La chute brutale de 20% des prix du gaz naturel a accéléré la désinflation qui a cours au pays depuis l'automne, malgré la cherté grandissante des aliments.

Rudy Le Cours LA PRESSE

D'avril à mars, l'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 0,1%, limitant le rythme annuel d'inflation à 0,4% seulement, indiquait hier Statistique Canada.

Cette progression annuelle des prix, la plus faible depuis décembre 1994, présage d'une inflation négative au cours des mois à venir. «Les consommateurs, les ménages et les chômeurs financièrement fragilisés par la récession ne vont pas se plaindre d'une si faible inflation», ironise Sébastien Lavoie économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

On ne peut qu'abonder puisque le danger rattaché à une baisse généralisée des prix, ou déflation, paraît hautement improbable.

Si on fait abstraction des prix des aliments et de l'énergie, le rythme annuel d'inflation est plutôt de 1,2%.

L'Indice de référence de la Banque du Canada (IPCX) a quant à lui gagné un dixième et trottine au rythme annuel de 1,8%, soit à deux dixièmes de la cible visée par les autorités monétaires. «Sa variation annuelle affiche une plus grande stabilité et elle se maintient près de la cible médiane (2%) depuis plus de six mois», fait observer Benoit P. Durocher, économiste senior chez Desjardins.

L'IPCX exclut de l'IPC l'effet des impôts indirects et ses huit composantes les plus volatiles (fruits et légumes frais et transformés, coût d'intérêt hypothécaire, gaz naturel, mazout et autres combustibles, essence, transport interurbain, produits du tabac et articles pour fumeurs).

«L'inflation n'est pas un problème au Canada, pas plus que la déflation», résume Krishen Rangasamy économiste chez Marchés mondiaux CIBC.

Si la déflation est installée depuis plusieurs mois dans les prix des biens, il en va autrement de ceux des services qui filaient au rythme annuel de 2,5% le mois dernier.

Dans les huit grands sous-ensembles de biens et services formant l'IPC, cinq progressaient le mois dernier, soit les dépenses courantes, l'habillement, la santé et les loisirs, deux étaient stables (les transports et les boissons alcoolisées). Le repli de 1,0% du coût du logement qui reflète à la fois les baisses des taux hypothécaires et des frais de chauffage au gaz naturel aura suffi à faire la différence.

Bien que l'essence se vende encore bien moins cher qu'il y a un an quand le prix du brut se rapprochait de son sommet de quelque 150$US le baril, son prix a progressé de mars à avril.

Hier encore, le prix de l'or noir gagnait 3% à New York, faisant bondir le huard de plus de un cent d'équivalence face au billet vert.

La chute du prix du gaz naturel n'a pas les mêmes répercussions dans toutes les provinces. C'est en Alberta, où il sert à la fois pour le chauffage et la production électrique, que l'impact est le plus fort, souligne Pascal Gauthier économiste chez Banque TD groupe financier. «Un rythme annuel de 0,9% en mars s'est transformé en une déflation de 0,7% en avril», note-t-il. La province des scheiks aux yeux bleus est devenue l'endroit où les prix diminuent le plus rapidement. Outre l'effet du gaz sur le chauffage, le prix du logement recule aussi à cause de la déprime sur le marché résidentiel.

Au Québec, le taux annuel d'inflation s'élevait à 0,3% le mois dernier. À 0,9%, le Manitoba a supplanté la Saskatchewan, bon deuxième parmi les six provinces où l'IPC progresse encore.