La reprise économique mondiale sera très inégale en 2010, prévoit le FMI. L'Asie agira comme une locomotive, l'Europe continuera de traîner en queue de peloton, et le Canada s'en tirera assez bien à mi-chemin entre les deux. Tous les pays partagent cependant un même problème selon le FMI: les gigantesques dettes publiques auxquelles il faut s'attaquer «d'urgence».

Stéphane Paquet LA PRESSE

S'il n'en tient qu'au Fonds monétaire international, l'économie canadienne fera mieux que celle de ses compatriotes du G7 ces deux prochaines années. Cela aura un impact à court terme sur le marché boursier canadien.

Dans ses prévisions publiées hier, le FMI prévoit une croissance de 3,1% pour le Canada en 2010, suivi de 3,2% en 2011. Les chiffres pour les États-Unis sont 3,1% cette année, mais de seulement 2,6% l'an prochain.

«Les pays dont la production a chuté davantage au cours de la Grande Récession vont se remettre plus lentement que ceux qui en ont moins pâti», écrit le FMI.

Mais attention! Le champion du G7 fait face à des adversaires faiblards. La croissance moyenne dans les «pays avancés» devrait être de 2,3% à peine cette année. Sur la planète, le gain atteindrait 4,2%.

Dans les quelques lignes consacrées au pays, les économistes du FMI soulignent que «le Canada a abordé la crise mondiale en bonne forme, et la stratégie de sortie dans son cas semble moins problématique qu'ailleurs».

Dans son épître sur l'économie américaine, le FMI s'attarde à la dette publique. «Une fois que le redressement (de l'économie) sera en bonne voie, l'assainissement des finances publiques doit être la priorité des priorités. Les perspectives à moyen terme sont redoutables, poursuit l'organisation internationale: d'après des projections basées sur des hypothèses prudentes concernant la croissance et les taux d'intérêt et en l'absence de nouvelles mesures, le déficit passerait à 8% du PIB en 2020, tandis que l'endettement de l'État fédéral dépasserait 100% du PIB.»

Cette préoccupation du FMI rejoint celle de nombreux économistes, dont ceux de Desjardins qui ont publié hier une étude intitulée La décennie du rééquilibrage. Celle-ci aborde notamment la question de l'endettement des États. Et du défi qui attend les argentiers américains.

«Pour atteindre l'équilibre budgétaire, si on y va trop rapidement, ça peut avoir des conséquences assez graves sur l'économie, explique l'économiste Hendrix Vachon, qui cosigne l'étude. Si on prend trop de temps, ça peut amener des conséquences financières parce que si les marchés deviennent nerveux, tu peux avoir des hausses de taux d'intérêt, ce qui fait en sorte que ta dette est de plus en plus difficile à gérer.»

Plus inquiétant peut-être, c'est que, contrairement à Ottawa et Québec, Washington n'a pas encore fait part de plan précis pour revenir à l'équilibre budgétaire, souligne-t-il encore.

Pour les exportateurs québécois, l'étude du mouvement coopératif contient un avertissement on ne peut plus clair: «Les bases de la croissance passée, qui reposent pour l'essentiel sur le consommateur, en particulier américain, ne sont pas viables à long terme.»

Impact en Bourse

Le stratège Vincent Delisle, de Scotia Capitaux, n'a pas porté une grande attention aux prévisions du FMI. Pour lui, la reprise à deux vitesses est déjà une réalité en Amérique du Nord. Il prépare donc son portefeuille boursier en conséquence.

Ces temps-ci, il regarde d'un oeil plus attentif le comportement du marché australien, lui qui vit depuis l'automne avec des taux d'intérêt en hausse, gracieuseté de la Reserve Bank of Australia. La Banque du Canada s'apprête également à remonter les siens.

Son constat est le suivant: dans la première partie de la reprise économique, ce sont les titres financiers et la consommation discrétionnaire qui ont bien fait. Depuis que les taux ont commencé à augmenter, ils enregistrent une piètre performance.

Ces six derniers mois, les meilleurs secteurs sont la consommation de base, les télécommunications et, dans une certaine mesure, les services publics. «On a clairement vu le mouvement sur le marché australien et c'est ce qui va se produire, je pense, sur le marché canadien», souligne M. Delisle.

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