La chute de 13,4% du prix de l'essence a fortement affaibli l'inflation en octobre et il en sera de même lorsque seront connus les chiffres de novembre.

Rudy Le Cours

La chute de 13,4% du prix de l'essence a fortement affaibli l'inflation en octobre et il en sera de même lorsque seront connus les chiffres de novembre.

Le mois dernier, l'indice des prix à la consommation (IPC) a reculé d'un point de pourcentage, sa plongée la plus forte depuis 1959. Cela a fait passer le rythme annuel d'inflation de 3,4% à 2,6% a indiqué Statistique Canada hier.

Au Québec, le recul est encore plus prononcé: de 3,2% à 2,3%. C'est dans les deux provinces centrales où la chute des prix à la pompe a été la plus forte. Comme ils ont poursuivi leur repli ce mois-ci, la désinflation de l'économie s'est sans aucun doute poursuivie.

Seuls les prix des aliments, du logement et des boissons alcoolisées ont avancé de septembre à octobre. La forte baisse de l'inflation est attribuable surtout aux transports et aux vêtements, mais aussi dans une moindre mesure aux dépenses courantes et aux loisirs.

La chute des prix des produits de base et industriels depuis juillet ne s'est pas encore toute retransmise dans les biens à la consommation. Le ralentissement de l'inflation paraît loin d'être terminée. «La baisse du taux annuel devrait donc se poursuivre jusqu'à l'été 2009 où un creux près de 0% est attendu, prédit Benoit P. Durocher, économiste senior chez Desjardins. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas écarter la possibilité d'une déflation pour une période de quelques mois.»

Le mot déflation fait peur. Si l'ensemble des prix devaient diminuer plutôt qu'augmenter à un rythme annuel moindre, la consommation et la production ralentiraient davantage.

Ce danger guette toutefois surtout les États-Unis, pour l'instant. Chez nos voisins, le marché du travail bat en retraite depuis le début de l'année. Et pas seulement dans la fabrication, dans le secteur des services aussi.

Cela risque de faire baisser le prix des services. La poussée du billet vert a pour effet de diminuer aussi le prix des biens importés tandis que vacille le bilan financier des ménages aux prises avec la chute de la valeur de leur maison et de leur portefeuille. Bref, la déflation a davantage de chances de s'y généraliser. Aux États-Unis, le taux annuel d'inflation est passé de 4,9% à 3,7% le mois dernier.

La baisse de l'inflation au Canada est concentrée dans les biens. De septembre à octobre, son rythme est passé de 3,4% à 1,7%. En un mois, le taux annuel d'inflation de l'énergie (toutes sources confondues) a plongé de 18,2% à 9,7%.

L'inflation des services est quant à elle demeurée stable à 3,4%.

«La délation n'est pas un trop gros problème tant qu'elle n'atteint pas les prix des services croit Stéfane Marion, économiste en chef à la Financière Banque Nationale. Quand elle se concentre dans les biens, elle augmente le pouvoir d'achat des ménages.»

C'est ce qui s'est passé avec l'appréciation du dollar canadien pendant cinq ans. C'est ce qui se passe depuis juillet avec la chute des prix à la pompe.

En juillet 2009, quand les chiffres du sommet de 2008 seront sortis du calcul du rythme annuel d'inflation, les prix à la pompe ne serviront plus d'agent de décélération de l'inflation. C'est plutôt l'effet de la dépréciation du dollar canadien qui prendra du mordant.

Le huard n'a d'ailleurs pas fini de perdre de l'altitude contre le billet vert, car il fait face à trois vents adverses, selon Hans Redeker, chef stratège, marchés fixes mondiaux chez BNP Paribas à Londres. «Il y a la chute du pétrole qui va freiner les investissements, la crise des Trois Grands de l'auto qui va faire plus mal au Canada qu'aux États-Unis et la crise du crédit qui favorise le dollar américain, confiait-il en entrevue cette semaine lors de sa visite annuelle au Canada. Je vois le dollar canadien tomber jusqu'à 70 cents US d'ici le printemps. Le retour à la parité n'est pas pour demain.»

La faiblesse du huard ne suffira pas à immuniser le Canada contre la déflation, si elle devait s'installer un peu partout dans le monde, prévient toutefois Sébastien Lavoie, économiste chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. «Les biens importés représentent environ 20% de l'IPC», précise-t-il.

Dans ces circonstances, il y a unanimité pour prédire que la Banque du Canada abaissera encore son taux directeur le 9 décembre. Après tout son indice de référence d'inflation, qui exclut les huit composantes les plus volatiles comme les fruits et les légumes frais ou l'essence et le gaz naturel, demeure stable à 1,7% pour un troisième mois d'affilée.

Présentement à 2,25%, le taux directeur pourrait traverser son plancher historique de 2,0%.