Le ministre des Finances, Jim Flaherty, revoit légèrement à la hausse ses prévisions de croissance économique pour 2010, mais il continue de croire que la reprise en cours demeure fragile.

À l'issue d'une rencontre avec 15 économistes du secteur privé, hier, à ses bureaux du ministère des Finances, M. Flaherty a affirmé qu'il faut maintenir le cap sur le plan de relance du gouvernement de manière à consolider le rythme de croissance de l'économie.

Il a toutefois indiqué qu'il ne prévoit pas pour le moment être en mesure d'éliminer le déficit plus rapidement malgré des signes plus encourageants.

En 2010, l'économie canadienne devrait donc croître de 2,6%, selon la moyenne des prévisions économiques du secteur privé réalisée en décembre. Trois mois plus tôt, les économiques tablaient sur une croissance de 2,3% pour l'année en cours. En 2011, la croissance devrait de nouveau augmenter pour atteindre 3,2% et s'établir ensuite à 3% en 2012.

«Nous devons continuer à mettre en oeuvre notre plan de relance économique. Il n'y a pas de preuves qu'il y a une augmentation durable de la demande du côté du secteur privé. Alors, nous devons maintenir la demande du côté du secteur public pour soutenir l'économie canadienne en 2010 et durant le premier trimestre de 2011, comme nous l'avons prévu dans notre plan d'action», a dit M. Flaherty.

En 2009-2010, M. Flaherty prévoit toujours que le déficit d'Ottawa atteindra les 56 milliards de dollars. Le ministre a indiqué qu'il précisera, dans le prochain budget qu'il déposera à la Chambre des communes le 4 mars, le plan du gouvernement pour s'extirper de l'ornière des déficits d'ici 2015 et rétablir l'équilibre budgétaire.

M. Flaherty a déjà promis de ne pas augmenter les impôts ou les taxes et de ne pas réduire les paiements de transferts aux provinces pour éliminer le déficit. Il compte sur une hausse des revenus découlant de la reprise économique et un meilleur contrôle des dépenses de l'État pour en venir à bout.

Pour ce qui est du taux de chômage, qui demeure un instrument de mesure important pour la santé économique d'un pays, il devrait être de 8,5% en moyenne en 2010 et diminuer graduellement à 7,9% en 2011, à 7,4% en 2012 et 6,9% en 2012. En 2014, le taux de chômage devrait s'élever à 6,6%, soit tout près de ce qu'il était avant que la crise financière aux États-Unis ne provoque une récession mondiale en 2008.

Durant la rencontre, M. Flaherty et les économistes ont discuté des risques que le Canada soit aux prises avec une bulle immobilière. Pour le moment, ces risques sont peu élevés, selon certains économistes, puisque la vigueur du marché immobilier au pays est le reflet des fondements de l'économie canadienne.

Devant les journalistes, M. Flaherty s'est aussi dit inquiet de la situation budgétaire aux États-Unis. Le président américain Barack Obama a proposé lundi un budget 3721 milliards US, qui comprend un déficit record de 1556 milliards US.

«Nous sommes tous inquiets de l'ampleur du déficit américain. Mais le consensus des économistes pour le moment table sur une croissance positive du produit intérieur brut des États-Unis», a dit le grand argentier.

M. Flaherty a noté que le taux de chômage est de 1,5 point de pourcentage inférieur au Canada qu'aux États-Unis. Selon lui, le déficit éléphantesque aux États-Unis pourrait retarder la reprise économique chez notre principal partenaire commercial, ce qui pourrait avoir un impact de ce côté-ci de la frontière.

«Notre pays est tellement dans une bonne posture comparativement aux autres pays industrialisés. Le ratio de notre dette par rapport à notre produit intérieur brut n'est que de 30%. Celui des États-Unis frise les 60%. Celui de la Grande-Bretagne est aussi élevé. Le Canada est dans une position enviable», a dit M. Flaherty.

Présent à la rencontre, hier, Stéfane Marion, économiste en chef à la Banque Nationale, a affirmé que les hypothèses de croissance économique sont assez prudentes au pays et tiennent compte des circonstances qui prévalent aux États-Unis. Il a affirmé que les taux d'intérêt historiquement bas alimenteront la demande à l'échelle mondiale.

Pour sa part, Craig Alexander, de la Banque TD, a mis en garde le gouvernement fédéral contre l'idée de s'attaquer trop hâtivement au déficit. Il faut selon lui s'assurer que la reprise est bien engagée avant d'entreprendre cette difficile bataille.

Douglas Porter, de BMO Marchés des capitaux, a dit qu'il est possible d'éliminer le déficit sans augmenter les impôts, mais cela devrait se faire sur un horizon de sept ou huit ans.

Enfin, l'économiste en chef de la CIBC, Avery Shenfeld, a carrément affirmé qu'il est prématuré de parler de réduction des dépenses alors que la reprise n'est pas encore solidement engagée.