Les Américains ont beau avoir le blues du magasinage, ils continuent de gober des vitamines et autres capsules d'oméga-3 à un rythme soutenu. Résultat: Atrium Innovations (T.ATB) , une entreprise de Québec qui en fabrique, compte poursuivre sa croissance malgré la crise.

Philippe Mercure
Philippe Mercure LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon, président et chef de la direction d'Atrium, avoue qu'il s'est mis en mode prudence lorsqu'il a vu débarquer la crise.

 

Mais après plus de 15 mois de récession, les Américains (qui génèrent 60% des ventes d'Atrium) sont encore aussi friands de suppléments naturels. Et M. Fitzgibbon commence à respirer mieux.

«Ce qu'on voit présentement est très rassurant pour nous», a-t-il hier à La Presse Affaires en marge d'une allocution prononcée à Montréal.

Atrium Innovations maintient donc le cap sur ses objectifs. D'abord, une croissance interne de 10% pour 2009 (mesurée selon le bénéficie avant intérêts, impôts et amortissement, ou BAIIA). Puis, le maintien intégral du programme d'acquisitions, qui a mené à quatre prises l'an dernier, en plus de l'acquisition de l'allemande Mucos en 2007.

Le miracle de cette «résilience»? «Les ventes d'Atrium ne se font pas dans les supermarchés, les Wal-Mart ou les gros détaillants qui voient leurs affaires diminuer, rappelle Maher Yaghi, analyste chez Valeurs mobilières Desjardins. La plupart se font chez les médecins (la pratique est permise aux États-Unis). Et les gens qui vont voir les médecins pour acheter des produits naturels, ce sont des gens qui ont de l'argent.»

Atrium admet tout de même que l'objectif d'atteindre 10% de croissance interne sera «plus difficile que l'an dernier». Mais ce qu'elle pourrait échapper en ventes, elle compte le rattraper en synergies découlant des acquisitions antérieures.

Atrium se félicite aussi de s'être départi de sa filiale d'ingrédients actifs en mai 2008, quelques mois avant que les rachats d'entreprises soient paralysés par la crise du crédit. «Avec le recul, on peut dire qu'on a été béni des dieux», dit M. Fitzgibbon.

Ceux qui s'en tirent bien période de crise affirment souvent qu'ils en profiteront pour avaler des concurrents en difficulté. Pas Atrium.

«Il y a trois sortes d'entreprises, a dit hier M. Fitzgibbon. Des entreprises privées qui font de l'argent, des entreprises publiques (inscrites en Bourse), et des entreprises qui perdent de l'argent.»

Atrium ne veut rien savoir des troisièmes, et affirme qu'il n'existe aucune entreprise intéressante inscrite en Bourse. Restent les autres. «Ces gens-là, ce qui se passe à Wall Street, ça n'a aucun impact sur eux. Leur prix n'a donc pas changé», a dit M. Fitzgibbon, qui affirme tout de même regarder pour faire des acquisitions en Europe de l'Ouest et aux États-Unis.

L'analyste Maher Yaghi estime qu'Atrium pourrait investir entre 70 et 100 millions en acquisitions compte tenu du faible niveau de sa dette (deux fois le BAIIA).

Comme son collègue de la Financière Banque Nationale, Hugues Bourgeois, M. Yaghi vient tout de même réviser à la baisse ses recommandations sur le titre d'Atrium en raison de la hausse récente du titre et des mauvaises perspectives sur l'euro (40% des ventes se font en euros). Il recommande maintenant de conserver les actions plutôt que de les acheter.

Des sept analystes répertoriés par l'agence Bloomberg, quatre recommandent d'acheter l'action et trois de la conserver. Le titre a perdu 0,92%, ou 13 cents hier, pour clôturer à 14,07$.