Pour la première fois de son histoire, l'industrie québécoise de la publicité a entrepris il y a quelques semaines des démarches en vue d'obtenir une aide financière de l'État.

Maxime Bergeron
Maxime Bergeron LA PRESSE

L'Association des agences de publicité du Québec (AAPQ), qui regroupe 63 entreprises, a présenté des demandes de subventions au ministère du Développement économique et à celui des Affaires municipales, a appris La Presse Affaires. L'organisme songe aussi à requérir des crédits d'impôt.

 

Les sommes demandées visent dans un premier temps à promouvoir Montréal comme «capitale de la créativité publicitaire en Amérique du Nord», a expliqué en entrevue Yanik Deschênes, qui deviendra président de l'AAPQ lundi prochain. L'objectif: répéter le success-story de l'industrie montréalaise du multimédia, désormais reconnue partout dans le monde.

«L'industrie de la publicité, dans le passé, n'avait jamais fait valoir ses bienfaits, souligne M. Deschênes. L'AAPQ existe depuis 1988 et c'est la première fois qu'on fait ça.»

Les agences québécoises de publicité-marketing génèrent 7400 emplois directs et 5500 indirects, selon une étude publiée en 2007 par Secor et le Conseil de l'industrie des communications du Québec. Leur chiffre d'affaires annuel frôle les 600 millions.

L'aide financière du gouvernement, si elle se concrétise, permettra de faire connaître le potentiel créatif de la métropole à l'étranger. L'AAPQ a déjà lancé un site web - montreal.ad - dans cette optique en janvier, le premier pas d'une stratégie qu'elle espère plus vaste.

«C'est un projet extrêmement rassembleur et positif pour l'avenir», estime M. Deschênes, qui s'est fait connaître ces dernières années comme porte-parole de Wal-Mart au Québec.

Au ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, on confirme avoir reçu la demande de subvention de l'AAPQ. «Le Ministère est actuellement en discussion avec eux pour avoir plus de précisions sur le projet, indique Anne-Sophie Desmeules, attachée de presse du ministre Raymond Bachand. C'est très embryonnaire encore, on est au début des démarches avec cette industrie.»

Le ministère des Affaires municipales a pour sa part accepté il y a 15 jours de verser une subvention de 200 000$ pour le site web montreal.ad après la demande récente de l'AAPQ, a-t-on appris.

Le Québec compte quelques grands noms en publicité - Cossette en tête - mais demeure relativement peu connu à l'étranger comme lieu de conception publicitaire, souligne Yanik Deschênes. Dans ses nouvelles fonctions, l'homme de 37 ans espère augmenter la visibilité de l'industrie québécoise de la pub à l'étranger.

«Il faut gagner des prix, faire connaître nos réalisations», dit-il, avant de citer l'exemple de la campagne Aha! Familiprix!, qui a raflé un Lion d'argent au Festival international de la publicité de Cannes en 2003.

M. Deschênes espère par ailleurs stopper «l'érosion graduelle» de la production publicitaire réalisée au Québec, qui tend à se déplacer de plus en plus vers les grands centres comme New York et Toronto. Seulement l'an dernier, il s'est produit 6% moins de contenu dans la province, note-t-il.

 

De gros dollars

L'industrie des communications est vaste. Selon une étude publiée il y a deux ans par le Conseil de l'industrie des communications du Québec (et réalisée par Secor), ce secteur dénombrait en 2005 pas moins de 58 500 professionnels dans la province. De ce nombre, 30 000 travaillaient en publicité-marketing, 8000 en relations publiques, 11 000 en design graphique et 9500 en traduction, révision et autres métiers connexes. Ces chiffres, impressionnants, dépassent de loin la conception de publicités en agence. Ils englobent par exemple les représentants publicitaires d'entreprises comme La Presse, nous explique-t-on à Secor. Au total, l'industrie de la pub a généré en 2005 des retombées totales de 5,2 milliards de dollars, indique l'étude. De cette somme, 2,5 milliards a servi à la conception, la production et à l'achat de publicité dans les médias.