Si la vie d'André Leroux était portée au grand écran, ça donnerait un film d'action devant lequel les spectateurs ne s'ennuieraient pas une minute, même s'ils ne sont pas très portés sur les affaires.

Hélène Baril

Si la vie d'André Leroux était portée au grand écran, ça donnerait un film d'action devant lequel les spectateurs ne s'ennuieraient pas une minute, même s'ils ne sont pas très portés sur les affaires.

À 56 ans, l'ancien PDG d'Acier Leroux est actuellement très occupé. C'est normal pour un homme d'affaires, mais moins pour quelqu'un qui avait décidé d'accrocher ses patins en 1998.

«On est en train de bâtir une multinationale», dit-il de Noveko, la nouvelle entreprise dont il s'occupe à plein temps depuis 2002. Noveko a conçu un filtre antimicrobien breveté qui suscite de l'intérêt un peu partout dans le monde.

Ironiquement, les bactéries qui feront peut-être la fortune de Noveko ont pourtant failli tuer André Leroux. Dans son ancienne vie, il a combattu la bactérie mangeuse de chair et a dû envisager l'amputation d'une jambe. Par miracle, il a bien réagi à un traitement expérimental et sa jambe a été sauvée. En même temps, il a rencontré l'amour. Mais n'allons pas trop vite dans le scénario.

Une année avant de se retrouver à l'hôpital et à essayer de se résigner à perdre une jambe, il était sorti presque indemne d'un accident d'avion. Le moteur du petit avion tout neuf qui devait les conduire, son frère et lui, à une division d'Aciers Leroux aux États-Unis, s'est arrêté complètement peu après le décollage. «On a été chanceux», raconte-t-il.

Un accident, une maladie grave, et un mariage vieux de 25 ans qui battait de l'aile.

C'était assez pour lui. Peu de temps après sa sortie de l'hôpital, sa décision était prise. Il vendrait sa part de l'entreprise familiale à son frère Gilles et prendrait sa retraite. Acier Leroux allait très bien et sa direction avait décidé de mettre la pédale douce sur les acquisitions, ce qui était sa responsabilité.

«Je n'avais plus le feu sacré», explique-t-il encore pour la énième fois en entrevue avec La Presse Affaires.

La retraite a duré deux semaines. «J'ai eu le temps de faire un voyage dans le Sud et de m'inscrire au Nautilus», se rappelle-t-il. Il avait aussi une nouvelle femme dans sa vie. Sa nouvelle conjointe est une des infirmières qui l'ont soigné lorsqu'il se battait avec la bactérie mangeuse de chair. Il l'a rencontrée pour la première fois la journée même où il devait se faire amputer la jambe. C'est elle qui lui a donné le goût de bâtir autre chose.

Et le téléphone sonnait tout le temps, avec toutes sortes de propositions intéressantes pour un jeune retraité avec une bonne expérience du monde des affaires et beaucoup d'argent à investir. «J'ai de la misère à dire non», reconnaît-il.

André Leroux a tâté de la politique municipale, en acceptant le poste de président du comité de transition chargé de mener à bien la fusion des huit municipalités de la Rive-Sud de Montréal. Mais il est vite revenu à ses anciennes amours.

Alliance Médical, un fabricant d'appareils d'échographie dans lequel il avait investi, s'est retrouvé en difficulté. Après avoir perdu 4,9 millions dans l'aventure, André Leroux a racheté la faillite et est devenu président et chef de la direction de l'entreprise.

Alliance Médical a grossi et est devenue le point de départ de Noveko International, qui chapeaute maintenant trois autres filiales. Noveko International est entrée en Bourse en 2005 et ses revenus dépasseront les 10 millions cette année.

Entre-temps, Acier Leroux, après avoir été une entreprise familiale pendant cinq générations, a été vendue à Métaux Russell, une firme dont le siège social est à Mississauga, en Ontario. André Leroux avait commencé à travailler dans l'entreprise familiale à 16 ans, à temps partiel, et il y était entré pour de bon à 22 ans, en 1974. «Mon père m'avait dit: Il faut que tu justifies ton salaire parce que je n'ai pas les moyens de t'embaucher. Ça m'a marqué.»

André Leroux a trouvé triste que l'entreprise familiale soit vendue. Mais il n'est pas du genre nostalgique. Il avait tourné la page sur l'industrie de l'acier, et il n'a jamais pensé y retourner. «Je savais avant de quitter en 1998 qu'aucun de mes trois enfants n'était intéressé à me succéder, alors».

De toute façon, André Leroux est rendu ailleurs. À l'écouter parler des activités de Noveko, des acquisitions à venir, l'oeil brillant, on sent que la passion est revenue.

Chez Noveko, André Leroux a reproduit le même style de direction à deux têtes qui avait connu du succès dans l'entreprise familiale. Son associé, Alain Bolduc, possède moins d'actions que lui mais a son mot à dire dans toutes les décisions.

Les dirigeants d'Acier Leroux avaient des actions à droits de vote multiples, qui sont très critiquées par les tenants de la bonne gouvernance. Avec Noveko, il n'est pas question de ça. Les actions multivotantes permettent à un dirigeant de prendre l'argent des actionnaires, mais il n'est pas obligé de tenir compte de leur opinion, dit-il.

«Je pense que ça n'a plus de raison d'être. J'ai fondé Noveko et j'ai 19% et je dois tenir compte des opinions des autres qui peuvent même, éventuellement, me remplacer.»

Mais ce n'est pas dans ses projets de partir. Il a déjà pris une retraite, et ne pense pas du tout à la prochaine, la vraie. Il faudra attendre pour conclure le scénario.

Noveko International (EKO à la Bourse de Toronto) et ses filiales

Noveko Inc: masques et filtres à air antimicrobiens brevetés.

Sympa: fabrique et commercialise sous le nom Azuro des liquides antimicrobiens.

ECM: conçoit et commercialise des appareils d'échographie portables.

BLI: Bolduc Leroux inc. fabrique des pièces de métal sur mesure.

Docteur ès ados

Levé aux aurores tous les matins, André Leroux ne se définit pas pour autant comme un travailleur maniaque. «Je ne pense pas être un workaholic, même si ma femme pense que oui. J'aime arriver tôt à la maison pour préparer le souper et passer du temps en famille.»

Avec sa deuxième conjointe, qui avait deux enfants, il en a eu un autre, un gamin aujourd'hui âgé de 7 ans qui, déjà, parle trois langues et joue au golf et au hockey.

André Leroux a maintenant une famille de six enfants, plus trois petits-enfants. «Ça aide à rester jeune, rigole-t-il. Avec mes enfants, j'ai fait un bac en adolescence. Avec ceux de ma conjointe, je suis en train de faire une maîtrise en adolescence et avec le dernier, je vais pouvoir faire un doctorat en adolescence.»