Quebecor est propriétaire du Journal de Montréal et du réseau TVA, mais il ne pourra pas ambitionner d'acheter une station de radio dans la métropole, selon les nouvelles règles édictées hier par le CRTC.

Mis à jour le 16 janv. 2008
Maxime Bergeron

Quebecor est propriétaire du Journal de Montréal et du réseau TVA, mais il ne pourra pas ambitionner d'acheter une station de radio dans la métropole, selon les nouvelles règles édictées hier par le CRTC.

Au terme d'une vaste consultation sur la «diversité des voix», le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a décidé d'imposer une limite à la concentration des médias au Canada.

«On voulait établir des lignes directrices très claires et prévisibles pour que cette vague de consolidations qu'on a eue et qu'on aura dans le futur soit bien dirigée», a indiqué à La Presse Affaires Konrad von Finckenstein, président du CRTC.

Désormais, les groupes de presse pourront posséder deux types de médias -télé, radio ou journaux- dans un marché donné, mais pas les trois.

Le Conseil a aussi imposé une limite de 45% à l'auditoire que peut détenir un diffuseur à l'échelle canadienne.

Au Québec, Quebecor Média détient 32% de l'écoute de la télévision et Astral Media, 23%. La torontoise CTVglobemedia domine pour sa part le marché anglo-canadien avec une part de 37%.

En clair, aucune entreprise ne dépasse pour l'instant les limites de concentration décrétées par le CRTC, ce qui fait bondir les syndicats et regroupements de journalistes.

«Le CRTC préserve les niveaux de concentration actuels, lesquels sont inacceptables, et il n'adopte aucune mesure significative pour empêcher la situation de s'aggraver, a déclaré Lise Lareau, présidente de la Guilde canadienne des médias, dans un communiqué. De son propre aveu, il légalise le statu quo puisqu'il admet que ses nouveaux règlements n'ont été enfreints nulle part au Canada.»

Les experts en conviennent: les règles annoncées hier n'entraveront pas trop la poursuite de la vague de consolidations qu'a connue le secteur des médias depuis 2006 au Canada.

«Celui qui va recevoir la nouvelle le plus difficilement, c'est CTVglobemedia; on lui dit d'arrêter à 45% et il est déjà à 37%, a expliqué Pierre Bélanger, professeur de communications à l'Université d'Ottawa. Les autres groupes sont assez loin des 45% et on veut effectivement continuer à ce qu'il y ait de la consolidation, parce qu'il y a un élément positif à ça.»

Les occasions d'affaires sont toutefois moins nombreuses cette année, après toutes les mégatransactions récentes, souligne le professeur.

Rappelons le rachat de CHUM par CTVglobemedia pour 1,4 milliard de dollars, celui d'Alliance Atlantis par CanWest Global pour 2,3 milliards et celui de Standard Broadcasting par Astral Media pour 1,08 milliard.

Pas de surprise chez Quebecor

Chez Quebecor, «personne n'est tombé en bas de sa chaise» mardi après l'annonce du CRTC, a dit le porte-parole, Luc Lavoie.

Le conglomérat avait de toute façon abandonné ses ambitions radiophoniques il y a quatre ans, après que le CRTC eut refusé qu'il achète CKAC et une demi-douzaine de stations.

Les nouvelles règles n'empêchent aucunement Quebecor de faire des acquisitions au Canada anglais, a par ailleurs noté Luc Lavoie.

Le groupe, déjà propriétaire de Sun Media, a fait une autre percée l'été dernier en achetant les 54 journaux d'Osprey Media.

CTVglobemedia, CanWest Global et Astral Media -qui pourraient toutes être touchées dans une certaine mesure par la décision du CRTC- ont refusé de commenter hier.

Outre la règle des 45%, le Conseil a aussi annoncé qu'il refusera les transactions entre les distributeurs si cela accorde «à une seule personne la fourniture de la programmation dans un marché donné».

Une fusion entre StarChoice et Bell ExpressVu serait donc exclue.