraire que de nouvelles actions des autorités sont «nécessaires».