Le gouvernement du Québec n'a toujours pas terminé la mise au point de son registre des maisons servant à la culture de marijuana et il a été ainsi devancé par près d'une dizaine de villes canadiennes, qui publient déjà leur liste de «maisons de pot».

Laurier Cloutier

Le gouvernement du Québec n'a toujours pas terminé la mise au point de son registre des maisons servant à la culture de marijuana et il a été ainsi devancé par près d'une dizaine de villes canadiennes, qui publient déjà leur liste de «maisons de pot».

Robert Nadeau, président et chef de la direction de l'Association des courtiers et agents d'immeuble du Québec (ACAIQ), a des pourparlers sur le registre avec le ministère de la Sécurité publique du Québec.

«Il n'est pas question de lâcher ça, car c'est une question de santé et de sécurité publique et ça va assainir en outre le marché de la revente de maisons», déclare Robert Nadeau à La Presse Affaires.

Les statistiques précises n'existent pas sur ces maisons, mais les policiers et l'ACAIQ évaluent leur nombre à des centaines de milliers au Canada et à au moins des dizaines de milliers au Québec.

À London, en Ontario, une telle maison se trouve à 10 minutes de marche de chaque famille, estime la police.

Une organisation criminelle doit transformer l'intérieur d'une maison pour fournir de la lumière, de l'eau et de la ventilation aux plants de marijuana, explique la police de London.

Un des problèmes, c'est qu'après la saisie de leurs plants, plusieurs maisons sont revendues sans informer les acheteurs de leur utilisation antérieure.

Inhabitable, une «maison de pot» nécessite ensuite des réparations majeures pour régler les problèmes d'humidité et de moisissures et même d'isolation et de structure avant d'y aménager.

Ces travaux ont évidemment un effet à la baisse sur sa valeur de vente.

Au ministère de la Sécurité publique, un comité prépare un registre de ces maisons en collaboration avec la Sûreté du Québec et l'ACAIQ, déclare Me Claire Lessard, procureure de la Couronne et chef adjointe du Bureau de lutte aux produits de la criminalité.

La porte-parole de la Sécurité publique, Marie-Ève Bilodeau, confirme le travail sur le registre, mais ne peut aller plus loin pour le moment. Impossible d'en savoir plus, par ailleurs, du service des affaires juridiques du Ministère, car ce dossier demeure confidentiel et personne n'est autorisé à en parler aux médias.

«La mise au point du registre touche à sa fin», assure de son côté Robert Nadeau, qui multiplie les discussions à ce sujet avec la Sécurité publique.

Déjà Calgary et Winnipeg, de même que des villes ontariennes comme Guelph, London et Toronto, rendent publiques les adresses des «maisons de pot» découvertes. De son côté, la ville d'Ottawa divulguera sa liste à partir d'aujourd'hui.

Le Procureur général de l'Ontario et la Sécurité publique du Québec n'ont pas encore lancé leur registre, car c'est un dossier complexe qui touche plusieurs ministères, explique-t-on.

L'ACAIQ a dû poursuivre plusieurs agents immobiliers qui avaient caché les vices d'une «maison de pot» avant sa revente. Robert Nadeau travaille depuis quatre ans à débusquer ces «maisons de pot» avec les courtiers, des policiers, des municipalités et Québec.

«La Sécurité publique est très aux aguets, mais il y a plusieurs questions juridiques à régler. Comment monter ce registre, c'est la question. Plus d'un corps policier travaillent par ailleurs dans un même territoire et il faut trouver une solution globale pour bien couvrir l'ensemble», ajoute le président.

«Le nombre de demandes d'enquêtes a, par contre, baissé un peu» car l'ACAIQ reçoit moins de plaintes, peut-être parce que les criminels se raffinent, dit le président.