Même s'il possède un secteur des sciences de la vie dynamique, le Canada ne réussit pas à traduire ses découvertes scientifiques par de la prospérité économique.

Sylvain Larocque LA PRESSE CANADIENNE

C'est ce qu'a soutenu hier André Marcheterre, ancien président de la pharmaceutique Merck Frosst Canada et membre d'un groupe d'experts qui vient de publier un rapport sur l'innovation pour le Conseil des académies canadiennes (CAC).

Le Canada fait partie des 10 pays qui, en sciences de la vie, investissent le plus au monde dans la recherche et développement, a noté M. Marcheterre en marge de l'assemblée annuelle de Montréal InVivo, une association sectorielle.

«Les dollars qu'on dépense produisent des découvertes, a-t-il convenu. Donc où est le problème? Il est dans le fait que les résultats économiques qui découlent de ces activités de recherche et de développement ne sont pas là.»

Pour preuve, l'expert a souligné que les sciences de la vie représentaient environ 0,5% du produit intérieur brut du Canada en 2007, soit la même proportion qu'en 1987, comme si aucune croissance n'avait eu lieu.

«Oui, il y a eu des retombées au niveau des salaires, des impôts payés et ainsi de suite, mais on n'a pas été capables de rendre le secteur des sciences de la vie «contributive» de façon significative, a-t-il relevé. Cette contribution pourrait se traduire par beaucoup plus de richesse locale et beaucoup plus de possibilités offertes. (...) Il semble que, quelque part, on ne réussisse pas à exploiter localement et au bénéfice local les découvertes que nous faisons au Canada.»

Pourquoi en est-il ainsi? André Marcheterre n'a pas fourni de réponse définitive, mais en se basant sur les consultations qu'il a menées à Montréal, Toronto et Vancouver pour le CAC, il avance quelques pistes: difficulté de passer des idées à la commercialisation, pénurie de capital-risque, relations trop distantes entre les petites entreprises biotechnologiques et les grandes pharmaceutiques, sans oublier des lacunes réglementaires et un modèle de recherche en santé qui s'essouffle.

M. Marcheterre s'est dit «estomaqué» d'apprendre que 80% des chercheurs canadiens ne font pas breveter leurs découvertes, d'après certaines statistiques. De plus, l'octroi de nombreuses subventions aux chercheurs est fondé sur le nombre de publications scientifiques, ce qui pourrait être contre-productif.

«Si vous versez les prochains dollars (de subventions) sur la base (du nombre) de publications, vous mettez pratiquement toutes nos découvertes dans le domaine public, laissant ainsi à n'importe qui dans le monde la possibilité de les exploiter commercialement», a relevé celui qui siège aussi au conseil d'administration de Génome Canada.

Politique pancanadienne

Selon André Marcheterre, le Canada doit se doter d'une politique pancanadienne en matière de sciences de la vie et concentrer ses recherches dans ses domaines de spécialisation, sans jamais perdre de vue les applications commerciales.

Fait intéressant, il incite l'industrie à se prendre en mains avant d'aller solliciter l'aide de l'État.

«Nous avons énormément de travail à faire présentement afin de créer les conditions qui s'imposent pour pouvoir faire de l'argent en sciences de la vie et mériter (le droit), par la suite, d'aller voir les gouvernements pour leur demander, en parallèle de faire des changements réglementaires et législatifs.»

De son côté, le président et chef de la direction de Pfizer Canada, Paul Lévesque, qui préside aussi le conseil d'administration de Montréal InVivo, s'est réjoui hier de l'intention de Québec de déposer, d'ici la fin de l'année, une politique de développement de l'industrie biopharmaceutique.

«Les façons de faire ont changé; nous devons mettre en place un nouveau modèle d'innovation, orienté vers une plus grande commercialisation des innovations et leur intégration au marché québécois», a affirmé M. Lévesque.

De passage au congrès Bio 2009, la semaine dernière à Atlanta, le premier ministre Jean Charest avait encouragé les chercheurs à faire preuve de davantage d'entrepreneuriat.

Depuis quelques années, Montréal perd du terrain face aux autres grandes villes canadiennes et américaines dans le secteur des sciences de la vie. À cela s'ajoute la crise qui frappe l'ensemble de l'industrie mondiale depuis quelques années, et qui a récemment été aggravée par les tumultes des marchés financiers.