Maintenant que le gouvernement du Québec lui permet d'utiliser le bois de Lebel-sur-Quévillon pour alimenter ses autres scieries, Domtar fait une croix définitive sur l'usine de pâte qui a longtemps fait vivre la petite ville.

Hélène Baril

Maintenant que le gouvernement du Québec lui permet d'utiliser le bois de Lebel-sur-Quévillon pour alimenter ses autres scieries, Domtar fait une croix définitive sur l'usine de pâte qui a longtemps fait vivre la petite ville.

«Je ne vois pas dans les conditions actuelles comment cette usine-là pourrait rouvrir mais s'il y en a qui, pour une raison ou pour une autre, pensent qu'il y a un potentiel de faire des profits, nous allons discuter bien ouvertement pour en disposer», a tranché hier le président de Domtar, Raymond Royer, après l'assemblée annuelle de l'entreprise.

Le grand patron de Domtar n'a laissé aucun espoir au maire Gérard Lemoyne et à la petite délégation de Lebel-sur-Quévillon venus plaider une dernière fois la cause de leur usine.

Il a rappelé qu'un rapport indépendant commandé par le ministère des Ressources naturelles du Québec et la FTQ avait conclu en 2006 que pour que cette usine soit viable, il fallait trouver comment réduire les coûts de 150$ la tonne.

Depuis, les conditions économiques ont continué de se détériorer. «Le dollar canadien valait 89 cents dans ce temps-là. Aujourd'hui, c'est une réduction de 170$ la tonne qu'il faudrait trouver.»

Le prix de la pâte comme celle que fabriquait l'usine de Lebel-sur-Quévillon, par contre, a augmenté de 200$ la tonne depuis deux ans. Mais cette augmentation, à elle seule, ne peut pas sauver l'usine, selon Raymond Royer.

«On ne peut pas prendre la décision d'ouvrir une usine si les prix sont à un sommet inégalé. Parce que je pense que le prix de la pâte est à un sommet actuellement», a-t-il dit.

Des centaines d'emplois sont perdus à Lebel-sur-Quévillon, mais le bois servira à maintenir 800 emplois dans les scieries de Domtar à Malartic et à Lebel-sur-Quévillon, a souligné le grand patron de Domtar.

Domtar avait déjà vendu ses scieries, mais la transaction a avorté en raison de l'interdiction de transférer l'approvisionnement en bois de l'usine de Lebel-sur-Quévillon aux usines de sciage.

Cette interdiction a été levée par Québec et Raymond Royer n'a pas abandonné l'idée de vendre les scieries.

Il ne pense cependant pas que ça soit possible dans l'état actuel du marché.

«Pour le moment, notre but, c'est d'améliorer la productivité et de réduire les coûts. Peu importe qui va être propriétaire, il faut que les scieries soient rentables. C'est à nous autres de mettre en place les conditions pour qu'elles soient rentables pour nous autres ou pour un acheteur.»

Les activités de sciage affichent une perte d'exploitation de 22 millions au premier trimestre de 2008, soit un peu moins que les 26 millions perdus au trimestre précédent.

Domtar a encaissé un bénéfice net de 36 millions pour le trimestre, comparativement à une perte de 26 millions au dernier trimestre de 2007.

L'assemblée annuelle d'hier était la première de la nouvelle Domtar, devenue une entreprise américaine avec un siège social à Montréal et un centre des opérations à Fort Mill, en Caroline du Sud, depuis la fusion avec le secteur des papiers fins de Weyerhauser en mars 2007.

La nouvelle entreprise a réalisé en un an 130 des 200 millions de synergies qu'elle prévoyait réaliser en deux ans, ce qui a fait dire à son président qu'il espérait dépasser cet objectif.

Les 200 millions de synergies signifient une réduction des coûts de production de 40$ la tonne, a précisé M. Royer.

En plus de ses problèmes avec un marché difficile, Domtar doit composer avec la crise du papier commercial, qui affecte des caisses de retraite dont elle a la responsabilité.

Ces caisses de retraite ont investi 445 millions dans ces titres risqués, dont 380 millions sont gelés selon les dispositions de l'Accord de Montréal, a fait savoir son chef des Finances, Daniel Buron.

L'action de Domtar a clôturé mardi à 5,91$ à Toronto, en baisse de 9 cents.