Les coups de marteau se font de plus en plus rares au Canada et ce n'est qu'une question de temps avant que le ralentissement ne rattrape le Québec, épargné pour l'instant. Sur le terrain, bon nombre de constructeurs constatent d'ailleurs un ralentissement dans la région de Montréal qui suscite une certaine inquiétude pour l'avenir.

Mis à jour le 10 févr. 2009
Rudy Le Cours LA PRESSE

Bétonnières, marteaux et scies se font moins entendre depuis quelques mois, un peu partout au pays, sauf peut-être au Québec où leur bourdonnement reste encore intense. Si la construction résidentielle paraissait encore soutenue le mois dernier dans la société distincte, force est de constater qu'elle ralentit quand même.

 

Les données sur une base désaisonnalisée annualisée (DAA) de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) font état de 153 500 mises en chantier d'un océan à l'autre en janvier, en baisse de 10,9% sur les données de décembre. Il s'agit du niveau le plus faible depuis 2001 et le cinquième repli mensuel d'affilée.

L'adage veut que quand le bâtiment va, tout va; dans ce cas, l'économie canadienne est bel et bien en panne, comme en témoignent la détérioration du marché du travail et la confiance des ménages. «Le niveau de construction neuve de janvier sera probablement représentatif du niveau d'activité du premier semestre de 2009», prévoit Marc Pinsonneault, économiste à la Financière Banque Nationale.

Au Québec, le rythme des coulées de fondations est passé de 44 000 à 45 300, soit un léger gain de 2,9%.

«Le Québec s'en tire nettement mieux que la plupart des autres provinces, affirme Benoit P. Durocher, économiste senior chez Desjardins. Le nombre de mises en chantier se maintient dans une fourchette assez restreinte allant de 44 000 à 49 600 depuis huit mois.»

Les DDA permettent de comparer le rythme d'activités de mois en mois. La moyenne canadienne des 12 derniers mois se situe à 206 100 unités, mais les trois derniers mois montrent des chiffres sous la barre des 180 000.

Au Québec, la moyenne des 12 derniers mois se situe à 47 900 unités. Le ralentissement montré par les DDA paraît moins prononcé.

«Ce n'est qu'une question de temps, selon nous, avant que les coups de marteau soient moins nombreux dans la belle province», prévient Sébastien Lavoie, économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Il s'attend à une chute de plus de 20% des mises en chantier cette année à hauteur de 38 000 unités seulement.

Si on prend pour base de comparaison les données réelles, le tableau illustre déjà le ralentissement. En janvier, 2021 logements ont été mis en chantier contre 2330 un an plutôt.

Ce recul de 13% se compare cependant avantageusement avec les données réelles à l'échelle canadienne: 8287 mises en chantier d'un océan à l'autre contre 12 918, un an plus tôt, soit un plongeon de 35,8%.

Partout à l'ouest du Québec, le ralentissement est très marqué. «En raison du recul des ventes et de l'augmentation des inscriptions sur le marché de la revente, une moins grande partie de la demande a été déplacée vers le marché du neuf», estime Bob Dugan, économiste en chef à la SCHL.

Prévisions

Comme pour lui donner raison, l'Association canadienne de l'immeuble (ACI) dévoilait hier ses prévisions pour l'année en cours. Elle s'attend à un repli de 16,9% des transactions sur le marché de la revente, après un premier plongeon de 17,1% l'an dernier. C'est toutefois en Ontario et dans l'Ouest où le travail des courtiers va diminuer le plus.

Pour le Québec, l'ACI prévoit que le nombre de transactions reculera de 13,0% à hauteur de 69 100 unités. Ces chiffres sont voisins de ceux de M. Lavoie, pour qui la baisse du taux d'inoccupation des logements locatifs reflète moins d'engouement des ménages à devenir propriétaire.

En janvier au Québec, l'activité a diminué un peu partout sauf dans les régions de Saint-Hyacinthe, Sherbrooke et Montréal. Dans l'agglomération métropolitaine, le repli est contenu à 3,0% avec 1192 mises en chantier.

C'est toutefois la copropriété et encore les résidences pour personnes âgées qui ont généré surtout l'activité. Le lancement de la phase 4 du complexe Les Marronniers à Laval ajoute à lui seul 236 unités.

Dans l'île de Montréal, la chute de 56% du nombre d'unités a été entièrement compensée par le bond de 112% de la couronne Nord.

La mise en chantier de maisons individuelles, jumelées ou en rangée accuse partout un net recul, compensée le mois dernier par le logement collectif. Il s'agit toutefois d'un secteur beaucoup plus instable au fil des mois, un seul grand chantier faisant mieux paraître le tableau d'ensemble.