La vitalité inusitée du marché du travail canadien en ce début de cycle économique présage d'une création d'emplois moins rapide durant la phase d'expansion qui se profile. Il faut s'attendre à de 15 000 à 20 000 emplois par mois plutôt qu'à des chiffres exceptionnels comme les 93 200 de juin.

Rudy Le Cours LA PRESSE

C'est là la conclusion d'une analyse comparative des trois dernières récessions suivies de leurs reprises faite par Diana Petramala, économiste chez Banque TD Groupe financier. «La deuxième phase de la reprise va entraîner une faible création d'emplois inhabituelle, fait-elle remarquer. Et nous ne pensons pas improbable de vivre quelques mois où il y aura perte nette d'emplois en contrecoup de la récente robustesse.»

Mme Petramala fait ressortir que la récupération complète des emplois perdus lors des récessions de 1981 et de 1990-91 a exigé quelques trimestres de plus que le comblement des reculs de croissance.

«Cette fois-ci, l'emploi va revenir à son niveau d'avant récession un trimestre avant la récupération de la perte d'activité économique», calcule-t-elle.

Cette prévision masque d'importantes disparités provinciales. Le Québec par exemple est en phase d'expansion économique tout comme son marché du travail.

La récente récession diffère beaucoup des deux précédentes. Mme Petramala note qu'elle a peu touché la demande intérieure alors que c'était précisément elle qui avait été altérée par les précédentes.

Les industries qui se consacrent à cette demande se sont vite remises à embaucher: l'alimentation, la santé, les services professionnels et techniques sont responsables de 159 000 des 403 000 emplois créés depuis juillet 2009 tandis que ce qui gravite autour de l'immobilier résidentiel (construction, courtage, assurance et services financiers) en ont ajouté 117 000.

À l'inverse, les segments de l'économie liés au commerce extérieur, à l'origine de la récession canadienne, ont détruit beaucoup d'emplois. Même depuis l'amorce de la reprise, la fabrication continue de licencier.

En revanche, c'est précisément en usines que les gains de productivité ont été les plus significatifs. Cela n'est pourtant pas présage d'une embauche prochaine car la faiblesse de la reprise américaine et la force relative de notre monnaie ne permettront de retrouver de sitôt les débouchés d'antan.

Ailleurs, il y a même des reculs de productivité, attribuables, selon l'économiste, à la hâte des entreprises à embaucher pour faire face à une demande plus forte qu'ils ne l'avaient anticipé.

C'est à compter de maintenant, alors que le rythme de croissance décélère, qu'elles vont se soucier davantage de productivité et ralentir l'embauche.

Mais pourquoi tant d'entreprises se sont-elles fait prendre de court par la vitalité de la demande intérieure?

Philip Cross, analyste en chef à Statistique Canada, a peut-être l'explication. Son étude intitulée Le rythme accéléré de la contraction de 2008-2009 constate que les entreprises ont licencié plus rapidement en début de récession qu'au cours des deux contractions précédentes. «La quasi-totalité (88,5%) de la baisse est survenue au cours de novembre 2008 à février 2009», soit dans les quatre mois.

Cette fois-ci, certaines entreprises productrices de biens ont subi les affres de la crise financière. Incapables d'emprunter à court terme pour financer leurs stocks, elles ont dû interrompre leur production et licencier du personnel.

En outre, si la contraction réelle de l'économie a été plus faible au Canada qu'aux États-Unis (3,4% contre 3,6%), le recul a été beaucoup plus sévère lorsqu'il est mesuré en dollars courants. L'effondrement des prix de l'énergie et des produits de base, fixés en dollars américains, a entraîné une décroissance record du produit intérieur brut nominal canadien alors que celui des États-Unis n'a reculé que de 2,4% seulement.

La remontée des prix amorcée en mars 2009 a en retour entraîné une reprise du PIB nominal plus forte de ce côté-ci de la frontière, stimulé la croissance réelle et l'embauche.

ATOUTS

Prudence budgétaire du gouvernement provincial Économie mature et diversifiée, de retour en croissance Récession amoindrie par les baisses d'impôt antérieures et le devancement des dépenses d'infrastructures

RISQUES

Grosse dette totale du secteur public (218 milliards) Impact économique du taux de change (dollars américains) et des marchés d'exportation aux États-Unis Impact de la faible croissance démographique et du vieillissement sur la capacité fiscale et les dépenses futures du gouvernement