Prise à la gorge par ses prêteurs et reniée par les investisseurs, la firme de sécurité montréalaise Garda World pourrait être dépecée ou même -pensent certains analystes- vendue en totalité.

Denis Arcand

Prise à la gorge par ses prêteurs et reniée par les investisseurs, la firme de sécurité montréalaise Garda World pourrait être dépecée ou même -pensent certains analystes- vendue en totalité.

Au terme d'une journée boursière où Garda a perdu la moitié de sa valeur, le fondateur, Stephan Crétier, a défendu sa vision de la société et affirmé à La Presse Affaires que le conseil d'administration qu'il préside n'exclut aucune option, y compris un retrait de la Bourse par "une offre de privatisation qui pourrait venir de moi".

Cette déclaration est venue clore une journée déjà riche en surprises pour les actionnaires de Garda. Les résultats trimestriels annoncés en pleine nuit ont surpris les investisseurs avec une perte nette de 1 M$ (3 cents par action). Les analystes boursiers qui suivent Garda s'attendaient, en moyenne, à un profit de 18 cents par action.

L'action a chuté de 54%, à 4,05$, avec un volume vertigineux de 2,2 millions d'actions échangées (34 fois plus que la moyenne quotidienne récente).

C'est la pire baisse de l'action depuis que Garda est cotée à la Bourse de Toronto. Rappelons que le titre valait 20,82$ en octobre 2007. Plusieurs analystes ont décoté Garda hier et le prix cible est passé de plus de 20$ à aussi bas que 5$.

Les revenus trimestriels ont baissé de 5,5%, à 301 M$, 9 M$ de moins que les attentes du marché.

Le fantôme de l'endettement est aussi revenu hanter Garda. La firme a annoncé hier que ses banquiers ont resserré ses conditions de crédit sur une partie de sa dette de 623 M$.

Garda annonce aussi qu'elle envisage de vendre une partie importante de ses activités, ce qui effacerait sa dette à long terme de 589 millions.

M. Crétier a dit à La Presse Affaires que Garda a reçu une offre non sollicitée pour la filiale Transport de valeurs d'Amérique du Nord, qui est la partie la plus payante et la plus prometteuse de la firme.

Selon l'analyste Hughes Bourgeois, de la Financière Banque Nationale, la vente de cette filiale pourrait générer environ 700 M$.

Dans une note à ses clients, M. Bourgeois a aussi rappelé que le géant anglais du transport de valeurs, G4S, a annoncé son intention de s'implanter en Amérique du Nord. Il note aussi que le concurrent Allied Barton vient d'être acquis par un fonds privé d'investissement.

«On a reçu cet été une offre écrite, qui en est maintenant à la vérification diligente», a dit M. Crétier. Il a cependant insisté pour corriger l'impression des marchés suivant l'annonce: «Le marché perçoit que c'est une vente de feu et qu'on n'a pas le choix de vendre.» Or, M. Crétier a affirmé que «le statu quo est une option» et que l'option de vente n'est pas envisagée avec «le pistolet d'un banquier sur la tempe».

«Nous sommes une firme qui croît par acquisitions et par endettement. Nous savons comment gérer la dette. Et nous pourrions choisir de faire une pause dans nos acquisitions et, pendant un temps, gérer sans croissance externe, davantage pour nos banquiers que pour les actionnaires.»

«Mais ça ne me tente pas», a dit M. Crétier, selon qui l'annonce de l'offre d'achat faite hier est stratégique. «C'est une façon d'ouvrir notre jeu pour susciter des offres concurrentes» plus intéressantes, a-t-il dit.

«Le conseil d'administration veut s'assurer que la meilleure offre pour les actionnaires se rend sur la table», ce qui pourrait inclure une offre de privatisation «qui pourrait être dirigée par moi». Quand on lui a demandé s'il a entrepris des démarches en ce sens, M. Crétier a répondu: «Je ne peux pas répondre à cette question.»

Avec une action à 4,05$, Garda vaut 127 M$, une évaluation "ridiculement basse", irréaliste et temporaire contre laquelle s'insurge M. Crétier: «C'est pas vrai que Garda vaut 54% moins cher que la veille, simplement parce qu'on a annoncé un mauvais trimestre, après trois excellents trimestres.»

La chute de l'action depuis un an, en dépit des succès de la firme, incite M. Crétier à se demander si la structure de propriété actuelle (la Bourse) de Garda est encore "à l'avantage de tout le monde, la compagnie, les actionnaires et les banquiers".

M. Crétier, qui détient 25% des actions de Garda, affirme qu'une privatisation assortie d'un financement approprié permettrait aux actionnaires d'être traités équitablement et à Garda de maintenir sa stratégie de croissance par acquisitions. «Je carbure à la croissance.»