La récession présente qui plombe l'équilibre budgétaire d'Ottawa et de Québec ne doit pas occulter l'effet plus grave encore à moyen terme du choc démographique sur les finances publiques québécoises.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Tel est l'avertissement lancé hier par l'équipe d'études économiques de Desjardins au moment où l'Institut de la statistique (ISQ) confirmait que la récession s'était accélérée en février.

Le produit intérieur brut (PIB) par industrie a décru de 1,0% de janvier à février, en raison d'un affaissement de 19% de la production aéronautique. Après deux mois, la taille de l'économie a rapetissé de 1,2% par rapport à celle de décembre. Facteur aggravant, l'ISQ a révisé à la baisse son chiffre de janvier au profit de celui de décembre. Résultat, prévoit Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins, «le premier trimestre sera plus négatif (entre -4% et -5%) que la diminution de 3% que nous avions anticipée».

Statistique Canada nous indiquera lundi que le recul à l'échelle du pays s'est situé entre 6,5 et 7%. Cette chute dramatique appréhendée a déjà forcé le ministre des Finances, Jim Flaherty, à porter au-delà de 50 milliards de dollars sa prévision de déficit budgétaire pour l'année en cours, alors qu'il tablait sur moins de 40 milliards en janvier.

Même si Québec s'en tient à sa prévision d'un manque à gagner de quelque 4 milliards jusqu'ici, les économistes de Desjardins insistent surtout sur le fait que l'élimination de son déficit sera plus difficile en raison de la plus grande gravité du choc démographique qui va le frapper dès 2013. C'est l'année où l'ex-ministre des Finances Monique Jérôme-Forget prévoyait, l'hiver dernier, le retour à l'équilibre.

La proportion de la cohorte des 65 ans et plus sera plus élevée dans la société distincte qu'ailleurs au Canada. Les baby-boomers y sont plus nombreux et la diminution des naissances, après 1966, plus importante.

Cela signifie plus de retraités, moins de travailleurs potentiels pour faire fonctionner les entreprises, moins de consommation intérieure. Les entreprises devront conquérir d'autres marchés extérieurs pour survivre et s'épanouir. Le secteur manufacturier ne paraît pas au bout de ses peines.

Une plus forte immigration et des mesures incitatives pour retarder la retraite peuvent au mieux retarder d'un ou deux ans le choc. Des gains de productivité de plus de 2% par année nécessaires pour compenser le manque de main-d'oeuvre paraissent un objectif hors de portée, compte tenu de la performance moyenne de 1% au cours des quatre dernières décennies.

Le potentiel de croissance réelle de l'économie sera ramené de 2,1% à environ 1% seulement, estime Desjardins. Cela compromet l'augmentation des recettes fiscales nécessaires pour faire face à l'augmentation fatale des dépenses de soins de santé et même celles en éducation, compte tenu du regain de la natalité au cours des dernières années.

«Le Québec se dirige inévitablement vers une impasse financière majeure, surtout que l'augmentation des dépenses gouvernementales est supérieure à celle du PIB nominal depuis quelques années», écrivent François Dupuis, Hélène Bégin et Hendrix Vachon.

Cela sera à la fois brutal et lourd surtout pour les acquis sociaux, concluent-ils après avoir passé en revue les choix déchirants auxquels ont été confrontés le Japon, la Finlande et la Suède qui ont déjà traversé un tel choc.

Pour l'atténuer, et freiner l'exode des cerveaux, ils préconisent une refonte de la fiscalité en misant davantage sur les taxes à la consommation et moins sur l'impôt des particuliers.

Ce ne sera pas suffisant cependant. «Il importe aussi de redéfinir le rôle de l'État pour permettre aux Québécois de vivre davantage selon leurs moyens, avertit le trio. Certaines vaches sacrées devront sans doute être sacrifiées afin de diminuer le fardeau de la dette et, surtout, le rendre supportable pour les jeunes générations.»

Étant économistes et pas politiciens, ils se gardent bien de suggérer lesquelles.