Le Québec continuera-t-il à rattraper l'Ontario au cours des prochaines années ou doit-on s'attendre à un revirement de situation? Les avis divergent à ce sujet, mais à long terme, l'économie ontarienne paraît mieux équipée pour faire face aux nouveaux défis.

Francis Vailles

Le Québec continuera-t-il à rattraper l'Ontario au cours des prochaines années ou doit-on s'attendre à un revirement de situation? Les avis divergent à ce sujet, mais à long terme, l'économie ontarienne paraît mieux équipée pour faire face aux nouveaux défis.

L'économiste Benoit P. Durocher, du Mouvement Desjardins, est de ceux qui croient que l'écart Québec-Ontario va continuer de s'amenuiser au cours des deux prochaines années.

En Ontario, rappelle-t-il, 78% de la production automobile vient des trois grands constructeurs américains que sont GM, Ford et Chrysler. Or, ces derniers peinent à se sortir du bourbier, accumulant déficit sur déficit depuis quelques années.

À cet égard, les usines canadiennes sont particulièrement défavorisées par la hausse du dollar canadien. Depuis cinq ans, leurs coûts de main-d'oeuvre ont suivi la hausse du dollar canadien et rendu douloureuses les comparaisons avec les usines américaines.

Le syndicat de l'automobile doit d'ailleurs faire des concessions importantes pour sauver les meubles.

Avec Ford, les travailleurs viennent d'accepter un gel des salaires de trois ans et l'abandon de l'équivalent de cinq jours de congé. De son côté, GM demande de réduire de 77$ à 47$ de l'heure les dépenses en salaires et avantages sociaux.

À cela s'ajoute la hausse marquée du prix de l'essence. Les usines canadiennes construisent principalement des voitures gourmandes en essence, telles les Dodge Magnum ou Ford Crown Victoria.

Devant la hausse du prix de l'essence, les consommateurs risquent de plus en plus de bouder ces gros modèles, au détriment de l'économie ontarienne.

«Les problèmes du secteur automobile sont structurels et non conjoncturels. Les changements seront donc plus longs. L'Ontario est condamné à tirer la patte encore quelques années», croit Benoit Durocher, à Montréal.

Le Mouvement Desjardins prévoit d'ailleurs une récession pour une seule province en 2008, l'Ontario.

Le Québec vieillit

L'économiste Marie-Christine Bernard, du Conference Board, à Ottawa, ne partage pas cet avis. Elle croit que l'économie ontarienne se rétablira en 2009 dès que l'économie américaine sortira de la récession.

À moyen terme, dit-elle, le potentiel de croissance économique de l'Ontario est de 2,8% par année, contre 2,5% au Québec, en raison de la diversité de la main-d'oeuvre, des gains de productivité plus importants, mais surtout, d'une démographie favorable.

Le vieillissement de la population est moins marqué en Ontario, fait-elle valoir, et la province accueille la moitié de tous les immigrants au Canada, soit beaucoup plus qu'au Québec.

Tôt ou tard, ces immigrants forment de nouveaux ménages, ce qui contribue à la construction de nouvelles maisons et à l'activité économique. «Je ne pense pas que le Québec va combler l'écart étant donné la démographie», dit Mme Bernard.

À cela s'ajoute l'endettement public. Au Québec, la dette par habitant a atteint 13 549$ en 2007, le niveau le plus élevé des quatre régions canadiennes. Les énormes frais d'intérêt à payer sur cette dette grugent les dépenses du Québec.

En comparaison, l'Ontario a une dette par habitant de 8880$, un niveau qui recule depuis quelques années, selon Statistique Canada.