Lise a 62 ans, est retraitée... et un peu amère. Elle a eu trois enfants et a été mariée pendant 24 ans avant que son mari ne la quitte, en 1988, «juste avant l'entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine».

Marc Tison

Lise a 62 ans, est retraitée... et un peu amère. Elle a eu trois enfants et a été mariée pendant 24 ans avant que son mari ne la quitte, en 1988, «juste avant l'entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine».

La nuance est importante: elle n'a pas touché un sou de l'actif familial.

Durant son mariage, elle a travaillé à temps partiel comme infirmière auxiliaire, au fil des déménagements fréquents que l'emploi de son mari imposait. Après la séparation, elle est retournée aux études pour se perfectionner en soins infirmiers.

En 1997, nouvelle tuile: «À la suite d'une réforme dans le réseau de la santé, je perds mon poste et je dois me résigner à prendre ma retraite sans aucune préparation, comme l'ont fait de nombreuses infirmières.»

Lise touche une rente de retraite de 667$ par mois, plus 384$ de la RRQ. Elle a réussi à accumuler 20 000$ dans un REER. Son conjoint Guy, âgé de 55 ans, gagne 11$ l'heure.

Il reçoit en outre de la CSST une rente d'invalidité non imposable de 7644$ par année. Il y a deux ans, ils ont réussi à acheter une petite maison, d'une valeur de 150 000$. L'hypothèque de 110 000$ courra encore 23 ans.

«Je vois venir mes 65 ans. La rente de la CARRA sera diminuée d'une somme que je ne connais pas encore, et je crois que je serai encore plus pauvre, écrit Lise. Je sais bien que vous n'avez pas plus que moi de grands calculs à faire pour me conseiller; je voulais simplement vous faire voir d'autres situations dont on ne parle jamais dans vos chroniques, parce que les gens pauvres n'ont pas d'histoires et n'ont pas de préoccupations.»

Au contraire, ils ont beaucoup d'histoires, encore plus de préoccupations, mais nous écrivent rarement. Lise nous en offrant la chance, nous avons, avec sa permission, demandé l'opinion de Denis L'Hostie, directeur principal, planification financière, à la Banque Laurentienne.

Son analyse commence sur une note positive. «La situation de Lise n'est pas désespérée. Évidemment, le couple ne roule pas sur l'or et il doit faire attention à son budget. Mais c'est justement cette discipline qui lui a permis d'accumuler son actif.»

Première bonne nouvelle: contrairement à ce qu'elle craint, Lise n'aura pas à souffrir une diminution de revenu à 65 ans. Il est vrai que sa rente de la CARRA passera de 8000$ à environ 5300$, sans que la rente de la RRQ ne compense pour la perte.

Mais Lise commencera à 65 ans à toucher la pension de la sécurité de la vieillesse, qui excédera 6000$ par année.

Au premier abord, malgré tout, l'avenir apparaît plutôt gris. Les revenus actuels du couple, environ 42 600$, lui permettent des dépenses de 3200$ par mois. À sa retraite, à 65 ans, Guy touchera une rente de la Commission de la construction du Québec de 3600$ par année, en plus des rentes gouvernementales courantes.

Pour ses projections, notre planificateur pose l'hypothèse d'un taux d'inflation de 2,5%, et d'un rendement de 4,5% sur les investissements. Si les choses se maintiennent, Lise et Guy pourront maintenir leur train de vie actuel jusqu'à 2020, deux ans après la retraite de Guy, mais se trouveront ensuite à court d'épargnes.

Le REER de Lise, qui sera à 30 000$ quand elle commencera à y puiser en 2017, aura été encaissé en totalité au courant de 2021, estime M. L'Hostie.

«Le couple devra vendre sa résidence vers 2020, rembourser l'hypothèque et investir le capital reçu de 155 000$, croit-il. Par la suite, il aura suffisamment de liquidités jusqu'en 2034.»

Guy et Lise auront alors 77 ans et 88 ans, et seront aux prises avec ce que notre expert décrit comme «un manque important de ressources financières».

Mais bien entendu, il a une ou deux suggestions en réserve. Le couple a contracté deux emprunts totalisant près de 5000$, qu'il rembourse avec des mensualités de 200$ et de 105$.

Ces dettes seront remboursées en 2009 et 2010. Les 305$ ainsi libérés pourront être versés dans un REER au nom de Guy. Cette épargne de 3600$ par année, de 2010 à 2018, lui permettra d'amasser 37 000$.

Le couple pourra ainsi conserver sa maison jusqu'en 2025, quand Guy aura atteint 72 ans et Lise 80 ans. La vente de la propriété procurera alors un capital de 205 000$, une fois le solde hypothécaire acquitté.

Le planificateur prévoit à partir de ce moment une dépense de loyer de 1000$ par mois, en dollars actuels. Le capital issu de la vente de la propriété ne s'épuiserait qu'au 90e anniversaire de Guy.

«De cette façon, le couple ne manquera pas de liquidités le reste de ses jours», estime M. L'Hostie.

En prime, il inclut dans ce scénario l'achat vers 2018 d'un véhicule neuf, d'une valeur de 20 000$, avec un prêt étalé sur cinq ans.

La marge de manoeuvre est mince, cependant, et l'hypothèque occupera une part importante du budget du ménage jusqu'en 2025. Cette acquisition n'était pas une mauvaise décision pour autant.

«Ils n'ont pas énormément de loisirs et n'ont pas vraiment la chance de prendre des vacances, commente M. l'Hostie. Leur maison leur permet de s'évader, de passer du bon temps, avec des activités peu coûteuses comme le jardinage.»

Ce n'est pas une retraite de publicité. Mais vu sous cet angle, l'avenir n'apparaît pas si sombre.

LA SITUATION

À 62 ans, forcée à la retraite, Lise voit l'avenir d'un oeil sombre. Les maigres revenus de son ménage lui font presque craindre une longévité trop étendue. Elle prévoit même une baisse de revenus à 65 ans.

«Je trouve la retraite très difficile. Ça fait plus de 40 ans que je travaille, et je n'ai absolument rien.» - Lise

LES CHIFFRES

Lise, 62 ans

Revenus de retraite: 12 600$

REER: 20 000$

Fonds d'urgence: 5000$

Guy, 51 ans

Salaire: 23 000$

Rente d'invalidité de la CSST: 7600$

REER: aucun

Actifs:

Propriété de 150 000$

Solde hypothécaire de 110 000$, amorti sur 23 ans

Dettes: environ 5000$

LA suggestion de Denis L'Hostie directeur principal, Planification financière, Banque Nationale

Dans les conditions actuelles, le couple devra vendre sa maison en 2020 et se retrouvera à court de liquidités en 2034.

Mais si, à compter de 2010, Guy verse dans son REER les 300$ actuellement consacrés au remboursement des dettes, tout le portrait s'éclaire.

Le couple pourra conserver sa maison jusqu'en 2025 et maintenir son train de vie jusqu'au bout.