Comme le veut la «tradition», l'offre d'achat menacée de BCE (T.BCE) marque un retour des facteurs fondamentaux pour l'évaluation de son titre en Bourse.

Michel Munger

Comme le veut la «tradition», l'offre d'achat menacée de BCE [[|ticker sym='T.BCE'|]] marque un retour des facteurs fondamentaux pour l'évaluation de son titre en Bourse.

Plusieurs analystes ont déjà passé au peigne fin les prévisions de profits, les perspectives d'avenir et la position concurrentielle de l'entreprise.

C'est par exemple ce qu'a fait Joseph MacKay, de Valeurs mobilières Desjardins. Il a révisé son cours cible à 29,75 $ pour BCE avec une recommandation d'achat.

Avant l'annonce de mercredi, il calquait les 42,75 $ de l'offre d'achat de Teachers'. Maintenant, il évalue l'action avec les mêmes critères que ceux appliqués pour Rogers et Telus.

M. MacKay croit qu'en 2009, BCE pourra rapporter:

- 19,90 $ par action avec ses activités filaires en appliquant un multiple de 4,5 fois les profits avant éléments inhabituels;

- 14,35 $ par action avec le sans-fil en utilisant un multiple de 6 fois les profits;

- 3,20 $ par action avec la valeur de ses abonnés au service ExpressVu, soit 1400 $ brut par abonné.

En prélevant la valeur de sa dette nette et ajoutant celle des actions détenues dans Bell Aliant, M. MacKay arrive à un cours cible de 29,76 $ l'action pour BCE.

Il justifie cette réévaluation par de faibles probabilités que la transaction de Teachers' soit effectuée.

«Nous soupçonnons qu'étant donné la nature compliquée des évaluations, dit l'analyste, BCE a probablement passé beaucoup de temps avec KPMG ces dernières semaines. [...] Nous croyons donc les probabilités faibles pour que KPMG fasse des changements à l'avis préliminaire qui a été livré.»

Il estime par contre que les chiffres lancés ce matin pourraient être conservateurs quand les effets de la restructuration du PDG George Cope se feront sentir.

Retour du dividende ?

La bonne nouvelle, c'est que si la transaction ne se produit pas, «BCE va probablement rétablir un dividende annuel de 1,46 $ par action ordinaire, ce qui implique un rendement de 5,8% à partir du prix de clôture du titre mercredi», avance Joseph MacKay.

Greg MacDonald, de la Financière Banque Nationale, va un peu plus loin. «Il y a un catalyseur probable car le conseil de BCE sera sous une pression considérable pour racheter des actions et bonifier le dividende précédemment versé.»

«BCE a presque 3 G$ d'encaisse et elle pourrait racheter jusqu'à 100 millions d'actions, ajoute-t-il. Le dividende pourrait être rétabli à 1,80 $ par action. Nous abaissons notre cours cible à 27 $ en assumant un dividende de 1,46 $ à 1,80 $ par action et un rendement de 5,5% à 6,5%.»

Vers une fusion avec Telus ?

Le marché pourrait être tenté de spéculer sur une fusion Bell-Telus comme pendant les mois qui ont précédé l'offre de Teachers'.

M. MacKay n'y croit pas. «Nous continuons de penser que la plus grande barrière pour une fusion est le Bureau de la concurrence. Une entité combinée détiendrait 62% du marché du sans-fil au Canada, une barre trop haute étant donné que la concurrence n'émergera pas avant 2010 et qu'elle ne prendra pas une part de marché importante avant des années.»

Ce n'est pas tout le monde qui tient ce discours.

Greg MacDonald affirme que «la logique d'une combinaison BCE-Telus demeure forte et nous nous attendons à une transaction à moyen ou à long terme. Selon notre estimation, il y a environ 1 G$ ou 1,24 $ par action de synergies à réaliser et une occasion de créer de la valeur qui sera difficile à ignorer.»

Jeffrey Fan, analyste chez UBS, fait partie de ceux qui s'attendent à du «bruit» en entourant les deux compagnies mais il est moins optimiste que son confrère de la Financière Banque Nationale.

«Tout en reconnaissant les synergies, nous croyons que le scénario Belus ne passera pas l'obstacle réglementaire. Nous croyons que les facteurs qui ont empêché le rachat par Telus en 2007 sont encore présents, surtout dans le sans-fil.»

«Une nouvelle offre à un prix plus bas est aussi peu probable en raison de la disponibilité limitée des liquidités», ajoute M. Fan.

L'analyste donne un cours cible de 25,50 $ pour le titre de BCE, avec une recommandation «neutre».

À la Bourse de Toronto jeudi matin, l'action de Bell perdait 0,7% à 25,08 $.