Les gros doivent-ils payer deux sièges dans un avion ? La polémique a été relancée mercredi par l'offre d'Air France-KLM incitant les personnes obèses à acheter un second billet, alors que les compagnies aériennes tentent d'imposer depuis plusieurs années un tarif majoré.

Ingrid Bazinet AGENCE FRANCE-PRESSE

Mardi, une porte-parole d'Air France-KLM avait indiqué que ces personnes devraient payer, en plus du premier siège, 75% du prix d'un second siège, dans certains cas. Devant les remous suscités par cette annonce, Air France a assuré mercredi: «C'est une proposition, ce n'est pas une obligation, et ça restera une proposition. Il n'y a jamais eu d'obligation.»

À défaut, Air France entend inciter le voyageur corpulent à acheter un deuxième billet en classe économique qui lui sera remboursé, après coup, si cette cabine n'était pas complète. La personne obèse y a d'autant plus d'intérêt qu'elle «s'expose à être refusée si l'avion est complet».

«Le remboursement se fera après la vente. La personne nous dira: "j'ai voyagé sur tel vol, tel jour et le vol n'était pas complet". On lui fera confiance et on rembourse dans les 28 jours au plus tard. C'est la bonne foi qui prévaudra», explique un responsable d'Air France.

Selon lui, «il n'y a pas véritablement de risque», estimant que «largement plus de 90% des gens seraient en mesure de se faire rembourser. Restent environ 10% de billets non remboursés liés à «des vols complets, vols de pointe, de week-end, ou sur certaines destinations».

«Pour nous, c'est non en bloc ! C'est de la discrimination à l'état pur ! C'est une première étape et ensuite on vous fait payer le double du billet» s'insurge Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO), fustigeant par ailleurs les sièges étriqués de la classe économique.

Elle fait valoir que pour en arriver à un surpoids qui nécessite un second siège, il faut souffrir d'une «obésité maladive» reconnue par l'Organisation mondiale de la Santé. «Donc, c'est double peine, vous êtes malade et vous allez le payer», juge-t-elle.

Même argument de la secrétaire d'État française à la famille, Nadine Morano qui estime «assez choquant» que des personnes doivent «payer deux fois à cause de leur maladie.»

De son côté, Air France, comme d'autres compagnies, invoque des problèmes de sécurité, soulignant que «la personne doit pouvoir, pour des raisons de durée maximum d'évacuation, s'extraire ou être extraite de son fauteuil de façon normale».

La polémique n'est pas nouvelle et certaines compagnies américaines imposent déjà dans certains cas un supplément, ou l'achat d'un deuxième billet, comme United Airlines ou SouthWest Airlines aux États-Unis. Pas de taxe en revanche chez Alitalia, Lufthansa, Iberia et British Airways.

La compagnie irlandaise à bas prix Ryanair avait fait parler d'elle en avril en annonçant une future taxe pour les clients corpulents, avant de renoncer en juin.

«La politique vis-à-vis des personnes en surpoids relève de chaque compagnie» et doit être en accord avec les législations des pays concernés, déclare avec prudence l'Association internationale du transport aérien (IATA).

En France, la justice avait condamné Air France en novembre 2007 à dédommager un passager français obèse contraint de payer deux sièges sur un vol en août 2005. Cinq ans auparavant, Air Canada avait été condamné pour une passagère qui avait dû payer une fois et demi son billet.

La solution, selon M. Joly, c'est «deux sièges au fond de l'avion accessibles aux personnes en surpoids».

Environ un tiers des Américains sont obèses et plus de la moitié de la population adulte européenne souffre de surcharge pondérale ou d'obésité (environ 10% des Français, 24% des Anglais, 10% des Italiens, 17% des Espagnols).