Avec la hausse fulgurante du dollar canadien, des entreprises manufacturières ont dû prendre des décisions parfois crève-coeurs. Une nécessité pour rester en affaires.

Stéphane Paquet

Avec la hausse fulgurante du dollar canadien, des entreprises manufacturières ont dû prendre des décisions parfois crève-coeurs. Une nécessité pour rester en affaires.

Cette semaine, La Presse Affaires vous présente un de ceux qui a dû licencier des amis pour assurer la survie de leur entreprise.

«Le printemps dernier, tu maurais rencontré, je t'aurais dit: ça va être une année incroyable.»

Marcel Bourassa rit aujourd'hui quand on lui montre un texte du magazine PME qui titrait en mai, sans crainte de se tromper: «Ça va bien chez Savaria [[|ticker sym='T.SIS'|]]».

Le journaliste citait même un analyste qui voyait le titre du fabricant d'ascenseurs et d'équipements pour personnes handicapées de Laval grimper de 20% pendant l'année.

Au lieu de ça, le titre a perdu 45% de sa valeur. Et Marcel Bourassa a dû fermer son usine en bordure de l'autoroute 13, licenciant du même coup des travailleurs qui l'ont aidé à faire passer son chiffre d'affaires de 300 000$ lors de son achat en 1989, à quelque 60 millions cette année.

«C'est vraiment très difficile. Émotivement, c'est difficile», confie-t-il aujourd'hui, à propos de cette annonce du 11 octobre 2007.

Marcel Bourassa a beaucoup hésité avant de sortir le couperet. Il avait dans sa poche depuis un an une résolution de son conseil d'administration qui l'autorisait à fermer l'usine de Laval pour transférer la production à Brampton, en Ontario, dans une usine acquise en 2005.

Une usine plus grande, qui pouvait recevoir toute la production canadienne, ce qui n'était pas le cas de celle de Laval.

Avec les gens de Laval et Toronto

«Moi, j'ai créé Savaria avec les gens de Laval. La croissance est venue grâce à Laval. Quand j'ai acheté Toronto, il y avait 20 millions de pertes là. Et là, je devais dire aux gens de Toronto que l'avenir était chez eux. Alors qu'aux gens de Laval, je leur disais: Ben... on ferme ça. Psychologiquement, c'est bien dur parce qu'il y a des gens qui étaient avec moi depuis 10 ou 15 ans. Ce sont des amis.»

C'est l'envolée vertigineuse du huard vers la parité à partir du printemps dernier qui a eu raison de ses dernières réticences.

«C'était logique de le faire plus tôt. Mais je faisais 5 ou 5,5 millions de cash flow, le dollar était à 85 cents. Donc, je me suis dit que ce n'était pas une urgence. Mais quand le dollar s'est mis à évoluer aussi rapidement, les 5 millions sont devenus zéro, alors qu'on pouvait réaliser une économie de 1,5 million de dollars.»

Les économies réalisées grâce au transfert seront finalement de 1,6 million, dit-il aujourd'hui. En plus, son immeuble de l'autoroute 13 est presque vendu à la Sun Life et il prévoit réaliser un bénéfice de 2 millions sur la vente.

Une carte dans sa manche

Démoralisé, trois mois plus tard? Le grand patron de Savaria dit simplement que ce n'est pas dans sa nature de l'être.

Et à l'entendre rire d'un rire franc plus souvent qu'à son tour, on a tendance à le croire. Il faut dire que Marcel Bourassa avait une autre carte dans sa manche, une carte déposée là par son fils: la Chine.

Sébastien Bourassa a convaincu le paternel il y a cinq ans d'aller faire quelques achats du côté de l'Asie. Depuis, l'aventure a amené Savaria à y ouvrir sa propre usine, dirigée par Lu Wen, un ingénieur chinois qui a étudié à McGill et qui travaillait pour Savaria à Laval.

«J'ai continué à le payer au salaire d'ici. Là-bas, il est devenu un petit king, dit-il en riant. Mais, il a bien géré ça, on est rendus à 35 employés.»

Sur les 30 millions de dollars d'achats que Savaria réalise, il y en a 4 millions qui viennent de l'autre bout de la planète. Des sièges d'escalier y sont aujourd'hui entièrement fabriqués.

Et quand on lui parle de la hausse des salaires dans les manufactures chinoises, il rit encore.

«Les salaires ont augmenté cette année de 20% en Chine. Vingt pour cent d'une piastre, c'est 20 cents de plus de l'heure. Tandis qu'ici, ma moyenne est d'à peu près 17$ ou 20$ de l'heure. Là-bas, c'est 1,20$, 1,50$ de l'heure. Alors, ça en prend des 20% pour atteindre les salaires d'ici.»

La formation

N'empêche que l'expérience n'a pas toujours été facile, en ce qu concerne la formation des employés chinois notamment.

Savaria a récemment changé de stratégie et, au lieu d'y dépêcher ses ingénieurs, elle y envoie des ouvriers, qui montrent leur travail aux Chinois.

«Il y a une meilleure synergie», confie celui qui n'a jamais senti le besoin de mettre les pieds en Chine... mais qui promets de le faire cette année.

Dans toute cette réorganisation, il reste une chose que Marcel Bourassa regarde de travers: la valeur de son action qui végète autour de 1,10$ en Bourse.

«Je la trouve tellement pas drôle que j'en ai acheté un million la semaine passée, directement ou indirectement.»

En fait, pour être plus précis, Savaria a racheté 450 000 titres, son holding personnel a mis la main sur 350 000 autres actions et deux proches ont acheté les 200 000 autres.

Il détient donc environ 45% des titres en circulation, contre 10% pour son frère. S'il rachète, c'est que Marcel Bourassa a la confiance de l'entrepreneur qui retrousse ses manches.

Il parle d'une entente de distribution qui sera bientôt annoncée avec un fabricant européen qui vendra ses produits en Europe. Et vice-versa. Puis d'un autre accord à venir avec un manufacturier américain pour la transformation de véhicules pour handicapés.

Et une autre entente avec un fabricant de fauteuils roulants à Taiwan. Il parle aussi de ses nouveaux modèle d'ascenseurs résidentiels qui coûtent moins cher à construire.

La force du huard

«On a un problème, nous chez Savaria. Avec le dollar qui a tellement monté, ça a affecté notre marge brute. Je pense que je vais réussir à l'augmenter à la fin de 2008 à 30%.»

Alors qu'elle était à «moins de 10%» avec le huard à 1,10 $ US.

«Je pense que notre entreprise, actuellement, est beaucoup mieux positionnée qu'elle ne l'était il y a 12 mois. Avec tout ce qu'on a fait, j'aime mieux mon entreprise avec le dollar à parité que quand le dollar était à 85 cents US.»

Qui peut en dire autant?

Réflexions

Le cadre deWoods accroché au mur

Tiger, c'est vraiment un gagnant. Mais il dit toujours qu'il faut travailler fort. Tout le monde a du talent dans la vie. Donc, si tu veux te démarquer un peu, il faut que tu travailles fort.

La crise immobilière américaine

Mon carnet de commandes n'est pas trop affecté. Il ne faut pas oublier que nous, on fabrique 1000 élévateurs résidentiels par année. C'est minime par rapport à tout ce qui se construit aux États-Unis.

La force du huard

Je me suis couvert toute l'année 2008 à 99 cents US. Je n'ai pas aimé du tout l'expérience quand le dollar a atteint 1,10 $US. Là, je vis en paix. Puis si jamais le dollar baisse, je prendrai des couvertures pour 2009.