Si les grandes compagnies d'assurance-vie canadiennes paraissent encore peu touchées par les troubles financiers d'AIG, la contagion de la crise financière américaine vers le monde de l'assurance pourrait venir toucher les consommateurs jusque dans leurs primes d'assurances.

Hugo Fontaine Francis Vailles

Si les grandes compagnies d'assurance-vie canadiennes paraissent encore peu touchées par les troubles financiers d'AIG, la contagion de la crise financière américaine vers le monde de l'assurance pourrait venir toucher les consommateurs jusque dans leurs primes d'assurances.

Selon André Normandin, actuaire spécialisé en assurances de dommages chez NCA Partenaires, il pourrait y avoir une pression à la hausse sur les coûts, que ce soit les coûts de réassurance (pour les assureurs qui veulent se protéger des risques de perte) ou les coûts d'assurances (pour les assurés).

Les sociétés qui faisaient affaire avec AIG pour la réassurance pourraient être tentées de changer maintenant que le groupe est dans la tourmente. «Cela créera des opportunités pour les autres réassureurs de majorer la tarification», note M. Normandin.

Aussi, des entreprises qui prévoyaient faire recouvrir des pertes par le réassureur pourraient ne pas récupérer la totalité des sommes.

«À partir de là, il pourrait y avoir tentative de refiler la facture aux assurés, ajoute l'actuaire. Mais comme ça pourrait ne pas toucher tout le marché, la capacité pourrait être limitée de ce côté.»

«Globalement, il y aura des pressions à la hausse sur la tarification, surtout qu'à peu près tous les assureurs ont subi des pertes sur les marchés boursiers», résume M. Normandin. Dans le contexte économique actuel, les rendements des placements des assureurs sont moins forts qu'auparavant, contribuant aux pressions.

«Par ailleurs, il y avait un cycle baissier des coûts d'assurance depuis trois ou quatre ans. La situation actuelle pourrait écourter ce cycle baissier», souligne André Normandin.

Selon l'actuaire, les sociétés plus locales, fortement capitalisées, et donc moins dépendantes de la réassurance, sont moins à risque.

Assureurs rassurants

Du côté des menaces posées aux grands assureurs canadiens par le vacillement d'AIG, on trouve de quoi se faire... rassurant.

L'analyste John Reucassel, de BMO Marchés des capitaux, a écrit dans un commentaire publié hier matin qu'«aucune compagnie d'assurance canadienne n'avait, au moins dans ses opérations américaines, d'exposition matérielle à AIG en tant que réassureur». Il se fie sur des documents réglementaires américains datant d'il y a neuf mois.

Mais en tant que détenteurs de titres de dette, Great-West, Manuvie et Sunlife seraient respectivement exposés à hauteur de 32, 196 et 67 millions dans le dossier AIG. Ces sommes ne représentent dans chacun des cas qu'une infime partie des investissements totaux. Ils ont cependant pu augmenter ou diminuer au cours des neuf derniers mois.

Mario Mendonca, analyste chez Genuity Capital Markets, se dit «de plus en plus inconfortable avec Manuvie et Great-West, parce que ces assureurs n'ont fait aucun commentaire sur leur exposition (aux entreprises financières en difficulté) depuis la semaine dernière».

Il n'y a toutefois pas à s'inquiéter de l'industrie canadienne de l'assurance, selon Paul Kovacs, PDG de la Société d'indemnisation en matière d'assurances IARD (SIMA).

«L'industrie est en bonne santé financière et les compagnies sont bien capitalisées. L'industrie engrange des profits depuis plusieurs années. Nous sommes dans une très forte période», dit M. Kovacs, qui ne veut toutefois pas commenter sur le cas particulier de AIG.

Par ailleurs, la société AIG fonctionne au Canada sous cinq différentes raisons sociales, mais «les opérations de AIG sont distinctes et séparées de celles des États-Unis», dit le porte-parole du Bureau du surintendant des institutions financières, Jean-Paul Duval.

Pour les assurances de dommages, les entreprises AIG fonctionnent au Canada sous les noms Compagnie d'assurance hypothécaire AIG United Guaranty, Compagnie d'assurance commerciale AIG et Boiler Inspection and Insurance. Pour l'assurance-vie, les deux entreprises s'appellent Assurances AIG et Compagnie d'assurance-vie AIG.

Banques épargnées

La crise ne semble pas encore avoir atteint non plus les banques canadiennes. «On a l'impression qu'elles sont relativement à l'abri pour l'instant», dit Jean Roy, professeur de finances à HEC Montréal.

C'est la tentative de résolution des difficultés de Lehman Brothers et AIG qui fera foi de tout pour ce qui est des impacts globaux.

«Si on réussit à maintenir les opérations, les impacts seront petits, dit M. Roy. Si on ne réussit pas, on va avoir une perturbation financière majeure avec un risque d'effet domino dont personne ne peut prévoir l'ampleur.»