Le recours collectif québécois contre Merck-Frosst au sujet de l'anti-inflammatoire Vioxx va se poursuivre, malgré une décision judiciaire en faveur de la multinationale pharmaceutique, mercredi, dans une cause semblable aux États-Unis.

Denis Arcand

Le recours collectif québécois contre Merck-Frosst au sujet de l'anti-inflammatoire Vioxx va se poursuivre, malgré une décision judiciaire en faveur de la multinationale pharmaceutique, mercredi, dans une cause semblable aux États-Unis.

«Nous continuons à monter notre dossier et la poursuite sera déposée bientôt», a dit jeudi à La Presse Me Claude Desmeules, de Québec, qui a déjà obtenu de la Cour supérieure l'autorisation de lancer un recours collectif au nom de deux patients qui ont été traités au Vioxx, Gérald Sigouin et Roger Sainte-Marie.

Selon Me Desmeules, environ 4000 Québécois se sont manifestés jusqu'à présent.

Le Vioxx générait des ventes mondiales de 2,5 milliards de dollars par année pour la multinationale américaine Merck&Co, avant que des études fassent craindre que ce médicament prescrit aux arthritiques n'augmente les risques de crise cardiaque.

Merck a retiré le Vioxx du marché en 2004 et plus de 27 000 poursuites - individuelles ou collectives - ont été déposées par des patients affirmant avoir subi des problèmes cardiaques.

L'entreprise s'est défendue en cour et a remporté 12 des 17 procès civils qui se sont rendus jusqu'à leur fin aux États-Unis. Mercredi, la Cour d'appel du Texas a tranché en faveur de Merck en renversant une des cinq défaites de l'entreprise en cour.

En 2006, le tribunal de première instance avait accordé des dommages de 32 millions de dollars à la veuve d'un patient de 71 ans décédé d'une crise cardiaque. Mais le patient texan, Leonel Garza, avait été fumeur et faisait de la haute pression.

Selon la cour d'appel du Texas, la preuve entendue durant le procès n'a pas écarté la possibilité que M. Garza soit mort de la maladie cardiaque qu'il avait déjà avant de prendre du Vioxx pour son arthrite.

Le jugement texan de mercredi «est un cas individuel qui n'a aucun impact sur le recours collectif québécois», a dit jeudi Me Desmeules.

L'état de santé préalable du patient texan réduit la portée de cette décision, qui «ne remet pas en question le fait que le Vioxx est dangereux et que Merck a été fautive en le mettant sur le marché», affirme Me Desmeules.

Au siège social de Merck-Frosst (la filiale canadienne de Merck&Co.), à Montréal, une porte-parole a indiqué que l'entreprise va se défendre dans cette affaire et dans toute autre poursuite devant les tribunaux canadiens.

Selon Marlène Gauthier, responsable des communications de Merck Frosst, aucune preuve scientifique solide n'existe sur les reproches médicaux faits au Vioxx au fil des ans.

Aux États-Unis, Merck a réglé à l'amiable la vaste majorité des poursuites liées au Vioxx, en consentant à faire un versement de 4,85 milliards de dollars. Aucun règlement semblable n'a été octroyé aux patients canadiens, a dit jeudi Mme Gauthier, de Merck-Frosst.