La désinflation fait son arrivée au Canada après avoir frappé les États-Unis alors qu'en octobre, mais la plupart des économistes refusent de tirer la sonnette d'alarme quant à la déflation.

Michel Munger

La désinflation fait son arrivée au Canada après avoir frappé les États-Unis alors qu'en octobre, mais la plupart des économistes refusent de tirer la sonnette d'alarme quant à la déflation.

Selon le rapport matinal de Statistique Canada, les prix ont diminué de 0,5% sur une base mensuelle en octobre. Les analystes consultés par Bloomberg prévoyaient une baisse de 0,3%.

C'est pour la période de 12 mois qui s'est terminée en octobre que la désinflation est claire. Les prix à la consommation ont progressé de 2,6%, contre 3,4% pour la période de 12 mois conclue en septembre. Les analystes s'attendaient à un pourcentage inchangé.

Pendant ce temps, l'indice de référence qui exclut les produits volatiles est demeuré stable à 1,7% sur 12 mois, contre 1,9% pour les prévisions. Sur une base mensuelle, aucune progression n'était affichée, conformément aux attentes. L'indice de référence est utilisé par la Banque du Canada afin d'établir ses taux d'intérêt.

Statistique Canada explique que c'est l'essence qui est la grande responsable de la croissance des prix lors de la dernière année.

Si l'on isole le mois d'octobre, une décroissance de 13,4% des prix à la pompe est la principale raison de la baisse de 0,5% pour l'ensemble de l'IPC.

Parmi les pressions à la baisse, on retrouve celles provenant de l'industrie automobile, des vêtements pour femmes et du matériel informatique.

Les prix des aliments achetés en magasin ont toutefois monté de 7,3% en raison des produits de boulangerie et des céréales qui coûtent plus cher.

Les coûts associés au logement ont augmenté de 3,8% en octobre, stimulés par la progression de 7,2% de l'intérêt hypothécaire et du bond de 11,1% du prix du gaz naturel.

Pas de déflation pour l'instant

Attention, toutefois, il ne faut pas être alarmiste, disent plusieurs économistes. Le spectre de la déflation n'est pas un certitude, dit Avery Shenfeld, de CIBC World Markets.

«La déflation est une chute soutenue du niveau général des prix à travers l'économie, pas une lecture mensuelle négative expliquée par une grosse baisse d'un seul produit de base», écrit-il dans une note vendredi matin.

«Il est difficile de penser à une chute des salaires quand les gains ont monté de 4% l'heure, ajoute M. Shenfeld, que le niveau d'emploi est toujours proche d'un sommet et que le dollar canadien affaibli promet d'annuler une partie de la baisse des prix pour les biens libellés en dollars américains.»

Sébastien Lavoie, économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne, estime toutefois que le risque est bien présent.

«Nous pouvons dire qu'un premier pas a été effectué vers la spirale déflationniste, dit-il. Quand nous mettons le rapport de côté et regardons l'ensemble de la situation, les risques entourant la déflation émergent: une crise du crédit qui s'intensifie, une capacité excédentaire croissante en Chine, une demande défaillante dans les pays industrialisés, des chutes de prix pour les actifs et les craintes quant à la solvabilité d'institutions importantes.»

Vers une baisse de taux

Il ne faudrait pas se surprendre si les chiffres de vendredi matin confirmaient l'importance pour la Banque du Canada d'abaisser son taux directeur en décembre.

«Ce rapport devrait être un peu préoccupant pour la Banque du Canada, indique Charmaine Buskas, économiste et stratège principale de TD Securities. Étant donné l'attention placée sur l'économie qui se détériore, le fait que l'inflation ne soit clairement pas une menace suggère qu'il y a beaucoup de marge de manoeuvre pour que la Banque pour livrer davantage de stimulus quand elle se réunira le 9 décembre.»

Selon Mme Buskas, il faut prévoir une baisse d'un demi-point qui ferait descendre le taux directeur à un creux historique de 1,75%.