À l'heure où les embûches se multiplient pour le projet humanitaire One Laptop Per Child (OLPC), son fondateur, Nicholas Negroponte, affiche un enthousiasme surprenant. Le coût de production de l'«ordinateur à 100$», destiné aux élèves de pays en développement, «chutera à 50$ en 2011», prédit-il.

Tristan Péloquin

À l'heure où les embûches se multiplient pour le projet humanitaire One Laptop Per Child (OLPC), son fondateur, Nicholas Negroponte, affiche un enthousiasme surprenant. Le coût de production de l'«ordinateur à 100$», destiné aux élèves de pays en développement, «chutera à 50$ en 2011», prédit-il.

C'est inévitable, soutient le co-fondateur du Media Lab du MIT et grand pilote du projet, invoquant la fameuse loi de Moore: «Si vous fabriquez le moindre appareil électronique aujourd'hui, vous savez que dans 18 mois, son coût de production aura chuté de moitié», a-t-il déclaré dimanche, en clôture du congrès de l'American Academy for the Advancement of Sciences, à Boston.

Ainsi, alors que le coût du petit ordinateur vert lime à sa sortie des chaînes de montage atteint actuellement 187$, le prix tombera certainement à 100$ «avant la fin de 2009», a-t-il précisé.

«Et il chutera à 50$ en 2011».

Ces déclarations, rapportées par le magazine Wired, ont vite fait de déclencher d'intenses critiques sur la Toile. La loi de Moore, qui prédit sans n'avoir jamais failli l'évolution du marché de l'informatique depuis 40 ans, peut bien être incontournable, rien ne garantit que le «laptop à 100$» dépassera véritablement le stade de projet.

En un peu plus d'un an, seulement un demi-million de machines ont été vendues, dont 150 000 à des consommateurs canadiens et américains qui ont payé 400$ dans le cadre du programme Give One Get One (achetez-en un, offrez-en un; pour chaque ordinateur acheté, un deuxième est livré à un enfant pauvre d'un pays participant). Pour l'instant, le Pérou et l'Uruguay restent les seuls pays à avoir conclu des contrats de vente l'organisme, le reste n'étant que des promesses d'achat.

Pour ajouter aux problèmes, Intel, qui est devenu brièvement un puissant partenaire d'OLPC l'année dernière, a quitté le navire début janvier pour se concentrer sur son propre ordinateur destiné aux pays émergents, le ClassMate PC, appuyé par Microsoft.

Mais il en faudra visiblement beaucoup plus pour démonter l'imposante base de supporteurs qui gravite autour de l'OLPC depuis son démarrage, en 2005. Ceux qui, comme Ken Dewar, Daniel Boismenu et Vincent Ferretti, trois employés de Génome Québec, ont reçu leur appareil dans le cadre du programme Give One Get One n'en démordent pas: le bidule est génial.

«Je trippe autant que ma fille de 6 ans, confie M. Dewar, rencontré dans les bureaux l'organisme de génétique. On a pris des photos avec la caméra intégrée; on a fait des séances de clavardage grâce à la connexion sans fil. Son frère de 9 ans est jaloux.»

Daniel Boismenu, lui, a été séduit par la construction de l'appareil.

«Quand j'ai branché une souris dans le port USB, le système l'a aussitôt reconnue. C'est une machine complète, dont un adulte pourrait presque se servir dans un cadre professionnel. Et pourtant, elle est vraiment pensée pour les enfants. Je n'ai aucun doute sur son potentiel», affirme-t-il.

«Malheureusement, quand j'entends parler des tensions entre Intel et l'OLPC, ça me fait penser à la bataille entre Hewlett-Packard et Texas Instrument, il y a plusieurs années, pour savoir qui des deux avait la plus puissante calculatrice sur le marché. C'est absurde. L'OLPC vise seulement à répondre à des besoins, sans cherche à faire de profits».