Gazprom est énorme et poursuit une ascension fulgurante sur le marché au même rythme que la demande mondiale.

Patricia Sauzède-Bilodeau

Gazprom est énorme et poursuit une ascension fulgurante sur le marché au même rythme que la demande mondiale.

En fait, le géant russe du gaz, qui pourrait signer un contrat d'approvisionnement avec Rabaska, est la société d'État la plus importante en Russie.

Seulement en 2006, sa production de gaz naturel représentait pas moins de 21 % de la production mondiale.

Et son pouvoir politique aussi est immense. L'ancien pdg de l'entreprise Dmitri Medvedev est actuellement président de la Russie. Et le premier ministre sortant Victor Zoubkov, a aussi été nommé au conseil d'administration de Gazprom.

Mais le géant dérange. «Gazprom est de plus en plus imposant, et profite de la dépendance de l'Europe pour prendre de l'expansion», souligne Aurélie Campana, professeure à l'Université Laval, spécialiste de la Russie.

Par exemple, des pays comme l'Allemagne et la France importent respectivement 40 % et 26 % de leur gaz naturel de la Russie. Ce qui donne le pouvoir à Gazprom de fermer le robinet en cas de mésentente.

Gazprom a également coupé en 2006 l'approvisionnement à l'Ukraine affolant d'autres pays européens alimentés par le même conduit en plus d'avoir menacé l'Allemagne de faire de même.

Devant son importance et ses façons de procéder, faut-il se méfier du géant russe? Question difficile à répondre, soulignent les observateurs.

Quasi-monopole

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC et expert en politique énergétique, craint que Gazprom profite de sa position de quasi-monopole pour faire monter les prix du gaz.

«Au départ, j'étais pessimiste parce qu'ils ont la possibilité de faire monter les enchères. Ils ne vendront pas nécessairement à bas prix», croit-il.

Gazprom aura donc la possibilité de hausser son prix et de profiter d'une demande croissante.

«La demande du gaz est en hausse et risque de continuer d'augmenter, assure Jean-Thomas Bernard, spécialiste en politique énergétique à l'Université Laval. Par exemple, si les États-Unis votent pour des politiques drastiques de diminution de gaz à effet de serre, Gazprom va en profiter surtout que les États-Unis n'ont pas une réserve suffisante”.

Une fois l'entente signée avec Rabaska, le géant russe ne pourrait pas changer les termes, s'accordent pour dire les spécialistes. Le hic pourrait venir du côté d'un changement politique.

«Le secteur sensible, c'est le géopolitique. Il n'y a pas de problèmes anticipés, mais si le pouvoir change dans cinq ans, on ne sait pas... La Russie n'a pas la démocratie la plus florissante», assure M. Pineau.

Gazprom ne fait pas seulement dans le gaz. L'entreprise s'intègre dans plusieurs secteurs augmentant son influence. Selon une loi votée en juillet 2007, elle a l'autorisation de se munir d'armes militaires et civiles.

Cela pourrait servir à protéger les infrastructures : les oléoducs de Gazprom s'étendent sur près de 675 000 km. Une partie de ses infrastructures avait explosé en 2006 dans le Caucase, privant la Géorgie de gaz.

Dans les médias

Gazprom a également des billes dans le secteur médiatique. La compagnie Gazprom-Media, une des branches du géant, détient les réseaux de télévision NTV et TNT, six stations de radio, huit publications quotidiennes, une maison de production, des cinémas, une compagnie de publicité, une compagnie d'ingénierie et vient de faire l'acquisition de Youtube version russe, soit RuTube.

Elle est actionnaire majoritaire de la compagnie d'assurances Sogaz et est propriétaire d'une compagnie aérienne, Gazpromavia.

Elle contrôle également la troisième banque du pays, la Gazprombank. Tout ça, sans compter des participations dans l'équipe de soccer de Saint-Petersbourg Zénit.