L'industrie canadienne du capital-risque traverse une période critique depuis le début de l'année, un phénomène évidemment accentué par la crise économique généralisée. Pour s'en sortir, l'industrie compte faire peau neuve en créant de nouveaux superfonds d'investissement, un peu comme l'a fait Québec avec le nouveau «fonds de fonds» Teralys Capital.

Alain Mc Kenna, collaboration spéciale LA PRESSE

De janvier à mars 2009, les investissements en capital-risque à l'échelle canadienne ont été de 275 millions, une baisse de 25% par rapport à la même période, un an plus tôt. Selon l'Association canadienne du capital de risque et d'investissement (CVCA), c'est le trimestre le moins actif en près de six ans. Le nombre d'entreprises ayant obtenu du financement a lui aussi baissé par rapport à 2008, tout comme la taille moyenne de chacun des investissements.

 

Bref, dans l'industrie canadienne du capital-risque, ça va mal. «Nous traversons un moment de crise», a constaté d'ailleurs la semaine dernière Gregory Smith, président du CVCA, en publiant ces résultats. «À plusieurs chapitres, ces chiffres témoignent d'un gouffre dans le financement de risque au Canada.» Le CVCA craint l'effet à long terme de cette situation, l'organisme estimant que la croissance moyenne des entreprises lancées à l'aide de capital-risque est cinq fois plus rapide que celle de l'économie du pays.

Le Québec, ce mouton noir

Cette avalanche de mauvaises nouvelles cache une autre réalité un peu plus réjouissante, pour le Québec du moins. Durant le premier trimestre, l'investissement en capital-risque a totalisé 156 millions dans la province, une hausse de 33% par rapport à 2008. Détail intéressant: cette somme comprend non seulement des investissements dans des entreprises déjà financées, elle inclut aussi le financement de projets tout neufs.

C'est un gros contraste avec ce qui se produit ailleurs au Canada, note Chris Arsenault, investisseur chez iNovia Capital, à Montréal. «Au Canada, le coeur de l'industrie du capital-risque est l'Ontario, et depuis environ deux ans, le gouvernement ontarien et des fonds comme OMERS et Teachers' se sont désengagés de ce genre d'investissement, explique-t-il. Ça a réduit énormément l'activité de financement dans cette province.»

Au Québec, les fonds privés sont demeurés actifs, mais le gouvernement aussi, allant jusqu'à créer, il y a quelques semaines à peine, le fonds Teralys Capital, doté de 700 millions à investir dans de plus petits fonds de capital-risque. Teralys sera géré comme un fonds privé, mais devra concentrer ses investissements dans trois champs d'activité: les technologies informatiques, les technologies propres et les sciences de la vie.

Une industrie naissante

Comparativement à son homologue américaine, l'industrie canadienne du capital-risque est toute jeune. Elle l'est encore davantage au Québec. «Ça fait peut-être 15 ans qu'on a une industrie», estime le porte-parole d'iNovia Capital. Selon lui, on commence à peine à voir apparaître une génération d'entrepreneurs québécois rendus à leur deuxième ou troisième démarrage. On les reconnaît à leur ambition de créer de grosses entreprises, pas seulement de petites start-ups. Pour eux, le fonds Teralys arrive à point. «À condition qu'il tienne ses promesses», avertit Chris Arsenault.

La création de ce fonds le réjouit néanmoins au plus haut point, car il aura un impact énorme dans l'industrie du capital-risque, au Canada comme aux États-Unis. «C'est l'un des plus gros fonds en Amérique du Nord, dit-il. Quand Teralys va investir, ça va entraîner d'autres investisseurs et ça va créer une vingtaine d'entreprises. C'est tout un levier.»

Chose certaine, à l'échelle canadienne, ça semble le remède pour sortir le capital-risque de la crise: le gouvernement ontarien vient lui aussi de créer son propre «fonds de fonds», la bagatelle de 200 millions, tandis qu'un troisième du genre serait mis en place dans l'ouest du Canada.