Le nucléaire, longtemps décrié par les défenseurs de l'environnement mais désormais promu énergie «verte», revient en force aux États-Unis.

Kerry Sheridan

Le nucléaire, longtemps décrié par les défenseurs de l'environnement mais désormais promu énergie «verte», revient en force aux États-Unis.

En avril, Westinghouse Electric, filiale du groupe japonais Toshiba, a annoncé avoir décroché la commande d'une centrale nucléaire dotée de deux réacteurs de 1100 mégawatts près d'Augusta, en Georgie.

Il s'agit du premier projet de construction d'une nouvelle centrale nucléaire à voir le jour en 30 ans aux États-Unis, pays qui a connu en 1979 l'un des plus graves accidents du nucléaire civil à la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie.

«L'énergie nucléaire est maintenant reconnue comme une source d'énergie propre, sûre et économiquement concurrentielle«, a fait valoir le PDG de Westinghouse, Steve Tritch.

«C'est passionnant de penser que pour la première fois depuis 30 ans, nous sommes à l'aube d'une renaissance du nucléaire» aux États-Unis, exulte de son côté Mike Wallace, président d'Unistar LLC, un joint-venture formé entre la société Constellation Energy, basée à Baltimore, au Maryland et EDF.

L'entreprise française vient tout juste de dépêcher aux États-Unis une escouade de cadres chargés de mener à bien le projet d'Unistar consistant à construire d'ici 2015 une centrale EPR (le réacteur de troisième génération du Français Areva) dans le Maryland.

Luttant pour s'arroger des milliards de dollars d'aides gouvernementales, 19 compagnies électriques ont posé leur candidature depuis 2007 pour la construction de réacteurs nucléaires, et d'autres ne devraient pas tarder à suivre.

Depuis une loi signée en 2005 par le président Bush, l'Energy Policy Act, les compagnies peuvent compter pour la construction d'un réacteur sur des prêts garantis par le gouvernement à hauteur de 18,5 milliards de dollars et sur des avantages fiscaux de 4 milliards de dollars.

Bien que 104 centrales soient encore en activité aux États-Unis, elles ne fournissent que 20% de l'électricité consommée dans le pays alors que le charbon compte encore pour la moitié.

Mais les centrales au charbon rejettent beaucoup de gaz carbonique et le désir grandissant d'une énergie non polluante, sans compter la hausse des prix de l'énergie, prennent de plus en plus le pas sur le point de vue des militants antinucléaires.

Un sondage publié en mars par l'institut Pew Research montre que 44% des Américains sont favorables à un plus grand recours au nucléaire, soit 5 points de plus qu'en 2005, tandis que la proportion des personnes hostiles est passée de 53 à 48% sur la même période.

«Nous voyons arriver des générations qui n'ont pas été marquées par Tchernobyl ou Three Mile Island», souligne Scott Peterson, porte-parole de l'Institut américain pour l'énergie nucléaire.

Sans compter qu'«à chaque augmentation des prix du gazole, on voit progresser le soutien au nucléaire», souligne-t-il, rappelant que l'augmentation du coût du fioul de chauffage, par exemple, fait partie des facteurs qui influencent l'opinion.

Il souligne aussi l'effort intense de publicité et de lobbying fait en faveur du nucléaire en tant qu'énergie propre depuis la signature du Protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

«À ce stade, l'idée qu'une renaissance du nucléaire est en route est prématurée», juge au contraire Michael Mariotte, directeur du Service d'information et de recherche sur le nucléaire (NIRS), qui milite contre l'énergie atomique et pour qui "c'est de la pure folie d'envisager de nouveaux réacteurs alors que nous ne savons pas ce que nous allons faire des déchets provenant des réacteurs actuels».