Après un quart de siècle passé chez McCarthy Tétrault, l'avocat spécialiste en droit immobilier John Sullivan fait le saut chez BLG. Pour le meilleur et pour le pire!

René Lewandowski, collaboration spéciale

Après un quart de siècle passé chez McCarthy Tétrault, l'avocat spécialiste en droit immobilier John Sullivan fait le saut chez BLG. Pour le meilleur et pour le pire!

L'avocat John T. Sullivan n'a pas eu à se déplacer bien loin pour changer d'emploi. La semaine dernière, après 25 ans passés chez McCarthy Tétrault, il n'a eu qu'à descendre du 25e étage du 1000, De La Gauchetière Ouest, traverser la mezzanine, et reprendre l'ascenseur de l'aile ouest pour grimper au 9e étage, où l'attendaient ses nouveaux patrons de Borden Ladner Gervais (BLG).

Il n'empêche que les deux dernières semaines ont été passablement occupées pour ce spécialiste en droit immobilier. En plus de régler les détails de son départ avec son ancien employeur et fignoler ceux de son arrivée avec son nouveau, il a dû conclure une mégatransaction qui consistait à refinancer une dette à long terme d'environ 240 millions de dollars de la Deka Bank Deutsche Girozentrale, de Francfort, contractée par Homco Realty Fund pour l'acquisition de la Gare Centrale de Montréal.

"Mon bureau est un vrai fouillis, je n'ai pas encore eu le temps d'ouvrir mes boîtes!" dit l'associé de 53 ans, alors qu'il reçoit La Presse pour sa première entrevue en tant que "blgien", dans une salle de conférence de BLG.

C'est plutôt rare qu'un avocat quitte un cabinet après un quart de siècle de loyaux services. Ceux qui le connaissent ne sont toutefois pas surpris de sa décision.

"John est indépendant et a sa propre clientèle, peut-être que ça ne cadrait plus avec la philosophie d'équipes-clients de McCarthy", dit l'associé de chez BCF, Tim Huot, qui a lui aussi quitté McCarthy, en 2006.

Une philosophie divergente

Pour John Sullivan, c'était devenu inévitable. "La stratégie de développement de McCarthy ne convenait plus à ma pratique personnelle", dit-il.

Il explique que son ancien bureau priorise depuis quelques années les très grandes transactions, n'encourageant pas ou peu ses avocats à accepter de plus petits mandats. Non pas que lui néglige les gros mandats, au contraire, il a participé au cours des années à plusieurs importantes transactions. Et sa brochette de clients est impressionnante: McDonald's, Dow Chemical, Kraft Canada, etc.

Mais, dit-il, s'il est vrai qu'une transaction de 100 millions de dollars rapporte plus qu'un deal de 10 millions, il estime néanmoins important pour un cabinet d'accepter des mandats plus petits, surtout à Montréal où le nombre de grosses transactions est plutôt restreint.

"On n'est pas à Toronto, encore moins à New York", dit-il.

Travailler sur des transactions plus modestes permet aussi, selon lui, aux plus jeunes avocats du cabinet de prendre de l'expérience, ce qui finira par payer plus tard lors de mandats plus importants.

Un dealmaker de l'immobilier

Chez son nouvel employeur, il a d'ailleurs l'intention d'accompagner les plus jeunes, leur servir de mentor, en quelque sorte, pour créer une équipe solide en droit immobilier, qui compte déjà une douzaine de membres.

Chez BLG, on se réjouit évidemment de son arrivée. Car cela faisait plus d'un an qu'on le courtisait. "John est un solide avocat, dont l'expertise est reconnue de tous", dit la chef du groupe immobilier de BLG pour le Québec, Sylvie Bouvette.

Elle apprécie surtout ses habiletés de "dealmaker", c'est-à-dire d'être capable à la fois de comprendre autant l'aspect juridique d'une transaction que son volet affaires. "Un avocat n'est pas là pour mettre des bâtons dans les roues, mais pour trouver des solutions pour faire avancer une transaction. John le fait très bien."

BLG n'était toutefois pas le seul cabinet à le vouloir dans son équipe. Au cours des années, plusieurs bureaux l'ont courtisé, et au moins un, De Grandpré Chait, lui a fait une offre.

Normal, selon Marc Rubin, associé chez De Grandpré Chait: "John est l'un des meilleurs avocats en droit immobilier de Montréal, dit celui qui a eu à l'affronter sur plusieurs dossiers d'envergure. Je le prendrais dans mon équipe n'importe quand!"

Si John Sullivan a choisi BLG, c'est parce qu'il connaissait bien les avocats de ce bureau, ayant à plusieurs reprises eu l'occasion de travailler avec eux à d'importants dossiers. Mais aussi, et surtout, parce qu'il voulait continuer de pratiquer dans un cabinet avec une plate-forme nationale. "J'ai des clients qui font des affaires partout au pays, dit-il. Ils veulent être servis par le même cabinet."

Mais ses clients de longue date le suivront-ils? Nous, oui! dit Norman Spencer, président de Redbourne, important promoteur et gestionnaire immobilier montréalais. "C'est un avocat compétent et très efficace", dit-il.

Quant aux autres clients, John Sullivan les a déjà tous prévenus de ses nouvelles coordonnées. Et pour l'instant, dit-il, les nouvelles sont plutôt bonnes...