La détérioration de l'économie mondialisée s'accélère à un rythme inquiétant.

Rudy Le Cours

La détérioration de l'économie mondialisée s'accélère à un rythme inquiétant.

Hier, les mauvaises nouvelles avaient de quoi glacer comme une pluie automnale.

L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) révise à la baisse son scénario économique pour la deuxième fois cet automne. Selon son nouveau scénario, dont les détails statistiques seront dévoilés le 25 du mois, l'économie de ses 30 pays membres représentant 75% du produit national brut mondial se contractera pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Le repli de 0,3% cache des disparités importantes: -0,1% pour le Japon, -0,5% pour la zone euro et surtout -0,9% pour les États-Unis, ce qui est de mauvais augure pour son principal partenaire commercial, le Canada.

L'organisme établi à Paris prévoit une poussée du chômage tout au cours de l'an prochain.

Comme pour lui donner raison, le département américain du Travail a annoncé hier que les demandes initiales d'assurance chômage ont franchi la semaine dernière le seuil psychologique de 500 000 pour la première fois depuis la récession de 2001. Pire, le nombre de prestataires atteignait 3,9 millions durant la semaine terminée le 1er novembre.

Il s'agit du chiffre le plus élevé depuis janvier 1983, quand le marché du travail américain se remettait péniblement de la récession de 1981.

Chômage accru signifie pour le Trésor américain, ou tout autre gouvernement, rentrées fiscales réduites.

En octobre, les revenus de l'État américain ont diminué de 7,5% par rapport à l'an dernier, alors que le plan de sauvetage des banques américaines a ballonné les dépenses. Résultat, le déficit mensuel atteignait le mois dernier 237,2 milliards US, selon le Trésor.

La comptabilité budgétaire américaine fait commencer l'année en octobre. L'an dernier, le déficit avait atteint un record abyssal de 455 milliards US. La nouvelle administration de Barack Obama va commencer son mandat en battant ce record à n'en pas douter puisqu'elle prépare un nouveau stimulus pour relancer la consommation et les dépenses d'investissements, selon plusieurs médias américains. Sans compter qu'il aura à composer avec un plan de sauvetage de l'industrie automobile, ou pire encore, la perte d'au moins un des trois grands.

L'Allemagne, première économie d'Europe, est officiellement entrée en récession technique au troisième trimestre pour la première fois depuis 1996. La forte baisse de ses exportations a effacé la légère poussée de la demande intérieure. Comme 40% de ses livraisons à l'étranger sont dans la zone euro, c'est signe que celle-ci bat de l'aile. On s'attend d'ailleurs à ce qu'Eurostat confirme aujourd'hui l'entrée en récession de l'économie des 15 pays de l'Euroland.

En Chine, la production industrielle a crû de seulement 8,2% en octobre. Il s'agit de la plus faible croissance de la fabrication, de la production électrique et de l'exploitation minière en sept ans. Du coup, le prix du cuivre a encore reculé. Il a perdu la moitié de sa valeur depuis la fin de juin.

Le village gaulois

Le Canada paraît jusqu'ici comme l'intrépide village gaulois au beau milieu de la Rome moderne que constitue l'économie mondialisée.

Si le surplus commercial a diminué de 1,1 milliard en septembre, c'est le résultat d'une croissance des importations alors que la valeur des exportations diminue. Bref, les Canadiens semblent toujours consommer comme si de rien n'était.

L'exception canadienne repose avant tout sur la poussée des prix des produits de base, qui aura duré sept ans et créé un grand effet de richesse tant pour les ménages que pour les entreprises. Leur effondrement s'est fait brutalement. En trois mois, par exemple, le prix du baril de pétrole est passé de 147$US à moins de 60$US.

Les contrecoups de cette plongée viendront bientôt. Douglas Porter, économiste en chef adjoint de BMO Marchés des capitaux, croit que, comme aux États-Unis, les recettes fiscales d'Ottawa et des provinces diminuent déjà, au moment où des plans pour stimuler la croissance seront réclamés au sommet des chefs de gouvernement du Groupe des 20, demain à Washington.

La baisse des recettes viendra d'abord des redevances sur certaines matières premières et des profits moins élevés des entreprises. Au deuxième trimestre, les bénéfices avaient atteint un sommet en correspondant à près de 15% de la taille de l'économie. Durant la récession de 1991, ils ne représentaient même pas 5%.

Moins de profits entraînent moins d'investissements, en particulier par les entreprises qui misaient beaucoup sur des prix élevés.

L'exploitation des sables bitumineux va ralentir. Des emplois bien payés, des entreprises de services rattachés à cette industrie vont disparaître.

Si la chose aura l'heur de plaire aux écologistes, elle met en péril la croissance de la province canadienne la plus riche. Toutes les provinces bénéficiaires de la péréquation souffriront par ricochet de transferts fédéraux moins élevés.

Le monde et les temps changent très vite.