La Mission Russie 2008, dirigée par le ministre du Développement économique du Québec, Raymond Bachand, aurait difficilement pu se dérouler dans une période plus trouble pour la Russie. Mais avant les duels politiques et la chute des marchés boursiers, la vingtaine de gens d'affaires qui accompagnent le ministre cette semaine voient surtout en la Russie une économie émergente aux grandes opportunités commerciales.

Frédérick Lavoie COLLABORATION SPéCIALE

La Mission Russie 2008, dirigée par le ministre du Développement économique du Québec, Raymond Bachand, aurait difficilement pu se dérouler dans une période plus trouble pour la Russie. Mais avant les duels politiques et la chute des marchés boursiers, la vingtaine de gens d'affaires qui accompagnent le ministre cette semaine voient surtout en la Russie une économie émergente aux grandes opportunités commerciales.

Le marché russe est encore pratiquement inexploré comparativement à d'autres économies émergentes comme la Chine et l'Inde, croit Piers Cumberlege, président de l'Association d'affaires Canada Russie Eurasie (CERBA).

«C'est certain que ça fait toujours réfléchir les gens lorsqu'il y a des changements abrupts. Mais est-ce une raison pour dire qu'à long terme, ce n'est pas un marché où on devrait être?

«Les gens d'affaires qui viennent ici ne le font pas pour mettre leur argent de la bourse, souligne M. Cumberlege. Ils regardent des investissements et des possibilités à long terme.»

Économie en croissance

Au cours des cinq dernières années, le taux de croissance dans le pays, dopé par la flambée des cours du pétrole et du gaz, n'est jamais tombé sous les 6,4% annuellement.

Selon le ministre Raymond Bachand, il n'y a pas de raison de s'inquiéter de la dégringolade boursière alors que l'économie russe est en pleine expansion. Il voudrait voir les entreprises québécoises s'implanter à long terme sur le marché russe, et vice-versa. Il assure d'ailleurs que le gouvernement libéral a l'intention de poursuivre le défrichage du plus grand pays du monde dans le futur.

«Ce n'est pas un "one shot deal". (Cette mission) serait un gaspillage d'argent sinon. Tu viens dans ces pays (émergents) parce que c'est une stratégie systématique d'ouvrir un marché», explique-t-il. Le premier ministre Jean Charest devrait venir à Moscou début 2009 pour poursuivre le développement des liens économiques russo-québécois, qui sont pour l'instant minuscules.

L'an dernier, la Russie se classait au 13e rang des partenaires économiques du Québec. La province a exporté pour 290 millions de dollars en Russie. Les importations étaient deux fois plus importantes, à un peu plus de 600 millions, essentiellement dans le secteur des ressources naturelles. L'heure d'ouvrir une maison du Québec en Russie n'est toutefois pas encore venu, selon le ministre Bachand.

Deux sociétés québécoises sont implantées depuis bon nombres d'années en Russie, soit Bombardier et SNC-Lavalin. Cette dernière est d'ailleurs arrivée à Moscou en 1976, alors que le régime soviétique était encore en place.

Mais pour les autres, tout est à faire. «Jamais par le passé il n'y a eu d'entreprises russes sur nos radars pour participer à un projet», souligne ainsi Luc Séguin, vice-président principal aux investissements à la Société générale de financement du Québec.

S'il trouve «aberrant» le peu de liens économiques entre ces pays qui partagent notamment un climat, de grands espaces et une passion pour le hockey, il croit que leurs relations arrivent désormais "à un tournant".

«Mais ce sera un cycle de travail assez long», prédit Luc Séguin.