La France a ses tailleurs Chanel, l'Italie ses sacs Gucci, le Royaume-Uni ses chemisiers Burberry et les États-Unis ses bijoux Tiffany mais le Québec a-t-il des produits de luxe dignes de ce nom?

Clément Sabourin

La France a ses tailleurs Chanel, l'Italie ses sacs Gucci, le Royaume-Uni ses chemisiers Burberry et les États-Unis ses bijoux Tiffany mais le Québec a-t-il des produits de luxe dignes de ce nom?

«Il n'y a plus de luxe au Québec!» lance Francine Séguin. Professeure de stratégie à HEC Montréal, elle a longuement étudié l'industrie du luxe, au Québec et dans le monde.

Selon elle, le Québec ne possède plus d'industrie de luxe. Tout au plus des griffes haut de gamme. Au fil des ans, la fourrure, la joaillerie et la haute couture, les traditionnels porte-étendards du luxe québécois, ont disparu.

La pression de l'opinion publique a eu raison des manteaux et des chapkas en fourrure, confectionnés à partir des peaux de castor et de renard. Birks, le fleuron de la joaillerie fondé en 1879 à Montréal, a été fusionné à l'américain Mayors en 2005. Et, dit Mme Séguin, la province ne dispose plus de grands couturiers dont les créations sont reconnues et distribuées dans le monde entier, tels Léo Chevalier et Michel Robichaud, qui habilla entre autres Elizabeth Taylor.

«Ce qui reste, ce sont des designers de mode. Ils sont excellents, mais ils font très peu de sur-mesure et plutôt des productions à petite ou moyenne échelles. Ce n'est pas de la haute couture», dit la spécialiste du luxe. Selon elle, seul le travail de la styliste Marie Saint-Pierre se rapproche du "vrai" luxe.

Avec plus de 20 ans de carrière, la Québécoise bénéficie d'une certaine notoriété internationale. Ses créations sont confectionnées dans l'île de Montréal, par 25 employés qui travaillent de manière artisanale.

Le prix d'une robe de jour varie entre 600$ et 800$, celui d'une robe de soir entre 800$ et 2000$. Toutes sont produites en quantité très limitée. Parfois, ce sont même des oeuvres uniques.

«On s'adresse à une clientèle pointue on ne fait pas juste des images», dit Mme Saint-Pierre, faisant référence aux énormes campagnes de pub menées par des marques comme Dolce et Gabbana ou Gucci.

À force de devenir populaires et de produire des vêtements en quantités industrielles, souvent dans des pays émergents, ces anciens fleurons du luxe ont perdu de leur prestige.

Car la rareté est l'un des principaux éléments qui déterminent si un produit est à classer dans le haut de gamme ou dans le luxe. C'est notamment pour cette raison qu'on ne peut pas considérer les porte-monnaie et sacs de la marque m0851 comme des produits de luxe: ces maroquineries ne sont pas des pièces limitées.

Vendue dans les quartiers chic de New York, Paris, Anvers et Taiwan, cette marque montréalaise est en constante croissance, mais n'est "pas assez chère" pour être considérée comme du luxe, dit son fondateur Frédéric Mamarbachi.

Même chose pour la marque québécoise Harricana. Le prix de vente de ces produits (3000$ pour un manteau) fait dire à Mme Séguin qu'il s'agit davantage de haut de gamme que de luxe, «bien qu'il s'agisse d'un concept brillant».

La designer Mariouche Gagnée a imaginé toute une série de tuques, bottes et manteaux faits à partir du recyclage de fourrures et de tissus de griffes de luxe. «Ce sont presque toujours des pièces uniques», dit Mme Gagné.

Pour la styliste Marie Saint-Pierre, le Québec aurait donc une place à prendre dans le luxe en fabriquant "des produits plus marginaux, plus difficiles à trouver", qui refléteraient le travail de créateurs dont l'inspiration se situe à la rencontre de l'Amérique du Nord et de l'Europe.

Montréal se doit d'emprunter une telle voie s'il veut rester dans le club des métropoles internationales de premier ordre, ajoute-t-elle, car "l'économie s'en va vers là".