Après avoir consacré des milliards de dollars à relancer l'économie mondiale dans les deux dernières années, les dirigeants du G20 promettent maintenant de s'attaquer aux déficits et à la dette de leur pays.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Surmontant leurs divergences exprimées sans retenue au cours des derniers jours, les dirigeants du G20 sont tombés d'accord hier pour réduire de moitié leur déficit respectif d'ici 2013. Ils s'engagent aussi à commencer à diminuer leur endettement global à partir de 2016.

Toutefois, le Japon, qui est confronté à un problème d'endettement plus grave que les autres, a été exempté de cet engagement de sabrer de moitié son déficit d'ici trois ans.

Ce faisant, les leaders du G20 ont adopté essentiellement la proposition que leur avait soumise le premier ministre Stephen Harper dans une lettre envoyée il y a deux semaines.

Cette proposition a suscité un vif débat la semaine dernière entre les États-Unis, opposés à une vague de compressions des dépenses publiques qui pourrait mettre en péril la reprise économique, et certains pays de l'Europe, qui ont déjà annoncé des coupes et qui craignent les effets de la crise grecque.

«Les pays qui sont confrontés à d'importants défis budgétaires doivent accélérer le rythme de l'assainissement de leurs finances publiques. Les plans d'assainissement des finances publiques seront crédibles, clairement communiqués, adaptés aux circonstances nationales et axés sur des mesures propices à la croissance économique», affirment les dirigeants du G20 dans leur déclaration.

Autre victoire pour Stephen Harper, les pays du G20 ont rejeté l'idée d'imposer une taxe bancaire mondiale, comme le réclamaient les États-Unis, certains pays européens et l'Union européenne.

En lieu et place, les pays qui le désirent pourront imposer une telle taxe destinée à soutenir des institutions financières en difficulté.

Parallèlement, ils s'engagent à adopter progressivement des normes plus sévères de réglementation du secteur financier d'ici 2012, notamment des exigences plus élevées en matière de capitalisation. «Les banques seront ainsi en mesure de résister - sans devoir recourir à une aide gouvernementale extraordinaire - à des tensions qui seraient d'une ampleur comparable à celles de la récente crise financière», affirme-t-on dans la déclaration. Plus de discussions se tiendront à ce sujet au prochain sommet de Séoul.

Premier à prendre la parole à l'issue du sommet, le président français Nicolas Sarkozy a mis un bémol à la clause de la déclaration portant sur la réduction du déficit, affirmant que les pays doivent respecter cet échéancier sur une base volontaire. Il a aussi affirmé que la France avait fait un gain important dans le dossier de la taxe mondiale bancaire.

«Très clairement, la possibilité de taxer les banques est reconnue comme légitime par le G20. Taxer les banques pour financer des systèmes d'assurance ou pour engranger des recettes fiscales. Donc, la France, sur ce premier point, a obtenu satisfaction, a-t-il affirmé. Tous les pays ne le feront pas. Certains considèrent ne pas avoir eu de problème avec leur système bancaire, ne veulent pas le faire. Nous ne pouvons pas les obliger à le faire.»

Répondant aux propos du président français, Stephen Harper a affirmé que les pays du G20 doivent s'attaquer aux déficits et à l'endettement. Il a souligné que la France est déjà tenue de le faire en tant que membre de l'Union européenne.

«J'ai confiance que tous les dirigeants des pays qui ont pris cet engagement vont le respecter non seulement parce qu'ils subiront les pressions de leurs pairs du G20, mais aussi des pressions des marchés financiers», a dit M. Harper, visiblement satisfait des résultats que le Canada a obtenus en tant qu'hôte du sommet.

«La consolidation fiscale n'est pas une fin en soi. Les stimuli auront toujours un rôle à court terme pour une croissance économique forte, durable et équilibrée», a-t-il ajouté.

Le président américain Barack Obama s'est défendu d'avoir cédé à la pression des autres dirigeants au chapitre de la réduction du déficit, lui qui s'était dit inquiet des conséquences des mesures d'austérité que la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont adoptées.

«Après des années à trop s'endetter, les Américains ne peuvent pas et ne vont pas emprunter et acheter la prospérité du monde à long terme», a-t-il déclaré, ajoutant que son administration s'est déjà engagée à réduire le déficit américain de moitié d'ici 2013.

«Le communiqué final est le reflet de nos politiques. (...) Mais tout le monde ne doit pas se précipiter vers la porte de sortie en même temps (en mettant fin aux mesures de relance)», a-t-il indiqué.

Le nouveau premier ministre de la Grande-Bretagne, David Cameron, a pour sa part indiqué que «nous avons besoin d'agir de manière coordonnée partout dans le monde pour maximiser la croissance économique».

Le G20 rassemble les pays du G8 (Allemagne, Canada, France, États-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie) et 12 autres économies parmi les plus grandes du monde (Afrique du Sud, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie et Union européenne).

- Avec Malorie Beauchemin et Agnès Gruda